Après des semaines de discussion, le gouvernement flamand a finalement tranché sur la question des subventions pour l'éducation socioculturelle des adultes. A titre de compromis, tant des organisations flamandes nationalistes que certaines associations de gauche voient leurs subsides supprimés – pour un total de 3,5 millions d’euros – et ce, malgré une évaluation positive.
Le gouvernement flamand a tranché : le Vlaamse Volksbeweging, la Vlaamse Kruis et l’asbl gantoise Labo perdront leurs subventions
Les vice-ministres-présidents désamorcent ainsi un débat qui durait depuis longtemps. Il avait déjà été convenu qu’à partir des rapports d’experts, 3,5 millions d’euros seraient économisés sur les subventions.
Cette réduction relativement limitée – le secteur socio-culturel des adultes reçoit environ 80 millions d’euros au total – a pourtant provoqué des tensions pendant des semaines au sein du gouvernement flamand, en particulier entre la ministre compétente Caroline Gennez (Vooruit) et la N-VA.
Caroline Gennez souhaitait cibler les organisations ayant reçu une évaluation négative de leur gestion et de leurs finances, ce qui a déplu à la N-VA : plusieurs des associations concernées étaient des organisations nationalistes flamandes, telles que la Vlaamse Volksbeweging – proche de la N-VA – et la Vlaamse Kruis, homologue de la Croix-Rouge.
Des associations de droite et de gauche touchées
En guise de compromis, douze associations ayant reçu une évaluation négative perdront leurs subventions et parmi elles, cinq organisations flamandes nationalistes.
Mais deux associations de gauche ayant pourtant obtenu un avis favorable verront également leur financement supprimé, parce qu’elles entretiendraient des liens avec des groupes qui n'hésitent pas à recourir à la violence. L’une de ces organisations est l’asbl gantoise Labo.
Le gouvernement flamand ne souhaite pas encore communiquer la liste complète des organisations concernées. L’accord conclu mercredi soir doit encore être affiné et discuté lors du conseil des ministres flamand.
Le secteur socioculturel s’inquiète pour la liberté associative
Des critiques s’élèvent dans le secteur quant à la méthode employée par le gouvernement flamand. "En déviant des avis d’experts sur base de discussions idéologiques, on entre dans une zone où la liberté et l’autonomie des associations pourraient être mises en danger" a déclaré Hanne Geukens de l’organisation faîtière du secteur socioculturel, dans l'émission De Ochtend sur Radio 1.
L’évaluation est réalisée par une commission indépendante sur base de la politique et des finances des associations, non sur leurs opinions ou leur contenu.
"En échange de la liberté dont elles disposent, les associations doivent rendre énormément de comptes. C’est l’accord existant, précisément pour laisser le plus possible d’initiatives aux citoyens et aux bénévoles", ajoute Geukens. "Ces avis donnent au secteur une sécurité juridique."
"Nous devons encore attendre la communication officielle pour savoir si la décision du gouvernement flamand est une bonne décision. Mais nous avons toutes les raisons d’être inquiets", conclut-elle.
L'opposition tire à boulets rouges sur la répartition de subsides
Quasi tous les rangs de l'opposition, en Flandre, ont critiqué jeudi l'accord annoncé mercredi soir par le gouvernement flamand, qui établit quelles associations du secteur socioculturel pour adultes vont perdre des subsides.
Pour les écologistes du parti Groen, c'est donc un choix dicté par "l'arbitraire politique", et pas basé sur de la bonne gestion. "Des organisations perdent des subsides, simplement parce que le contenu ne plait pas à la N-VA", résume l'élu flamand Bram Jaques. Les écologistes pointent du doigt la ministre (socialiste) de la Culture Caroline Gennez, qui aurait dû selon eux tenir bon et s'opposer au retrait de subsides d'associations évaluées positivement. "Elle laisse la N-VA choisir quelles voix critiques bâillonner."
Même son de cloche à l'extrême-gauche, au PTB, dont le chef de groupe Jos D'Haese parle d'un "nouveau pas inquiétant dans le bâillonnement de la société civile critique". "Les organisations dont on parle ont été évaluées positivement par une commission indépendante mise sur pied par le précédent gouvernement flamand, sur base d'un décret écrit par la N-VA elle-même", assure Jos D'Haese. Le but est donc bien, selon lui, d'inciter les autres organisations de la société civile "à y réfléchir à deux fois avant d'oser aller à contre-courant". Là aussi, on pointe du doigt Vooruit, qui laisserait faire la N-VA.
On n'est pas forcément plus heureux à l'extrême-droite, où le Vlaams Belang reproche quant à lui à la N-VA de... bâillonner le mouvement flamand. "Une croisade idéologique", peste un élu d'extrême-droite.
