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Échec du projet de numérisation de la police fédérale : le ministre annule le contrat de 299 millions d’euros

Le projet ambitieux de numérisation de la police fédérale "i-Police" va prendre fin. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin (MR), l’a décidé. Une évaluation approfondie montre qu’après près de cinq ans de mise en œuvre, le projet n’a produit "aucun résultat tangible". L’information est révélée par les journaux Le Soir, De Standaard et Het Nieuwsblad.

Eric Steffens
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Cet abandon est motivé par de graves lacunes dans l'exécution du marché public et des résultats escomptés qui ne correspondent pas aux attentes initiales, selon le cabinet du ministre Quintin.

Lancé en 2017, i-Police devait moderniser en profondeur les outils informatiques de la police fédérale. L’ancienne ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) avait pour cela conclu un contrat de pas moins de 299 millions d’euros avec la société française de conseil informatique Sopra Steria. A ce jour, 75,8 millions d'euros ont déjà été déboursés pour ce projet d'envergure. La police fédérale entend récupérer une partie de cette somme.

Le cabinet de Bernard Quintin souligne en outre que cet échec ne signifie pas l'arrêt de la modernisation numérique de la police, mais représente plutôt un changement de méthode, axé vers des initiatives plus ciblées.

Un véritable chemin de croix

La décision marque la fin d’un véritable chemin de croix pour le projet, annoncé en 2017 par le prédécesseur d’Annelies Verlinden, Jan Jambon (N-VA), dans le sillage des attentats terroristes.

Dès fin 2022, la numérisation insuffisante de la police avait été l’une des raisons du départ du commissaire-général Marc De Mesmaeker. Sous son successeur, en février 2024, il avait été décidé de réduire le programme à quatre priorités, mais même après cet ajustement, les résultats concrets sur le terrain se faisaient toujours attendre. Au début de cette législature, le ministre Quintin a donc commandé une évaluation approfondie, qui a révélé des lacunes fondamentales dans l’exécution du marché public. Le ministre a alors mis l’entreprise française en demeure.

En mai dernier, plusieurs sous-projets ont été interrompus et les paiements avaient déjà été suspendus : au total, 75,8 millions d’euros ont été versés, dont encore 1,8 million au cours de cette législature. Le marché public est désormais formellement résilié.

Pas de nouveau "contrat monstre"

Pour autant, la fin d’i-Police ne signifie pas l’arrêt de la digitalisation des services de police, soulignent le ministre et la Police fédérale dans une réaction. Toutefois, aucun nouveau "contrat monstre" n’est prévu pour l’instant. "Notre police a besoin d’une approche numérique différente et plus efficace", explique Bernard Quintin. Il privilégie 'des projets modulaires' et à petite échelle, directement adaptés aux besoins du terrain et développés par des services disposant de l’expertise nécessaire".

À titre d’exemple, il cite la connexion de toutes les caméras ANPR pour la reconnaissance des plaques d’immatriculation à un système central unique et l’accès direct aux caméras de la SNCB. "Cette approche permet d’obtenir des résultats plus rapides et de mieux répondre aux besoins réels du terrain", précise le ministre.

"L’absence de résultats du projet i-Police a retardé la transformation numérique", reconnaît la Police fédérale elle-même. Elle reste néanmoins "une de nos priorités".

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