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Le film Radioman rend hommage au “paquebot” Flagey, de l’usine à sons au centre culturel

Radioman, le nouveau film du réalisateur Frank Van Passel (Manneken Pis), est sorti dans les salles mercredi. L’histoire se situe à la veille de la Seconde Guerre mondiale et prend place dans les studios de radio de l’INR-NIR (Institut national de radiodiffusion, ancêtre de la VRT et de la RTBF), installés dans le célèbre bâtiment Flagey à Ixelles. Notre collègue Kristien Bonneur y a effectué une visite guidée en compagnie de l’ancienne présentatrice radio de la VRT Joanna Van der Heyden.

Kristien Bonneure Eric Steffens
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Le réalisateur Frank Van Passel nourrit une véritable passion pour la radio, pour le son en général et pour le bâtiment Flagey en particulier, qui joue un rôle central dans son nouveau film Radioman. "C’est un édifice iconique. C’est en quelque sorte de la poésie devenue pierre, qui fut en outre d’une importance technologique majeure. Heureusement, ce bâtiment a été sauvé par un groupe de philanthropes et est aujourd’hui devenu un véritable temple de la culture", a déclaré Van Passel dans l’émission Touché sur Radio 1.

Radioman raconte l’histoire de Berre, un jeune ingénieur du son et d'Elza, une jeune actrice, qui réalisent des feuilletons radiophoniques, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Les feuilletons radiophoniques faisaient partie des nombreuses activités de l’ancien bâtiment de la radio nationale situé place Flagey. Joanna Van der Heyden nous y guide. Elle a été pendant de nombreuses années présentatrice sur la chaîne de radio Klara et la voix de nombreux documentaires historiques diffusés sur Canvas.

"Cela paraît incroyable mais c’est ici que se trouvait l’entrée du personnel de Flagey. Même sans occuper une position prestigieuse, on se sentait soudain valorisé en passant par là", raconte Joanna Van der Heyden. Le lieu respire la grandeur : un petit salon intime lové dans l’angle d’un escalier, un comptoir, une horloge d’époque et, au centre, une perspective qui s’élève sur cinq étages. Des couleurs chaudes et des boiseries complètent l’ensemble.

L'ancienne entrée du personnel de la maison de la radio aujourd'hui
L'entrée à l'époque de l'INR - NIR

"Je venais d’Anvers et je suis venue travailler ici lorsque j’avais à peine 20 ans. Le bâtiment m’a immédiatement fait une forte impression", raconte Joanna Van der Heyden. Aujourd’hui, elle est guide à Flagey pour l’organisation Korei. Un véritable voyage dans ses souvenirs. Son amour pour l’endroit est communicatif.

"Qu’il s’agisse de personnes plus âgées ou plus jeunes, de spécialistes de la radio ou non, tout le monde éprouve une profonde admiration pour ce bâtiment. Je pense que notre patrimoine a de l’avenir, à condition que chacun prenne conscience qu’il doit être préservé, chéri et doté d’une fonction."

C’est en effet un véritable repère dans la ville, ce bâtiment d’angle clair situé au bord des étangs d’Ixelles. "Les fenêtres horizontales, les angles tronqués, la petite tour : on a l’impression d’être à bord d’un paquebot", explique Joanna Van der Heyden. "Cet édifice est aussi une œuvre d’art totale. Au-delà de son architecture et de ses qualités acoustiques, il abrite une décoration intérieure remarquable.

Joanna Van der Heyden, ancienne présentatrice radio et aujourd'hui guide à Flagey

Comment le "paquebot" de Joseph Diongre a remporté le concours d’architecture du Flagey

Joanna Vander Heyden nous emmène de la cave jusqu’au dernier étage, mais débute en évoquant l’histoire du bâtiment de la radio nationale. Le bâtiment Flagey date des années 1930 et fut le premier édifice de la toute jeune radiodiffusion publique, INR -NIR. Celle-ci lança un concours d’architecture.

