Bart Vanderstraeten et Marijke d'Hertefelt (photo), propriétaires et exploitants de l’entreprise agricole mixte Koeweidehof à Merchtem (Brabant flamand), ont été désignés par un jury d'experts comme "Leaders du climat" en agriculture et horticulture pour 2025. Avec leur marque "Oh!Lait ", ils privilégient les circuits courts. Ils fournissent leurs lait, yaourts et café glacé aux supermarchés locaux et collaborent aussi avec des cafés bruxellois. Le secret de leur succès repose notamment sur des machines de technologie innovante, un processus de production largement automatisé, leur autosuffisance énergétique (verte) et la diversification de leurs activités. Les visiteurs y sont ainsi les bienvenus.
L'entreprise agricole Koeweidehof à Merchtem a remporté le prix de "Leader du climat" 2025 : quelle est l'histoire de son succès ?
"Voilà comment commence ma journée de travail : dans l'Orbiter Lely, avec du lait frais, du yaourt et du café glacé", explique Marijke d’Hertefelt en faisant visiter la ferme Koeweidehof.
L'Orbiter Lely n'est pas un vaisseau spatial extraterrestre mais une mini-laiterie. Elle permet à la ferme Koeweidehof de transformer directement le lait qu'elle produit. Il s’agit de l’unique installation de ce genre dans une exploitation laitière flamande. Elle permet à Bart Vanderstraeten et Marijke d’Hertefelt de tisser un lien beaucoup plus fort avec leur propre produit et les produits qu’ils utilisent dans leur exploitation.
Leader du climat ?
Le prix "Leader du climat" est une initiative du syndicat Boerenbond, de la coopérative Cera et de la banque KBC. Organisé tous les deux ans, il récompense une entreprise agricole ou horticole qui réalise des progrès significatifs en matière d’action climatique.
Cette année, il y avait cinq finalistes, ou lauréats, qui deviendront chacun ambassadeur de leur secteur. Il s’agit de l’entreprise agricole mixte Koeweidehof, de la ferme laitière de Peter Bauwens à Sint-Lievens-Esse, de l’entreprise de culture de fraises en serre de Sven et Evelien Neufkens, de la culture de pommes et poires menée à Bierbeek par Jan et Patrick Van der Velpen avec une économie maximale d’eau et d’énergie, et de l’entreprise horticole sous serre de Mitch Vermeiren spécialisée dans les tomates et concombres.
Outre le jury d’experts, le grand public pouvait également voter et a décerné son prix aux arboriculteurs Jan et Patrick Van der Velpen, de Bierbeek.
Grâce à leur mini-laiterie, Bart et Marijke ont pu lancer leur propre marque de produits laitiers, "Oh!Lait". Ils collaborent avec plusieurs supermarchés Delhaize et Carrefour des environs pour la distribution de leur lait, et même avec des cafés bruxellois. "Les baristas nous disent que notre lait fait vraiment la différence pour la mousse", explique Marijke.
Outre leur collaboration avec les commerces locaux, ils ont également installé un distributeur automatique à la ferme pour vendre leurs produits et promouvoir les circuits courts.
Nous pouvons désormais concrétiser l'histoire de notre entreprise avec un produit unique
Bart Vanderstraeten
"Autrefois, notre lait était utilisé notamment pour la fabrication de certains fromages (dans le commerce en gros). Mais la distance est grande si le lait est transporté jusqu'à une autre entreprise et finit par se retrouver dans un grand bassin", explique Bart. "Avec Oh!Lait, nous pouvons concrétiser notre histoire grâce à un produit."
Cela permet également à l’entreprise Koeweidehof de maîtriser son marketing et de miser sur des aspects comme le développement durable. Bart et Marijke ont ainsi récemment ajouté des étiquettes à leurs produits pour annoncer leur nomination au prix Leader du climat, récoltant ainsi des votes supplémentaires pour le prix du public.
Le président du jury explique le choix du gagnant
"Comparer des exploitations agricoles entre elles est très difficile", explique Bram Verbruggen à propos du choix du jury. "En plus nous ne comparions pas des pommes et des poires, mais plutôt des pommes et poires avec des vaches et des serres. Les cinq lauréats étaient chacun des leaders dans leur secteur respectif."
"Nous avons examiné la situation globale de l'exploitation : quels efforts climatiques ont été déployés au niveau des éléments de base, de la production et des produits ? La Koeweidehof a accordé le plus de réflexion à l'ensemble du processus."
