La tradition des marionnettes à tringle de Bruxelles est désormais inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'Humanité de l'Unesco, a annoncé ce mardi la secrétaire d'État bruxelloise en charge du Patrimoine, Ans Persoons, à la suite de la décision tombée à New Dehli. La Région de Bruxelles-Capitale avait déposé une demande officielle en mars 2024. La nouvelle a été accueillie avec beaucoup de joie par le Théâtre royal de Toone, actif depuis 1830.
L'Unesco reconnait les marionnettes à tringle de Bruxelles comme patrimoine culturel immatériel de l'Humanité
Portée par urban.brussels et le Théâtre royal de Toone, cette reconnaissance a été officialisée lors de la 20e session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui se tient à New Delhi en Inde en ce début de semaine. Héritée des théâtres forains itinérants depuis la Renaissance, la marionnette à tringle est conservée et réinventée au Théâtre de Toone, véritable conservatoire de cette pratique et dernier théâtre de ce type en activité à Bruxelles.
Cette candidature avait été initiée il y a quatre ans par urban.brussels - l'administration bruxelloise en charge du Patrimoine -, avec une volonté de mettre en avant l'identité bruxelloise, les langues endogènes, l'inclusivité et le caractère non marchand de ce théâtre bruxellois typique.
Le théâtre de marionnettes populaire de Toone a une longue histoire. Les marionnettes remontent à l'époque du roi Philippe II d'Espagne (1527-1598), qui ordonna la fermeture des théâtres par crainte de protestations. Les Bruxellois remplacèrent alors les acteurs par des marionnettes, ou "poesjenellen" (petites marionnettes), et se produisirent dans des théâtres clandestins, à Liège et Anvers notamment.
Importée en Belgique grâce aux théâtres ambulants d'Italie et d'Europe centrale (16e-17e siècles), la marionnette à tringle est le reflet de l'identité multiculturelle de Bruxelles. Jadis, les spectacles de marionnettes permettaient aux spectateurs adultes, souvent illettrés, de découvrir les pièces de théâtre, les opéras ainsi que les romans populaires, auxquels ils n'avaient pas accès.
Encore très populaire au 19e siècle et comptant plusieurs troupes, cette tradition se concentre depuis 1963 au Théâtre royal de Toone - un théâtre qui existe depuis 1830, soit la même année que l’Etat belge. Les marionnettes sont conçues et fabriquées dans un atelier privé. Leur spécificité réside dans la "tringle", une tige métallique traversant la tête de la marionnette et formant deux crochets à ses extrémités. La tringle sert à la manipulation de la marionnette en actionnant diverses parties de son corps.
Au théâtre installé Impasse Sainte Pétronille rue du Marché-aux-Herbes dans la capitale, cette manipulation se fait grâce à une équipe bien entrainée de six marionnettistes cachés derrière un castelet rehaussé. Le marionnettiste principal, surnommé "Toone", prête sa voix à toutes les marionnettes. Il est formé par son prédécesseur. Actuellement, c'est Toone VIII qui occupe ce poste, succédant à son père, Toone VII.
"Pour moi, il va de soi que nous figurons sur la liste", déclarait Toone VII (José Géal à la ville), aujourd'hui âgé de 94 ans. "Bien sûr, je suis ravi que notre art de la marionnette soit reconnu." L'inscription à l'Unesco n'entraîne aucune conséquence financière. Toutefois, elle constitue une reconnaissance internationale et ouvre souvent la voie à une protection et une promotion accrues au niveau national.
Répertoire en Bruxellois
Le répertoire, souvent parodique et improvisé, mêle classiques du théâtre, récits populaires et satire sociale, dans un esprit typiquement bruxellois de "zwanze" et d'autodérision. La langue parlée est le Bruxellois, un mélange de français et néerlandais, avec un accent bien typique.
L'équipe du Théâtre royal de Toone a partagé son histoire et ses méthodes de travail, dans cette vidéo.
Patrimoine culturel immatériel en Belgique
Les traditions culturelles belges suivantes figurent actuellement déjà sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco:
• Carnaval de Binche et procession des Géants et Dragons (2008) • Procession du Saint-Sang à Bruges (2009) • Foire annuelle de Sint-Lievens-Houtem (2010) • Bretzels et feux de barils à Grammont (2010) • Marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse (2012) • Pêche à la crevette à cheval à Oostduinkerke (2013) • Culture de la bière (2016) • Cortège à Bruxelles (2019) • Namur Échasses (2021) • Culture foraine (2024)
On trouve également des initiatives en collaboration avec d'autres pays, comme le son du cor de chasse, la fauconnerie, les techniques d'irrigation traditionnelles et la construction de murs en pierre sans mortier.
L'Unesco reconnaît aussi les "bonnes pratiques" de préservation des traditions. En 2023, le foyer pour personnes handicapées de Geel a été inscrit sur la liste. La transmission de la culture du carillon et des jeux folkloriques y figure également.
Le carnaval d'Alost constitue un cas particulier. Inscrit sur la liste de l'Unesco en 2010, il a été marqué en 2019 par une polémique concernant un char représentant des Juifs de manière caricaturale. "L'esprit satirique du carnaval d'Alost et la liberté d'expression ne peuvent justifier des manifestations de haine", a déclaré à l’époque l'Unesco.
Pour empêcher l'Unesco de retirer le carnaval de sa liste, la ville d'Alost a finalement déposé une demande de retrait de sa reconnaissance. Ce fut chose faite en décembre 2019.


