L’envie de gagner est profondément ancrée en l’être humain et parfois une petite supercherie devient un tour de passe-passe époustouflant. Ce qui commence comme une ruse innocente peut évoluer en stratégie magistrale. C’est malhonnête, mais génial… La nouvelle exposition "Tricheur ! " au Musée des cartes à jouer de Turnhout (province anversoise) illustre à quel point les joueurs peuvent être inventifs dans l’espoir de voler un avantage. Des dés truqués aux bras métalliques en passant par les cartes marquées : les visiteurs y découvrent les tours de cartes les plus célèbres, ainsi que des anecdotes et divers objets illustrant les pratiques de la tricherie à travers les siècles.
Du dé truqué au bras métallique : la nouvelle expo au Musée des cartes à jouer de Turnhout dévoile les tours de triche les plus ingénieux
"J'étais connu comme le roi des cartes, celui qui gagnait toujours, mais aussi comme un tricheur invétéré", raconte Leon Janssens qui travaille au Musée des cartes à jouer de Turnhout. C'est ainsi qu'est née l'idée d'une exposition dévoilant tous les trucs et astuces du "métier".
L'exposition présente toutes sortes d'estampes, d'objets intrigants, d’archives surprenantes et d'anecdotes sur la tricherie à travers l'histoire. On y trouve des cartes marquées, des illustrations utilisées par les joueurs pour communiquer et des miroirs permettant d'identifier la main de son adversaire.
Depuis des siècles, des artistes utilisent des animaux pour montrer aux humains comment eux-mêmes se comportent. L’exposition présente donc aussi des cerfs, des écureuils, des chiens ou des singes jouant aux cartes qui se passent subrepticement des cartes pour manipuler le jeu.
Mais il n’y pas que les jeux de cartes qui incitent à tricher. L’exposition montre également d’astucieuses techniques utilisées dans les jeux de dés et les machines à sous. On y découvre notamment aussi les dispositifs ingénieux utilisés par les casinos pour déjouer les manipulations des tricheurs. On y fait aussi connaissance des bonneteurs du 19e siècle qui circulaient dans les trains pour escroquer les voyageurs avec le jeu des trois cartes (bonneteau).
Dans cette exposition, la tricherie n’est pas envisagée comme une faille morale, mais comme le reflet de la créativité et de l’imagination humaines, souligne le Musée des cartes à jouer. "Et il faut parfois bien l’admettre : ce n’est pas honnête, mais c’est génial !".
Le troisième bras, métallique
Au fil des différentes salles de l’exposition, les techniques de tricherie deviennent de plus en plus ingénieuses. "À la fin, on découvre toutes sortes de machines pour tricher ou contrer les tricheurs. Par exemple, il y a ce phénomène américain : un troisième bras métallique que le joueur dissimule sous sa chemise ou sa veste pour insérer ou retirer des cartes d'un jeu", indique Leon Janssens.
Ce thème attire beaucoup de gens car, soyons honnêtes, tout le monde triche de temps en temps.
Leon Janssens, employé du Musée des cartes à jouer Turnhout
Quel est l'objet préféré du curateur de l’exposition ? Un dé lesté. "Il contient un peu de plomb, ce qui, statistiquement, fait qu’il affiche des chiffres plus élevés", explique Leon Janssens.
"Ce thème attire beaucoup de gens car, soyons honnêtes, tout le monde triche de temps en temps", plaisante Janssens. "D'ailleurs, la tricherie est intemporelle : elle est aussi vieille que le jeu lui-même, car nous voulons tous et toutes gagner, évidemment."
L’exposition "Tricheur !" propose également une activité interactive. En suivant les indices disséminés dans les salles, le visiteur doit tenter de démasquer le tricheur. Va-t-il le dénoncer ou pas ?
Le Musée des cartes à jouer, du 16e au 21e siècles
Au Musée national des cartes à jouer de Turnhout, on apprend qu’elles ne servent pas uniquement au divertissement innocent, mais que pendant des siècles elles ont aussi servi à la propagande, la satire, l'apprentissage, la publicité et même dans les arts et la divination.
Le musée raconte l’histoire, l’utilisation et la fabrication de la carte et possède la plus importante collection de Turnhout et des Pays-Bas historiques. Les pièces originales les plus anciennes datent du début du 16e siècle, mais le musée met l'accent sur la période industrielle du 18e siècle à nos jours, car c’est alors que les cartiers de Turnhout se sont fait connaître. La collection permanente 'Cinq de cœur' donne un aperçu complet de l'histoire et l'utilisation des cartes à partir de la fin du Moyen Age jusqu'à nos jours.
Le musée accorde une attention particulière à la technique et possède un impressionnant parc de machines authentiques : des presses à imprimer et appareils graphiques illustrant toute la chaine de production. Y compris une énorme machine à vapeur. Pas étonnant dans une ville d'imprimeurs comme Turnhout.
Au 20e siècle, les entreprises de la ville sont devenues les seuls fabricants de cartes dans les Pays-Bas. Entretemps, l’entreprise Cartamundi voisine du musée figure parmi les plus grands producteurs mondiaux. Actuellement, on y imprime plus de 1,3 million de jeux de cartes par jour. Cartamundi possède maintenant aussi des implantations dans d’autres pays d’Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Inde.
L'exposition "Tricheur ! Malhonnête, mais génial !" est à visiter au Musée national des cartes à jouer de Turnhout jusqu'au 27 septembre 2026.
