Il y avait toujours ce jeudi matin, peu avant un sommet européen crucial pour la Belgique, des éléments non négociables qui devaient être écartés des textes sur la table et des garanties qui n’avaient pas encore été rencontrées, a affirmé le Premier ministre Bart De Wever à son arrivée à une audition à la Chambre. Rarement la période précédant un sommet européen aura été aussi tendue. Les dirigeants prendront-ils aujourd'hui, demain (ou après-demain ?) la décision historique d'utiliser des fonds russes pour un prêt à l'Ukraine ? Ou le Premier ministre De Wever parviendra-t-il à convaincre ses collègues d’accorder finalement un prêt commun ? Le suspense est à son comble, et l'issue des négociations reste incertaine.
Le Premier ministre De Wever pourra-t-il faire entendre son point de vue? Les dirigeants européens se penchent sur les avoirs russes gelés
"Je peux bien sûr faire des compromis, mais sur un certain nombre de points qui menacent la sécurité financière de l'Europe et de la Belgique, ce n'est pas possible. Que cela soit très clair. Impossible", a déclaré De Wever à quelques journalistes, en entrant au Comité d'avis fédéral chargé des questions européennes.
La Commission est à l'écoute et fait des pas en avant, comme sur la répartition du risque financier en cas de décision arbitrale défavorable, ou sur l'égalité de traitement de toutes les institutions financières en plus d'Euroclear, a concédé Bart De Wever. Mais c'est encore insuffisant concernant l'étendue de la couverture des risques (décision arbitrale en Russie ou dans d'autres juridictions de pays tiers comme la Chine ou l'Afrique du Sud, plus ou moins proches de la Russie), ainsi que sur les liquidités garanties pour Euroclear, un élément "vraiment essentiel" à ses yeux. La protection contre les confiscations en Russie ou dans des pays tiers constitue un autre élément clé pour la Belgique.
Les pourparlers sont intenses, jusque ces dernières heures encore, avec la Commission européenne et le Conseil, sur le projet d'un grand "prêt de réparation" à l'Ukraine, s'élevant à 90 milliards d'euros pour 2026 et 2027. Ce montage expose particulièrement la Belgique du fait qu'il impliquerait les actifs souverains russes immobilisés dans l'UE (210 milliards d'euros), en majeure partie chez le dépositaire central de titres Euroclear (185 milliards), situé à Bruxelles. Ce dernier est déjà attaqué en justice par la Russie.
L’option d’un emprunt commun?
La Belgique réclame un partage de la charge, "tous ensemble", et des garanties "illimitées", car les risques sont imprévisibles. Elle cherche à faire vivre une autre option, plus sécurisée, d'un emprunt commun adossé au budget pluriannuel de l'UE. Mais peu de pays sont prêts à la suivre sur cette piste qui nécessite l'unanimité, quand ils n'y sont pas farouchement opposés, comme la Hongrie dont le dirigeant proche de Moscou ne veut plus aider l'Ukraine.
Interrogé sur le recours éventuel à l'article 122 du traité sur le fonctionnement de l'UE pour un tel emprunt, Bart De Wever y voit clairement une possibilité juridique. Elle pourrait être accompagnée d'une option de retrait ("opt-out") pour les pays qui s'y refusent, a-t-il précisé à l’agence Belga. "C'est une option" si le prêt de réparation est dans l'impasse", assure-t-il.
L'incertitude restait maximale, à deux heures du début du sommet de Bruxelles. "Je ne peux même pas dire pour l'instant ce qui sera finalement proposé dans le projet de texte, et je suis donc encore moins en mesure de vous éclairer aujourd'hui sur notre position (finale). Cela dépendra des textes qui seront finalement proposés à partir de 10 heures". "L'Europe, ça ressemble un peu à la Belgique, c'est à la dernière minute que soudain ça bouge vraiment", ajoutait Bart De Wever. Il se donnait "une bonne chance" de convaincre ses partenaires à la table d'écarter le projet de prêt de réparation, "mais peut-être aussi est-il possible d'écarter nos points de rupture, et alors tout finira bien".
Le Premier ministre belge reconnaît qu'il sera soulagé lorsque tout sera terminé. C'est-à-dire "quand nous serons parvenus à obtenir tout le nécessaire pour protéger les contribuables belges, et je ne pense pas que cela soit impossible". Il continuait d'espérer qu'un accord sera trouvé rapidement, car "il est incontestable que l'Ukraine doit être financée." À ses yeux, un échec signifierait tout simplement l'effondrement de l'Ukraine et "le naufrage géopolitique" de l'Union européenne.
Le Premier ministre a reçu un soutien unanime des députés présents. "Je serais l'homme le plus heureux du monde si le sommet se termine avec un emprunt commun. Je pourrais alors regarder le président ukrainien Volodymyr Zelensky", qui sera présent ce matin à Bruxelles "dans les yeux et lui dire que nous sommes du bon côté et prêts à faire des sacrifices. Car aucune des options n'est gratuite."

