Les quatre policiers impliqués dans la fusillade qui a coûté la vie à Pieter Aerts (35 ans) il y a six ans ont été acquittés lundi par le tribunal correctionnel d'Anvers. Ce dernier a estimé qu'ils avaient agi en état de légitime défense. Le ministère public avait lui-même requis l'acquittement.
Les quatre policiers impliqués dans la fusillade qui a coûté la vie à Pieter Aerts ont été acquittés
La mère de Pieter Aerts avait appelé la police le 9 juillet 2019 parce qu'elle était sans nouvelles du trentenaire depuis un certain temps. Ce dernier luttait depuis des années contre des problèmes mentaux et sa famille s'inquiétait. Deux inspecteurs ont décidé de se rendre à son studio sur la Plantin en Moretuslei à Anvers. Au départ, ils n'ont obtenu aucune réaction. Soudain, ils ont entendu de la musique et Pieter crier "fuck you" et "go away". Les agents ont décidé d'entrer pour s'assurer de son état de santé.
Deux autres inspecteurs ont été appelés en renfort et le concierge a été sollicité pour ouvrir la porte. Lorsque celle-ci s'est ouverte, Pieter Aerts aurait, selon les policiers, donné deux coups de couteau au concierge, qui a été blessé à la tête. La famille ne croyait pas cette version des faits car ce couteau n'a jamais été retrouvé. "On ne sait pas clairement ce que Pieter Aerts tenait précisément, mais il est bien établi qu'il était en possession d'un objet avec lequel il a blessé le concierge", a jugé le tribunal.
Le tribunal a fait une différence entre les policiers
Les inspecteurs ont alors chacun tiré un coup de feu, mais n'ont pas atteint Pieter Aerts. Ils sont ensuite entrés dans l'appartement. Pieter Aerts se serait alors dirigé vers eux. C'est à ce moment que l'un des agents a tiré deux balles, et son collègue quatre autres. Le deuxième tir du premier agent s'est avéré mortel.
Le tribunal a jugé que les deux coups de feu tirés dans le couloir relevaient de la défense légitime. Les tirs n'ayant pas atteint la victime, le tribunal a conclu qu'il n'y avait pas d'infraction. Les inspecteurs qui ont effectivement atteint la victime ont rendu plausible, selon le tribunal, l'hypothèse d'une deuxième attaque de la part de la victime dans l'appartement. Ils ont agi en légitime défense et ont également été acquittés.
Déception des parents suite à l’acquittement
Les parents ne peuvent pas faire appel de l’acquittement, sauf sur le plan civil. Ils se disent très déçus par la décision. "Le juge a suivi les mensonges des policiers", a déclaré le père, René Aerts. "Le tribunal continue de protéger les agents", estime-t-il. "Il y a bien eu une phrase exprimant de la compassion, mais ce n’est pas cela qui nous importe. Ce qui nous importe, c’est l’innocence de Pieter. Ce n’était pas un violent. (…) Pieter n’est pas coupable : les coupables, les agresseurs, sont dans l’autre camp. Ils l’ont encore enfoncé aujourd’hui, et nous ne l’acceptons pas. Après six ans, c’est une conclusion que personne ne souhaite."
Leur avocat se dit également déçu par le jugement : "Cela ouvre la porte à un usage accru des armes par la police", estime-t-il.
De son côté, la police a publié une brève réaction : "Nous prenons acte de l’acquittement prononcé par le tribunal. Il s’agit d’une affaire particulièrement difficile et chargée d’émotion pour toutes les personnes concernées et les proches. Par respect pour eux, nous ne commenterons pas davantage le contenu du jugement."