"Les histoires les plus inspirantes sont peut-être celles des agriculteurs qui renouent avec les bonnes pratiques agricoles traditionnelles. Bien s'appuyer sur les fondements de l'exploitation permet généralement d'obtenir les meilleurs résultats avec un minimum d'efforts. Peter Bauwens et Sven Neufkens, en particulier, ont excellé à cet égard."
Batterie et système de calcul intelligent
L'empreinte carbone de l'entreprise est limitée grâce à un circuit court, avec moins de transports, mais aussi à l'énergie qu'elle produit elle-même. Celle-ci provient d'un petit digesteur - qui extrait le méthane du fumier de vache, lequel peut ensuite produire de l'énergie verte - et de 600 panneaux solaires.
Une batterie de grande capacité (250 kilowattheures) permet de stocker l'énergie lors des pics de consommation. Toute l'énergie verte est utilisée intelligemment au moment opportun grâce à un système informatique séparé. L'entreprise se raccorde parfois au réseau électrique lorsque les prix sont très bas, mais elle est essentiellement capable de produire toute l'énergie dont elle a besoin.
Environ 90 % des sols ne sont pas labourés, ce qui renforce la vie microbienne et rend les sols plus résistants et plus résilients face au changement climatique. En hiver, des cultures intermédiaires comme la moutarde blanche, l’herbe et le trèfle sont utilisées pour capter davantage de CO2. "En tant qu'agriculteurs, nous sommes les premiers à subir les conséquences du changement climatique. Cela fait réfléchir à la manière de s'en protéger", explique Bart Vanderstraeten.
Pour les vaches, tout est réellement automatisé
L’exploitation Koeweidehof possède 180 vaches laitières. Certaines d’entre elles rejoignaient les robots de traite au moment de la visite. "Nous les attirons avec une portion de nourriture concentrée. Mais le robot est intelligent : si ce n'est pas encore l'heure de la traite, l'animal est redirigé", explique Marijke. Au centre, plusieurs animaux se reposent sur une litière biologique douce. Celle-ci est également renouvelée automatiquement.
Un gros véhicule circule dans l'allée centrale. Il s'agit d'un robot de distribution automatique de nourriture qui longe les enclos pour réapprovisionner les mangeoires. Le robot est régulièrement rempli dans la cuisine. L'automatisation permet à Marijke de se concentrer aussi sur l'aspect social de son exploitation. "Honnêtement, je ne pourrais plus m'en passer. Cela me donne beaucoup d’énergie".
Des hôpitaux à l'archidiocèse parmi les visiteurs
Grâce au concept Farmfun, l’exploitation de Merchtem accueille jusqu'à 6.000 personnes chaque année. Initialement destiné aux écoles, le projet s'est ensuite étendu aux entreprises et aux organisations venues pour des activités de cohésion d'équipe. "Elles peuvent découvrir la ferme et son fonctionnement par le biais de jeux et de défis."
Les visiteurs proviennent de divers horizons : des fonctionnaires fédéraux, des cabinets de comptables, des hôpitaux et même une délégation de l'archidiocèse de Malines. "Quand les gens nous ont demandé s'ils pouvaient acheter les produits qu'ils avaient dégustés, nous nous sommes dit : “Nous devons en faire quelque chose”, raconte Bart. C'est ainsi qu'est née leur propre marque de produits laitiers.
Un choix qui s'est imposé plus tard
Bart et Marijke ont tous deux grandi dans des familles d'agriculteurs. Pourtant, aucun d’eux n'a d'abord choisi l'agriculture. Ils ont tous deux étudié l'agro- et la biotechnologie avant de se tourner vers le monde des affaires. Là, ils ont tissé de nombreux liens avec le secteur et y ont puisé une multitude d'idées nouvelles.
Bart travaillait dans l'industrie des semences agricoles et, après avoir entendu des témoignages de professionnels du secteur, l'envie de se lancer a germé. "Je voyageais et je rencontrais différentes entreprises. C'est comme ça que l'idée d’une exploitation propre a grandi."
Une vision globale et l'innovation comme leviers de réussite
Finalement, le jeune couple a repris l'entreprise familiale de Bart, où il a bénéficié d'une grande liberté pour définir de nouvelles priorités et se concentrer fortement sur l'innovation. Ces changements et la vision globale que Bart et Marijke avaient développé leur ont permis de faire de l'entreprise le succès qu'elle connaît aujourd'hui.
"Je suis particulièrement fière de la diversité de notre offre", explique Marijke : "Nous avons des vaches, des cultures, Farmfun et Oh!Lait. L'un des plus beaux moments est de voir l'émerveillement des gens lorsqu'ils découvrent la ferme et son fonctionnement."
