À l'église Saint-Thomas de Leipzig, ville natale du compositeur baroque allemand Johann Sebastian Bach (1685-1750), deux "nouvelles" œuvres pour orgue de sa main ont été interprétées ce 17 novembre par l’organiste néerlandais Ton Koopman, quelque 320 après leur composition. Il s'agit de partitions anonymes découvertes à la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) à Bruxelles et qui viennent de pouvoir être attribuées à Bach après des recherches approfondies menées par les Archives Bach (Bach-Archiv Leipzig), un centre international de recherche consacré au compositeur de génie. Cette découverte a notamment eu lieu grâce au travail du compositeur et musicologue belge François-Joseph Fétis (1784-1871).
Deux œuvres inédites de Johann Sebastian Bach découvertes à la KBR à Bruxelles et jouées pour la première fois à Leipzig
"Une sensation mondiale, un moment magique", s’écriait le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer, visiblement ému par la musique inédite de Johann Sebastian Bach qu’il venait d’entendre aux grandes orgues de l’église Saint-Thomas à Leipzig, lundi dernier. Elle était interprétée pour la première fois en 320 ans par l'organiste néerlandais Ton Koopman, spécialiste de la musique baroque, interprète de Bach par excellence et président des Archives Bach.
Il faut reconnaître qu’il est rare que des œuvres de Johann Sebastian Bach soient encore découvertes, quelque 275 ans après sa mort à Leipzig. La dernière fois remonte à une vingtaine d'années. Mais les musicologues poursuivent leurs recherches, et cette fois-ci avec succès. Ils ont ainsi mis au jour, à Bruxelles, deux pièces qu'ils peuvent maintenant attribuer avec certitude à Bach.
Il s'agit de deux chaconnes, à l'origine une forme de danse musicale, avec de nombreuses variations et une courte ligne de basse répétée. Les partitions manuscrites contenant la musique sont restées anonymes, mais selon les musicologues, elles sont bien de Johann Sebastian Bach. Il les aurait composées au début du 18e siècle, alors qu'il était encore jeune.
Dans une collection de musique d'orgue à la Bibliothèque royale de Belgique
Peter Wollny, directeur des Archives Bach, a décrit en détail ses recherches. Les deux partitions anonymes ont été découvertes dans une collection de musique d'orgue à la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) à Bruxelles. Des recherches comparatives avec d'autres manuscrits musicaux ont permis d'identifier un élève de Johann Sebastian Bach, qui aurait copié la musique de son maître vers 1705.
Des recherches musicologiques approfondies ont ensuite été menées sur la structure et le style des pièces. Là encore, l'avis des spécialistes est sans équivoque : cette œuvre ne peut être l'œuvre que du jeune Johann Sebastian Bach. L'une des deux chaconnes peut même être considérée comme une étude préparatoire pour une autre composition de Bach.
En résumé : "Nous pouvons désormais affirmer avec certitude que les copies ont été réalisées vers 1705 par Salomon Günther John, un élève de Bach. De plus, stylistiquement, ces œuvres présentent des caractéristiques typiques des compositions de Bach de cette période, que l'on ne retrouve chez aucun autre compositeur", expliquait Peter Wollny.
Comme un message dans une bouteille venu du passé, comme si Bach nous disait : "Vous ne vous êtes pas encore débarrassés de moi. Mon art est inépuisable".
Wolfram Weimer, ministre allemand de la Culture
La "Ciacona en ré mineur BWV 1178" et la "Ciacona en sol mineur BWV 1179" trouveront, espérons-le, désormais leur place dans le paysage musical, a conclu Peter Wollny. "Chaque petite pierre découverte contribue à la mosaïque de cet extraordinaire compositeur."
"C'est comme si un message dans une bouteille avait surgi du passé, après des années de recherches intensives", déclarait pour sa part le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer. "Cette musique, vieille de quelque 320 ans, sonne comme si elle avait été écrite pour aujourd'hui. Bach a fait un cadeau à l'humanité, il a traduit l'éternité en musique."
Les deux compositions de Bach, jusque-là inconnues, étaient dissimulées à Bruxelles, plus précisément dans un recueil manuscrit du Fonds Fétis de la Bibliothèque royale. Il s'agit d'une immense collection rassemblée au fil de sa vie par le musicologue et compositeur François-Joseph Fétis (1784-1871), premier directeur du Conservatoire royal de Bruxelles. Le Fond Fétis, aujourd’hui conservé à la KBR, comprend également un manuscrit de Bach lui-même : la Suite pour la voix BWV 995 (un arrangement de la cinquième suite pour violoncelle BWV 1011).
"Nous sommes particulièrement heureux que notre collection Bach s'enrichisse aujourd'hui de deux nouvelles œuvres", déclarait Marie Cornaz, conservatrice du département de musique de la Bibliothèque royale de Belgique. Avec la collection François-Joseph Fétis, la KBR conserve un trésor exceptionnel de précieux manuscrits et imprimés du 15e au 19e siècles, d'une valeur inestimable pour la recherche musicologique internationale. "Notre institution compte parmi les plus importantes bibliothèques de référence d'Europe".
Les deux compositions viennent d'être publiées par la maison d'édition Breitkopf & Härtel (Leipzig) et sont donc désormais accessibles au grand public, tout comme les images du recueil manuscrit de la KBR dans lequel elles sont conservées.
Les deux œuvres redécouvertes de Johann Sebastian Bach ont été jouées par Ton Koopman à l'orgue de l'église Saint-Thomas de Leipzig, à l'occasion du 75e anniversaire des Archives Bach .
La mission de ces Archives est d’étudier la vie, l’œuvre et la postérité du compositeur et de la vaste famille de musiciens Bach, de préserver son héritage et de le transmettre comme bien culturel et éducatif. Le Bach-Archiv est membre de la Conférence des institutions culturelles nationales et figure parmi les "phares culturels" de l’Allemagne.


