Le rapport du Conseil supérieur de la Santé (CSS) sur les effets de l'utilisation des écrans et des médias sociaux sur les jeunes "confirme la nécessité de mettre en place une véritable protection des jeunes en ligne avec un âge minimum pour l'accès aux réseaux sociaux", a réagi la ministre Vanessa Matz, en charge du Numérique. Le CSS appelle à une meilleure protection des jeunes lorsqu'ils utilisent les écrans, en particulier les réseaux sociaux.
Le rapport du Conseil supérieur de la santé plaide pour une protection accrue des jeunes face aux écrans et réseaux sociaux
Le rapport du CSS souligne clairement qu'au-delà de la question d'un âge minimum, un système de vérification de l'âge doit être instauré pour garantir le respect de la limite d'âge, souligne Vanessa Matz (photo). "Je suis déterminée à doter la Belgique d'un cadre législatif robuste dans lequel une vérification de l'âge sera effective via une authentification numérique", a assuré la ministre fédérale.
Selon cette dernière, le Parlement entamera prochainement des travaux sur la question de la protection des jeunes devant les écrans et la fin de l'anonymat malveillant en ligne. "À l'issue des travaux menés au Parlement et les recommandations élaborées par ce dernier, je déposerai un projet de loi qui garantit la protection des mineurs en ligne en adéquation avec les travaux européens menés sur le sujet", a-t-elle conclu.
Un contrôle de l’âge est nécessaire
"Les écrans et les réseaux sociaux font désormais partie intégrante de la vie des enfants et des jeunes", indique le CSS dans son nouveau rapport. "Dans certains cas, leur utilisation peut nuire à leur santé physique et mentale. Le Conseil Supérieur de la Santé propose donc de nouvelles recommandations adaptées à l'âge afin de réduire les risques tout en préservant les bénéfices potentiels pour les jeunes qui grandissent dans un monde numérique".
La plupart des experts du CSS ne sont pas favorables à une interdiction totale des smartphones avant 13 ans, invoquant un manque de preuves scientifiques suffisantes et des difficultés pratiques importantes. Le CSS préconise donc une approche progressive. Il propose de limiter l'exposition aux écrans avant 24 mois, puis l'introduire progressivement, idéalement en faisant du co-visionnage parent-enfant.
Par précaution, le CSS recommande de ne pas créer de comptes sur les plateformes numériques avant l'âge de 13 ans sans consentement parental, et de ne pas permettre une utilisation passive sans supervision parentale. Il recommande aussi de bannir le smartphone pendant les repas et à partir du coucher.
De 13 à 16 ans, l'accent doit être mis sur le dialogue et l'éducation aux médias, en guidant progressivement les enfants vers une utilisation responsable et autonome des écrans, avance le CSS. Il préconise par ailleurs une approche intégrée, l'utilisation des écrans devant être comprise comme une partie d'un défi sociétal plus large. "Seule une combinaison coordonnée d'actions éducatives, préventives, réglementaires et de soutien peut réduire les risques tout en préservant les bénéfices potentiels des technologies numériques pour les jeunes", conclut le CSS.
Vooruit plaide pour une interdiction aux moins de 15 ans
Les réseaux sociaux devraient être interdits jusqu'à l'âge de 15 ans, plaide pour sa part le parti socialiste flamand Vooruit, en réaction à l'avis rendu par le Conseil supérieur de la santé. Ce dernier recommande de limiter leur accès pour les enfants de moins de 13 ans. Les socialistes flamands souhaitent donc aller plus loin.
"Nos enfants sont empoisonnés sous nos yeux. Leur cerveau se détériore. Des défis mortels sur TikTok. Des idées toxiques. Chaque jour, ils sont exposés à des contenus dangereux et nuisibles sur les réseaux sociaux", a souligné leur président, Conner Rousseau. "Je veux protéger nos enfants. Pour leur santé. Pour leur avenir. Et surtout pour qu'ils puissent à nouveau être des enfants."
Le parti se dit également en faveur d'une vérification de l'âge et de l'identité des utilisateurs via l'application itsme, mais aussi d'une application stricte par les plateformes et d'une politique d'accompagnement pour apprendre aux jeunes à utiliser les réseaux sociaux.
Vooruit soumettra des propositions à ce sujet à la Chambre et au Parlement flamand. Il a aussi lancé une pétition sur son site afin de donner plus de poids à sa position.
Le Conseil flamand de la jeunesse déconseille une interdiction
"Interdire les réseaux sociaux aux jeunes n'est pas une solution. Il serait préférable de leur fournir des outils pour qu'ils soient mieux informés", a déclaré pour sa part Lore Sleeckx, représentante de la jeunesse auprès de l'UE pour le Conseil flamand de la jeunesse, lors d'une rencontre avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette déclaration faisait suite à la résolution du Parlement européen préconisant un âge minimum de 16 ans pour l'utilisation des réseaux sociaux.
Les députés européens souhaitent également que les jeunes de 13 à 16 ans ne puissent se connecter à Internet qu'avec l'autorisation de leurs parents, par le biais d'une vérification d'âge ou via un portefeuille électronique d'identité européenne.
Cette idée ne séduit guère le Conseil flamand de la jeunesse. D’après une étude menée par ce même Conseil, les jeunes eux-mêmes partagent cet avis. "Un sondage réalisé auprès de 10.000 jeunes montre qu'ils sont préoccupés par les effets des réseaux sociaux, mais qu'ils souhaitent également garder le contrôle", explique Lore Sleeckx.
Maintenir ce contrôle doit se faire avec discernement. "Les jeunes doivent apprendre à utiliser les réseaux sociaux pour développer leur culture médiatique. Il faut leur donner les outils nécessaires pour répondre à des questions comme "comment gérer au mieux mon temps d'écran ?" et "comment repérer les fausses informations ?" Car les réseaux sociaux sont indispensables et présentent de nombreux avantages. Ils permettent de s'informer et de rester en contact. De plus, il serait imprudent d'interdire l'accès aux jeunes et de les laisser ensuite se débrouiller seuls dans un monde inconnu à 16 ans."
Lore Sleeckx a tenté de convaincre Ursula von der Leyen (photo) de cet argument. A-t-elle réussi ? "La présidente de la Commission a indiqué avoir entendu les arguments pour et contre, mais surtout, elle a compris que le Conseil de la jeunesse ne souhaitait pas une simple interdiction. Elle a dit qu'elle y travaillerait et qu'elle formaliserait tout par écrit."
