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PFAS dans l’eau du robinet en Flandre : 1 échantillon sur 4 dépasse les futures normes européennes

Près de 25 % des échantillons d’eau du robinet prélevés en Flandre affichaient une teneur en PFAS supérieure aux valeurs considérées comme sûres selon les normes européennes les plus sévères. C’est ce que rapporte Het Laatste Nieuws sur base de données demandées par les écologistes de Groen. Ces nouvelles valeurs de référence n’entreront en vigueur qu’en 2028, et la Flandre n’est pas obligée de les appliquer. Mais l’eau du robinet est-elle encore sûre ? La toxicologue Greet Schoeters apporte son éclairage.

Eric Steffens
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En 2028, l’eau potable européenne ne pourra contenir plus de 4 nanogrammes par litre de quatre formes courantes de PFAS : le PFOA, le PFOS, le PFNA et le PFHxS. C’est la recommandation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

Cette valeur dite EFSA-4, qui n’entrera en application que dans deux ans, est aujourd’hui encore loin d’être respectée en Flandre. C’est ce qui ressort des mesures de l’Agence flamande de l’environnement (VMM), obtenues par Groen. En 2024, 24,5 % des échantillons d’eau du robinet analysés dépassaient cette valeur de référence.

C’est en outre bien plus que les chiffres de 2023 (15,9 %) et de 2022 (16,1 %). Une forte augmentation, conclut Groen. Le parti souligne également que les coûts liés à la purification de l’eau et à la mesure des PFAS sont passés de 250 000 euros en 2021 à près de 4 millions d’euros en 2024. "Inacceptable", estime la cheffe de groupe flamande Mieke Schauvliege. "Ces coûts sont répercutés sur les citoyens via une facture d’eau plus élevée, tandis que les pollueurs s’en sortent sans dommages."

C'est quoi exacetemnt les PFAS ?

Les composés per- et polyfluoroalkylés, plus connus sous le nom de PFAS, sont des substances chimiques dont les propriétés spécifiques sont mises à profit dans de nombreux produits de la vie courante. Extrêmement persistants, les PFAS peuvent s’accumuler dans l’organisme et présenter des risques pour la santé, souvent perceptibles uniquement à long terme. Elles peuvent notamment affecter le système immunitaire et la reproduction, et sont potentiellement cancérigènes. Ces "polluants éternels" sont particulièrement scrutés chez nous depuis le scandale lié à l’entreprise 3M.

Le député flamand Andy Pieters (N-VA) estime lui aussi "qu’il est nécessaire de prendre des mesures supplémentaires". Il rappelle au ministre de l’Environnement Jo Brouns (CD&V) sa promesse d’avoir un plan pour l’eau potable prêt pour le 1ᵉʳ janvier. "Ces nouveaux chiffres renforcent cette nécessité", ajoute-t-il.

Groen observe donc une hausse, mais selon la VMM, il est difficile de comparer les mesures des dernières années. En 2024, plus de sites ont été analysés que les années précédentes. Le cabinet du ministre Brouns le souligne également. Le cabinet insiste par ailleurs sur le fait que la valeur EFSA-4 n’est pas une limite légale. Un dépassement n’impliquerait donc pas un risque immédiat pour la santé. "Il s’agit d’une valeur-signal, pas d’une alerte sanitaire", précise-t-il.

La Flandre applique actuellement deux autres normes : – une pour 20 formes de PFAS (100 nanogrammes par litre), – et une pour l’ensemble des PFAS (500 nanogrammes par litre).

Ces normes, nettement plus élevées, sont légalement contraignantes. En cas de dépassement, une intervention est donc obligatoire. "Mais 99,56 % des analyses de l’eau du robinet respectaient ces limites", affirme le cabinet.

Quatre PFAS sont déjà interdits

Deux interprétations différentes, donc. "Je pense qu’elles ont toutes deux leur raison d’être", estime la toxicologue Greet Schoeters (Université d’Anvers), dans l'émission "De Ochtend" (Radio Eén).

