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Menacée par des infiltrations, la Maison du Roi sur la Grand-Place de Bruxelles sera enfin restaurée après des années d'attente

La Ville de Bruxelles a introduit une demande de permis pour restaurer le toit et les façades de la Maison du Roi (Broodhuis en néerlandais). L’édifice de style néogothique, situé sur la Grand-Place, souffre de telles infiltrations que le musée a dû, au printemps dernier, retirer les œuvres exposées au deuxième étage. Le budget nécessaire à la rénovation doit encore être approuvé par le conseil communal.

Bettina Hubo Eric Steffens
Publié:

La Maison du Roi, située juste en face de l’hôtel de ville sur la Grand-Place, abrite depuis la fin du XIXᵉ siècle le Musée de la Ville de Bruxelles. Ce bâtiment néogothique classé, reconstruit par Victor Jamaer d'après Louis van Bodeghem, fait aujourd’hui grise mine : sa façade est ternie et encrassée, surtout lorsqu’on la compare aux autres maisons de la Grand-Place, toutes restaurées au fil des vingt-cinq dernières années et ayant retrouvé leur éclat d’antan.

Mais le problème va bien au-delà de l’apparence. Les ornements de la façade s’effritent, certaines parties du bâtiment doivent être consolidées à l’intérieur pour des raisons de stabilité, et le toit comme les murs laissent passer l’eau depuis plus de vingt ans.

L’an dernier, les infiltrations étaient devenues si graves que la conservatrice en chef, Bérangère de Laveleye, a jugé qu’il n’était plus prudent d’exposer des œuvres au deuxième étage, dans la magnifique salle d’exposition à la charpente en bois. Toutes les pièces précieuses ont été retirées, notamment la collection consacrée à l’histoire de la Grand-Place, avec entre autres le célèbre tableau "Le bombardement de Bruxelles de 1695."

A noter que le Manneken Pis qui se trouve à l’intersection de la rue de l’Étuve et de la rue du Chêne n’est pas l’original, mais une réplique. Suite à un vol en 1965 l’original, réalisé en 1619 par Jérôme du Quesnoy et retrouvé dans le canal de Charleroi, a été placé au Musée de la Ville de Bruxelles.

Fragments de la statue de Manneke Pis retrouvée en 1966

Le musée restera accessible au public

Depuis des années, un dossier de restauration du bâtiment est à l’étude, mais cette fois, le projet semble enfin se concrétiser. "La Ville a introduit auprès d’urban.brussels une demande de permis d’urbanisme pour restaurer l’ensemble de l’enveloppe extérieure, à savoir le toit et les façades", explique Bérangère de Laveleye. "Un budget a également été inscrit dans la programmation 2026, ce qui est pour nous un signe positif : le collège communal veut réellement avancer." 

Si le permis et le budget sont approuvés, les travaux pourraient commencer fin 2026 ou début 2027. Selon Bérangère de Laveleye, le musée restera accessible durant le chantier, puisque les interventions se feront essentiellement par l’extérieur. Seule la deuxième étage, déjà partiellement vidé, sera entièrement fermé au public, à l’exception de la grande statue de Saint-Michel. Le reste de la collection Manneken Pis sera, elle, déplacée dans une autre partie du musée.

En février 2017, un musée spécialement conçu, appelé Garderobe MannekenPis, a ouvert ses portes à proximité, au 19 rue du Chêne.

Dans une deuxième phase, l’intérieur du bâtiment devra également être rénové.

Bérangère de Laveleye, conservatrice au Musée de la Ville de Bruxelles

Dans une deuxième phase, l’intérieur du bâtiment devra également être rénové. "C’est un musée du XIXᵉ siècle, totalement inadapté aux normes du XXIᵉ siècle", estime l’historien et auteur Roel Jacobs. "Il faudra le repenser en profondeur." 

Bérangère de Laveleye en est consciente : la Maison du Roi n’est pas équipée pour accueillir les 100.000 à 120.000 visiteurs qu’elle reçoit chaque année. Il n’y a ni ascenseur, ni vestiaire suffisant, ni assez de sanitaires. "Dans un second temps, nous demanderons un permis pour la rénovation intérieure. Le dossier est en préparation", précise-t-elle.

Après les travaux extérieurs, le deuxième étage ne retrouvera d’ailleurs pas son aspect d’antan : "Nous allons revoir la présentation des collections. L’ensemble consacré à l’histoire de la Grand-Place ne reviendra pas tel quel. Un nouveau thème sera développé, présenté différemment."

La Maison du Roi (à gauche), lors de la réalisation du tapis de fleurs

Un grand dépôt avec une salle de lecture

En parallèle, la Ville de Bruxelles va louer un grand dépôt à Zaventem dès ce printemps. "C’était nécessaire depuis longtemps", explique Bérangère de Laveleye. "Nos réserves sont aujourd’hui dispersées sur plusieurs sites, partiellement dans le musée et ailleurs. Ce nouveau dépôt permettra de rassembler toutes les collections, y compris celles des autres musées de la Ville. Il comprendra également une salle de lecture et de recherche, où les collections pourront être étudiées."

La conservatrice se dit satisfaite des avancées récentes : "Le projet de restauration du toit et des façades est une belle initiative. Bien sûr, le conseil communal doit encore approuver le budget 2026, ce qui devrait avoir lieu en décembre ou en janvier." 

Concernant le montant global, Bérangère de Laveleye ne souhaite pas s’avancer. Une estimation antérieure pour la rénovation complète — extérieure et intérieure — évoquait environ 20 millions d’euros. "Cette fois, il ne s’agit que du toit et des façades, donc d’un budget plus limité", précise-t-elle.

La Maison du Roi avec en avant plan de sapin de Noël

Des subsides de la région bruxelloise

Du côté du cabinet du bourgmestre Philippe Close (PS), on reste également discret : "Les négociations sont encore en cours", indique-t-on.

La région bruxelloise pourrait toutefois contribuer financièrement, le bâtiment étant classé. Mais rien n’est encore acquis. Le cabinet de la secrétaire d’État démissionnaire Ans Persoons (Vooruit), en charge de l’Urbanisme et du Patrimoine, précise que la décision sur la subvention ne pourra intervenir qu’après l’obtention du permis.

"Aucune demande officielle de subsides n’a encore été introduite. La Ville doit d’abord déposer un cahier des charges détaillé et des offres. Et bien sûr, la décision dépendra du budget disponible pour les restaurations patrimoniales", ajoute le cabinet du bourgmestre.

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