Dans une Flandre imaginaire, le parti d’extrême droite VPV remporte les élections avec une large majorité. Le nouveau gouvernement met immédiatement en place une mesure draconienne : toutes les personnes non nées en Flandre doivent retourner dans leur pays d’origine. Une seule échappatoire est possible : participer à une émission de télé-réalité humiliante "The Best Immigrant".
"The Best Immigrant" : la série flamande qui dérange, entre thriller et satire sociale
“Hier spreekt men Vlaams" (Ici on parle flamand), jusqu’à présent, ce slogan se voyait surtout dans des communes de la périphérie flamande autour de Bruxelles, mais dans "The Best Immigrant", elle prend un sens cruel. Les candidats du jeu télévisé se font rappeler à l’ordre avec une rigueur impitoyable dès qu’ils osent échanger dans une autre langue.
Même les jeunes enseignants Muna et Jamal, amoureux depuis le lycée et originaires de pays différents, sont arrêtés et risquent non seulement la déportation, mais aussi la séparation. Leur seule issue possible : participer à "The Best Immigrant", une émission de téléréalité impitoyable où les migrants doivent, à travers des épreuves humiliantes, prouver qu’ils sont "le meilleur Flamand". Le gagnant obtient une chance d’obtenir un permis de séjour.
Mais qu’est-ce qu’un véritable Flamand ? Il n’y a pas de réponse toute faite, et les scénaristes Raoul Groothuizen et Cristina Poppe ne s’y aventurent pas. À la place, ils inventent des épreuves dans lesquelles même le Flamand moyen échouerait sans doute lamentablement. Et pourtant, le public de cette émission fictive se régale.
La série reflète une réalité sociale ou politique de manière très frappante voire dérangeante. Elle nous force à regarder des choses difficiles à accepter. La série a un impact émotionnel fort : elle choque, secoue, fait réfléchir, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs.
Bien que "The Best Immigrant" proclame une Flandre exclusivement "blanche", la série présente un casting extrêmement divers. Jennifer Heylen et Farouk Ben Ali incarnent parfaitement Muna et Jamal. Mais les vraies révélations se trouvent dans les rôles secondaires : Evelyne Chen dans le rôle de la Chinoise Lily, Noah Mavuela et Noa Tambwe Kabati en frères congolais Samuel et Isaac, ou encore Saïd Boumazoughe dans le rôle du présentateur déchu, Tarik.
Enfin, Charlotte Timmers brille dans le rôle de Lauren, productrice télé cynique et impitoyable, participant activement à la politique du nouveau régime plutôt que de rester simple spectatrice.
"The Best Immigrant" ne se concentre pas sur la réaction du public, mais sur l’humanité en coulisses. On suit des personnes ordinaires dont l’avenir est compromis. Tout commence par la déportation systématique de ceux qui ne sont pas nés dans le pays. Ils sont poussés dans des bus en direction d’un centre de déportation. Ils doivent laisser derrière eux leurs affaires, leurs proches, toute leur vie. Leur carte d’identité est immédiatement détruite.
C’est brut, douloureusement crédible, tandis qu’une majorité silencieuse se tient à l’écart et observe.
Cette ambiance sombre contraste avec les paillettes et le glamour du jeu télévisé. Par moments, cela ressemble étrangement à un vendredi soir classique sur une chaîne commerciale. La direction de la photographie de Pieter Van Alphen ("Knokke off", "Nonkels") est superbe, sublimée par la double bande-son efficace de Stijn Cole ("Dealer", "Rough Diamonds").
En résumé, "The Best Immigrant" réussit à être à la fois un thriller palpitant et une critique sociale percutante. Le résultat est une série de fiction flamande qui ose, touche et – surtout – semble nécessaire aujourd'hui.
Les deux premiers épisodes seront disponibles sur la plateforme de streaming Streamz dès le 11 décembre, puis une nouvelle épisode sera diffusé chaque jeudi pendant trois semaines.
