La Gare du Nord, l’une des principales portes d’entrée ferroviaires de Bruxelles, vient de rejoindre la liste de sauvegarde du patrimoine régional. La décision a été confirmée par le cabinet de la secrétaire d’État bruxelloise à l’Urbanisme et au Patrimoine, Ans Persoons (Vooruit). Plusieurs éléments majeurs du bâtiment aux allures modernistes typiques de l'après-guerre– dont la tour d’horloge, la vaste salle des pas perdus (photo) et les quais – sont désormais officiellement reconnus comme "monument", en raison de leur valeur historique, esthétique et architecturale.
Porte d’entrée ferroviaire de la capitale, la Gare du Nord reconnue patrimoine remarquable à Bruxelles
Un édifice moderniste emblématique de l’après-guerre
Située sur le territoire de la commune de Schaerbeek, la Gare du Nord fut construite entre 1938 et 1956. Elle est l’œuvre des architectes Paul et Jacques Saintenoy, ainsi que Jean Hendrickx-Van den Bosch. Marquée par une symétrie rigoureuse et de puissants volumes typiques de l’architecture moderniste d’après-guerre, elle constitue depuis des décennies un repère visuel majeur dans le paysage urbain bruxellois.
Aujourd’hui disparue, l’ancienne Gare du Nord, située au bord nord de l'actuelle place Rogier (ancienne place des Nations), sur le territoire de la commune de Saint-Josse-ten-Noode construite en 1869 a été démolie en 1949 suite à la reprise des travaux de la jonction Nord Midi inaugurée le 4 octobre 1952.
"La gare du Nord n’est pas seulement un lieu de passage ou un bâtiment purement fonctionnel : c’est l’une des principales portes d’accès à Bruxelles et un repère important dans notre capitale", explique Ans Persoons. "Protéger ce patrimoine ferroviaire, c’est reconnaître son rôle dans l’identité de la ville et garantir la préservation de son architecture moderniste pour les générations futures."
Quels éléments sont désormais protégés ?
La reconnaissance patrimoniale ne couvre pas l’ensemble du site, mais un ensemble spécifique d’éléments remarquables. Sont notamment protégés : la tour d’horloge, les façades en pierre naturelle et briques beiges, les toitures, la grande salle des pas perdus ornée d’une étoile du nord au chiffre "B", l’ancienne salle du musée du train, sa mezzanine, ses escaliers et les bureaux du troisième étage, les sept quais, avec leurs auvents, abris, anciennes cabines téléphoniques, horloges……et les bancs en bois massif encore présents.
Ces derniers avaient d’ailleurs suscité une vive polémique il y a quelques années : la SNCB avait remplacé une partie du mobilier d’origine par des bancs métalliques, ce qui avait entraîné des protestations. Certains exemplaires historiques ont toutefois été maintenus.
Selon la secrétaire d’État bruxelloise à l’Urbanisme et au Patrimoine, ces éléments sont inscrits au patrimoine en raison de leur "valeur historique, esthétique et artistique". Pour Ans Persoons, cette protection "assure la préservation des composantes les plus remarquables de ce bâtiment iconique du modernisme bruxellois".
Une étape dans la revalorisation du quartier Nord
La reconnaissance patrimoniale s’inscrit également dans une dynamique plus large de reconversion du quartier Nord, longtemps considéré comme un quartier de bureaux monofonctionnel et qui aujourd’hui est confronté à des problèmes sociaux et de sécurité, tels que la prostitution, les trafics en tout genre et l’insalubrité, ternissant sa réputation malgré son rôle central. Bruxelles souhaite en faire un espace "vivant, vert et multifonctionnel", dans lequel la gare jouera un rôle structurant.
La SNCB pourra continuer à adapter la gare
La protection n’empêche pas la SNCB, propriétaire du bâtiment, de poursuivre les aménagements nécessaires pour répondre aux besoins actuels des voyageurs. Le cabinet de la ministre Persoons insiste : "La SNCB peut encore installer des escalators, ascenseurs, écrans ou haut-parleurs, pour autant que cela se fasse dans le respect du patrimoine."
La société ferroviaire indique avoir été récemment informée de la décision et va l’analyser. Elle rappelle qu’une importante phase de rénovation a été achevée fin 2019 : la salle des pas perdus avait alors été "restaurée dans son ancienne splendeur" et de nouveaux ascenseurs et escalators avaient été installés à chaque quai.