"Mais les quarante premiers projets soumis ne répondaient pas aux attentes. On imaginait un palais de la radio, mais ce n’était pas ce qui convenait : ce qu’il fallait, c’était avant tout une 'usine à sons'. La même année, en 1933, un second concours fut organisé, avec quinze projets cette fois, et c’est le plan de l’architecte belge Joseph Diongre qui fut retenu, alliant créativité architecturale et innovations techniques pour répondre aux contraintes acoustiques les plus sévères".  

Le Flagey en construction

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    Le Flagey en construction

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    Le Flagey en construction

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    Le Flagey en construction

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    Le Flagey en construction

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    Le Flagey en construction

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    Le Flagey en construction

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    Le Flagey en construction

Comment ça une "usine à sons" ?

"Les studios de radio devaient répondre à de nombreuses exigences techniques. Aucun bruit extérieur ne devait pénétrer à l’intérieur, et inversement. Ce qui se passait dans un studio ne devait pas être audible dans un autre", explique Joanna Van der Heyden. La solution ? Des murs d’un mètre et demi d’épaisseur, des pièces insonorisées, des sas. Les studios furent installés à l’intérieur du bâtiment, tandis que l’administration occupait l’extérieur, servant ainsi de tampon contre le bruit de la rue.

"Certains étaient sceptiques: construire un bâtiment radiophonique à côté d’une église dont les cloches sonnent régulièrement ? Et puis le sol était marécageux. Il a d’abord fallu enfoncer 836 pieux dans le terrain."

Les architectes et entrepreneurs se sont inspirés de la BBC et de stations de radio américaines, et ils ont achevé le chantier en seulement trois ans. Le résultat : un bâtiment radiophonique à la pointe de la technologie, doté de nombreuses studios. À l’époque, la radio, c’était beaucoup de musique interprétée en direct, des feuilletons radiophoniques et ce qu’on appelait "le journal parlé".  

Le personnel de la radio et de la télévision au travail dans le bâtiment Flagey

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    Au travail dans le bâtiment Flagey

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    La phonothèque

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    Le personnel du restaurant

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    Au travail dans le bâtiment Flagey

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    Au travail dans le bâtiment Flagey

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    Au travail dans le bâtiment Flagey

Aujourd’hui, en 2025, de la musique résonne encore toujours au Studio 1. Une violoniste et un joueur d’harmonium y répètent. "Regardez ces murs ?" chuchote Joanna Van der Heyden. "On y compte 47 colonnes acoustiques motorisées. Hexagonales. Trois faces sont peintes et renvoient le son, tandis que les trois autres absorbent les ondes grâce à des grilles. Les colonnes peuvent être pivotées en 35 secondes pour régler la réverbération. Une invention de l’ingénieur Braillard, qui fonctionne encore aujourd’hui, même à l’ère des technologies de pointe."

Le Studio 1 avec ses colonnes acoustiques motorisées

Flagey est aujourd’hui un centre culturel dédié à la musique classique, au jazz et au cinéma. Les épreuves préliminaires et les demi-finales du Concours Reine Élisabeth y sont organisés. Les salles conservent toujours le nom de "studios".

Dans la plus grande, le célèbre Studio 4, 1 000 spectateurs peuvent prendre place. L’acoustique de ces studios est si réputée que des musiciens du monde entier viennent y enregistrer et donner des concerts. 

Le Studio 4, la plus grande salle de concert de Flagey – avec son orgue

"Regardez les couleurs : sable, beige, vert pâle, rose fané… À l’époque de l’entre-deux-guerres, le public trouvait cela très esthétique. Certains matériaux seraient aujourd’hui considérés comme politiquement incorrects : le bois exotique provenait des colonies", explique Joanna Van der Heyden.

Le grand patron, l'administrateur général de l'INR occupait son bureau d’angle au dernier étage. Tout est resté tel quel : trois larges fenêtres offrant une vue panoramique sur la place et un mobilier art déco magnifique : un bureau courbé avec des cendriers intégrés, des fauteuils élégants et des petites tables basses.

