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Le professeur Koenraad Van Cleempoel, fasciné par sa découverte inattendue à la bibliothèque royale de l'Escurial en Espagne

"Soudain j'ai reconnu l'écriture de Mercator" : un professeur de l'Université d'Hasselt retrouve en Espagne un manuscrit perdu

Le professeur Koenraad Van Cleempoel (photo) de l'Université d'Hasselt (UHasselt) a découvert par hasard un manuscrit vieux de presque cinq siècles, longtemps considéré comme perdu, du cartographe et humaniste flamand Gérard Mercator (1512-1594), sur le site royal de Saint-Laurent-de-l'Escurial, près de Madrid en Espagne. La projection de Mercator a posé les premières bases d'une cartographie précise et utile à la navigation. Le manuscrit retrouvé montre quant à lui l'étendue de l'influence intellectuelle du pionnier. "Ce document nous permet de suivre Mercator dans sa réflexion, ses calculs et sa conception. C'est ce qui le rend inestimable", indique Van Cleempoel. Il s'agit de l'écrit le plus complet de la main de Mercator jamais découvert à ce jour.

Anne François Belga
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"La qualité de ce document est véritablement exceptionnelle", souligne Koenraad Van Cleempoel à l'origine de cette découverte sur le site royal de Saint-Laurent-de-l’Escurial, un gigantesque complexe monastique datant du 16e siècle et situé aux portes de Madrid. Le professeur de l’Université d’Hasselt (province du Limbourg) y recherchait en fait un ouvrage de Gemma Frisius, un autre grand érudit contemporain de Mercator.

"Soudain, on m'a remis un dossier contenant divers manuscrits. Dans l'un d'eux, j'ai reconnu l'écriture de Mercator. Grâce au cachet apposé sur le dossier, nous avons pu dater le manuscrit des alentours de 1550", poursuit Van Cleempoel. L'ouvrage se compose de quatre volumes : une cinquantaine de feuillets renfermant des observations astronomiques précises, de nouvelles méthodes mathématiques, des plans d'instruments astronomiques et trois remarquables tables d’étoiles.

Le document est resté inaperçu pendant plus de 450 ans dans la bibliothèque de l'Escurial, ancienne résidence du roi d'Espagne érigée entre 1562 et 1584 à la demande de Philippe II. Au 16e siècle, il s'agissait d'un des plus importants centres de connaissance d'Europe. Philippe II y rassembla des manuscrits astronomiques et cartographiques afin de soutenir son empire par des connaissances scientifiques. Le texte de Mercator semble avoir rejoint la collection vers 1580.

Qui était Gerardus Mercator ?

Geert ou Gerard de Kremer, mondialement connu sous le nom latinisé de Gerardus Mercator, est né en 1512 à Rupelmonde (Flandre orientale aujourd’hui) et décédé en 1594 à Duisbourg en Allemagne. Ce cartographe, mathématicien et géographe flamand est considéré comme l'un des fondateurs de la cartographie moderne. Il était l’un des membres les plus éminents de l’école de cartographie flamande du 16e siècle, avec Gemma Frisius et Abraham Ortelius.

Grâce à sa précision et à son savoir-faire, il acquit rapidement une grande renommée comme fabricant de globes et d'instruments scientifiques, mais aussi comme graveur de cartes et calligraphe. Son œuvre coïncida avec l'époque des Grandes Découvertes, qui accrut considérablement la demande de cartes fiables.

Son œuvre la plus célèbre est la projection cartographique du monde de 1569, conçue pour la navigation et toujours utilisée actuellement. Mercator rédigea aussi de nombreux écrits géographiques, philosophiques, théologiques, chronologiques. Il est le premier à avoir utilisé le terme "atlas" pour désigner un recueil de cartes.

Mercator, inventeur de la projection cartographique (ici une carte moderne)

Un document d’une valeur inestimable

L'une des tables stellaires du manuscrit redécouvert en Espagne par Koenraad Van Cleempoel contient les coordonnées précises de 130 étoiles et forme la base scientifique du globe céleste de Mercator de 1551. "Mercator y décrit non seulement ses résultats mais aussi toutes ses pensées : des observations, des calculs géométriques et des solutions instrumentales. Pour les historiens de la science, cela vaut de l'or", explique le professeur.

"Ce type de témoignage sur les pratiques de travail d'un scientifique du 16e siècle est rarement conservé. Le manuscrit nous permet de suivre Mercator dans sa réflexion, ses calculs et ses conceptions. Cela le rend inestimable."

L'une des pages du manuscrit retrouvé de Mercator, datant de 1550

Les textes et dessins repris dans le manuscrit témoignent également de l'influence de la tradition de la Renaissance sur Mercator, selon laquelle l'intellect et le savoir-faire sont intimement liés. "Cette découverte place Mercator au même rang qu'André Vésale (anatomiste), Rembert Dodoens (botaniste) et Gemma Frisius (cartographe)", avance le professeur Van Cleempoel.

"Il travaille selon la même méthode humaniste : étudier méticuleusement les sources antiques, les adapter de manière critique sur la base d'observations et traduire les connaissances en outils concrets. Nous pouvons enfin confirmer nombre de nos suppositions sur sa méthode de travail", poursuit le professeur de Hasselt. Ce dernier souligne que sa découverte est "d’une ampleur et d’une importance exceptionnelles. Elle réaffirme le rôle historique des Pays-Bas dans le développement scientifique de la Renaissance".

Une autre page du document manuscrit de Mercator retrouvé par Koenraad Van Cleempoel

Un doctorat à l’UHasselt

Le manuscrit de Mercator fait maintenant l’objet d'un nouveau projet de recherche doctorale à l'Université de Hasselt, mené par Yves Verspreet (photo, à dr.). "Son expertise en matière de construction de globes terrestres et d'astronomie du 16e siècle est essentielle pour analyser la complexité du document historique", concluait Koenraad Van Cleempoel (photo, à g.).

Le professeur Koenraad Van Cleempoel et Yves Verspreet, aux archives de la bibliothèque de l'Escurial

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