"Mme Schauvliege parle d’une valeur-cible concernant quatre substances parmi des milliers de PFAS. Sur ces quatre substances, nous disposons de nombreuses données toxicologiques, issues d’études animales et humaines. Cette valeur-cible vise à protéger la santé, en particulier celle des jeunes enfants. On sait que la réponse à la vaccination peut diminuer et que les infections peuvent devenir plus fréquentes."

"Ces quatre composants sont réglementés. Cela signifie qu’ils ne peuvent plus être mis librement sur le marché ou utilisés sans restriction."

"Les mesures en Flandre semblent indiquer que les concentrations des quatre PFAS « principales" dans l’eau potable augmentent. Mais dans nos corps, elles diminuent, explique la toxicologue Greet Schoeters, grâce notamment à une réglementation plus stricte. "Espérons que nous atteindrons la valeur-cible à terme. Le plus tôt sera le mieux, bien sûr."

On trouve des PFAS partout , de l’eau de pluie aux spéculoos

Greet Schoeters souligne néanmoins : "Nous avons actuellement un problème. Une fraction de la population présente des niveaux de PFAS trop élevés dans le corps. Il est donc crucial de veiller à ce qu’aucune nouvelle contamination ne se produise et que les niveaux dans notre environnement diminuent."

Mais les PFAS semblent omniprésents : on en trouve même dans l’eau de pluie. En Flandre, la plus petite PFAS, le TFA, est pratiquement partout dans l’eau potable. La semaine dernière, des analyses ont également montré sa présence dans le pain et les spéculoos produits en Belgique.

"De nombreux investissements sont déjà réalisés pour éliminer ces molécules lourdes, bien caractérisées (les quatre PFAS principales, NDLR) de l’environnement", explique Greet Schoeters. "Elles ne peuvent plus être utilisées ni mises sur le marché. Elles sont également retirées de l’environnement autant que possible grâce à des travaux de dépollution."

Pour autant, la lutte contre les PFAS dans l’environnement reste "une bataille entre les lobbies industriels et les décideurs politiques", ajoute Schoeters.

"Ces substances sont utilisées dans de nombreux produits (imperméables, poêles, mousses anti-incendie, emballages alimentaires…). Pour beaucoup de produits, on peut éviter leur utilisation, et des réglementations sont en cours, mais c’est un processus lent et difficile. Il est important de maintenir la pression."

L’eau du robinet reste sûre

Notre eau du robinet est-elle encore sûre ? "Cela ne signifie absolument pas que l’eau du robinet est actuellement impropre à la consommation", rassure Greet Schoeters. Il faudrait boire des quantités irréalistes d’eau du robinet pour ingérer des niveaux dangereux de PFAS. L’EFSA estime qu’une personne peut consommer chaque semaine 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel des quatre PFAS principales via l’alimentation, y compris l’eau. Tant que ce seuil n’est pas dépassé, il n’y a pas de risque sanitaire majeur.

Un Belge adulte moyen, pesant environ 78 kg, devrait boire 12 litres d’eau du robinet par jour pour atteindre cette limite uniquement par l’eau.

Cette estimation n’est pas parfaite, car les PFAS proviennent également de nombreux autres aliments. Mais elle donne une idée du risque réel.

"Il n’y a donc pas de danger immédiat", poursuit Greet Schoeters. "On ne peut pas exclure des effets à long terme, mais le risque reste faible. Ce ne sont pas des substances extrêmement toxiques. Mais il est clairement préférable de les éliminer de notre environnement et de notre corps."

Faut-il limiter la consommation d’eau du robinet ?

"Non. L’eau du robinet n’est qu’une des sources d’exposition aux PFAS. Ce n’est certainement pas la principale. L’alimentation joue un rôle beaucoup plus important." Les PFAS se lient facilement aux graisses et aux protéines animales, c’est pourquoi les habitants proches de l’usine 3M à Zwijndrecht sont conseillés de ne pas consommer d’œufs de leur propre jardin.

Pour les jeunes enfants et bébés nourris au lait infantile à base d’eau, il peut être préférable d’utiliser une eau de source pure, car ils sont plus petits et atteignent plus rapidement des niveaux d’exposition potentiellement problématiques.

Mais l’eau en bouteille n’est pas non plus une garantie : cet été, le site d’information Apache a détecté des traces de TFA dans 11 échantillons sur 15 d’eau en bouteille belge.

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