L’ancien bureau de l’administrateur général de l'INR

Nous descendons à la cave, qui abritait autrefois la centrale électrique de cette "usine à sons". Aujourd’hui, c’est la cantine du personnel. Les murs étaient des tableaux de commande, parsemés de cadrans, boutons, leviers et voyants lumineux, avec des inscriptions bilingues et vintage comme "arrivée alternateurs radio – aankomst radio alternatoren".

Autrefois centrale électrique du bâtiment de la radiodiffusion, aujourd’hui cantine du personnel au sous-sol

Musique, information, divertissement : la radio offrait déjà tout cela dans les années 1930. Les feuilletons radiophoniques, comme ceux du film Radioman, étaient diffusés en direct depuis les fameux "studios", tous pilotés depuis un poste central.

La radio était un média en forte expansion, explique Joanna Van der Heyden. "Les auditeurs payaient une redevance. En 1930, ils étaient 70 000, et juste avant la Seconde Guerre mondiale, ils étaient déjà plus d’un million."

REGARDER
Téléphones en bakélite, machines à écrire et orchestres : un regard dans les coulisses de la radio à Flagey (Panorama, 20 avril 1964)

Radio Bruxelles -Zender Brussel

Pendant la guerre, l’occupant allemand prit le contrôle du bâtiment Flagey. La station "Zender Brussel" (ou Radio Bruxelles) était une station de radio collaborationniste diffusant de la propagande nazie. Une partie des employés quitta l’institution, tandis que d’autres continuèrent à travailler.

"Les orchestres et les chœurs pouvaient continuer à jouer, mais devaient adapter leur répertoire : pas de compositeurs juifs, pas de musique moderne comme celle de Stravinsky", raconte encore Joanna Van der Heyden.

"Ce sont surtout les personnes en postes de direction qui collaborèrent avec les Allemands. Mais si vous étiez une dactylographe remplissant les fiches de la phonothèque : que pouviez-vous faire ? Il est difficile pour nous, en 2025, de porter un jugement", ajoute-t-elle.

Des destructions commises à la fin de la Seconde Guerre mondiale

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    Des destructions commises à la fin de la Seconde Guerre mondiale

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    Des destructions commises à la fin de la Seconde Guerre mondiale

Après la guerre, les émissions de radio reprirent, mais en 1953, la télévision fit son apparition. La tour émettrice était déjà en place, judicieusement installée sur la proue emblématique du bâtiment Flagey.

Mais dès les années 1960, on imagina un bâtiment de radiodiffusion et de télévision plus grand. "Dans les années 1970, les chaîne de télévision et de radio quittèrent Flagey pour Reyers. L’Omroep Brabant resta à Flagey, ainsi que le service mondial, les orchestres. Mais une grande partie du bâtiment se retrouva vide, il hébergea alors plusieurs institutions culturelles qui lui donneront une nouvelle dimension, jusqu’à sa fermeture en 1995. Le bâtiment contenait en effet de l’amiante."

Un jour, le “paquebot” naviguera à nouveau à travers Bruxelles. Sur tous ses ponts résonnera la musique et toutes ses lumières brilleront

Geert van Istendael

Il s’en est vraiment fallu de peu pour que ce joyau architectural ne disparaisse à jamais. "En 1997, Flagey fut inscrit sur la liste des monuments les plus menacés."

Finalement un groupe de travail composé de personnalités des secteurs public et artistique élaborent un projet de sauvetage de l’édifice, afin de lui trouver une destination pérenne et de le restaurer. Constituée le 30 juin 1998, la société anonyme Maison de la Radio Flagey devient propriétaire de ce patrimoine architectural exceptionnel. Aujourd’hui, Flagey n’est plus la maison de la radio mais un centre culturel. 

"Je termine toujours mes visites guidées par une citation de l’écrivain bruxellois Geert van Istendael", explique Joanna Van der Heyden. Elle date de 1995, à l’époque où le bâtiment était encore menacé de destruction : "Un jour, le “paquebot” naviguera à nouveau à travers Bruxelles. Sur tous ses ponts résonnera la musique et toutes ses lumières brilleront."

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