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Des soldats américains célèbrent l’annonce de l’Armistice.

C’est aujourd’hui le 11 novembre, jour de l’Armistice, mais que commémore-t-on exactement ?

Le 11 novembre est le jour de l’Armistice : on commémore ce jour-là la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918). En Belgique, en France, au Royaume-Uni et dans plusieurs autres pays du Commonwealth, des cérémonies commémoratives sont organisées à 11 heures du matin. C’est en effet à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918 que les armes se sont tues.

Eric Steffens Tim Trachet
Publié:
Des soldats belges dans le Boyau de la Mort le long de la ligne de l'Yser à Dixmude

Le 11 novembre 1918 à 11 h 11, prenait fin le conflit le plus meurtrier que l’humanité ait connu jusqu’alors.  Pourquoi précisément à cette heure-là ? Ce fut, en réalité, le fruit du hasard. Les négociations d’armistice avaient débuté le 8 novembre 1918 au matin, dans un wagon de train installé dans la forêt de Compiègne, à environ 80 kilomètres au nord de Paris.

Vers 11 heures, le maréchal français Ferdinand Foch, commandant en chef des forces alliées, remit les conditions de l’armistice à la délégation allemande. Les Allemands disposaient alors de 72 heures pour accepter, soit jusqu’au 11 novembre à 11 heures.

La signature de l’armistice dans un wagon-restaurant aménagé dans une clairière de la forêt de Compiègne (France).

Ne pas prolonger la guerre une minute de plus

Pendant les 72 heures dont ils disposaient, les négociateurs allemands ont tenté d’adoucir les conditions imposées par les Alliés, mais avec très peu de succès. Durant toute la nuit du 10 au 11 novembre, les discussions se sont poursuivies âprement sur un article du texte de l’accord. Au petit matin, un accord complet fut enfin trouvé, mais il restait encore à le signer.

L’accord stipulait que la cessez-le-feu entrerait en vigueur six heures après la signature. L’horloge indiquait 5 h 12, mais le maréchal Foch proposa de fixer l’heure à 5 h précises, de sorte que les armes se taisent exactement à 11 heures du matin.

Ce fut à l’honneur du maréchal Foch de ne pas vouloir prolonger la guerre d’une minute de plus. Il suggéra de retaper uniquement la dernière page de l’accord au propre pour y apposer immédiatement les signatures, plutôt que de recopier tout le texte, ce qui aurait pris trop de temps. L’accord fut signé à 5 h 20.

Il fallut encore jusqu’à 10 h 30 pour que toutes les parties disposent du texte complet, mais les états-majors furent avertis par radio bien avant.

L'armistice était déjà dans l’air

L’intervalle de six heures entre la signature et l’entrée en vigueur de l’armistice était nécessaire pour prévenir toutes les armées du front à temps. Contrairement à une idée répandue, les combats n’ont pas duré jusqu’à 11 heures partout avec la même intensité.

Grâce à la radio, au téléphone et au télégraphe, la plupart des unités furent averties en quelques heures, et bien avant que les clairons ne sonnent le cessez-le-feu à 11 heures, le calme s’était déjà installé sur de nombreux fronts.

Certains affrontements en cours se sont poursuivis encore un moment ce matin-là, causant plusieurs morts supplémentaires, mais nombre de commandants avaient déjà suspendu leurs plans d’attaque, sachant que l’armistice était imminent.

Les villes de Gand et de Mons libérées

L’armée belge mena, dans les dernières heures avant l’armistice, sa toute dernière opération militaire – pacifique – de la guerre : dans la matinée du 11 novembre, elle entra dans Gand.

La veille au soir, le drapeau allemand avait été retiré de l’hôtel de ville et les derniers soldats allemands avaient quitté la ville.

Des militaires belges pendant l’offensive de libération. L’uniforme a changé, et bien d’autres choses aussi, mais comme en 1914, des chariots sont encore tirés par des chiens (KLM).

Au moment de l’armistice, la plus grande partie de la Belgique restait occupée. La nouvelle de la fin des combats se diffusa lentement. À Bruxelles, l’attention se porta surtout sur le désordre causé par les troupes révolutionnaires allemandes. Des soldats allemands se sont en effet soulevés contre les dirigeants de leur armée et leur gouvernement et ont même créé un conseil révolutionnaire.

Certains généraux ordonnèrent malgré tout des attaques dans les dernières heures. La plus connue fut la prise de Mons par les Canadiens, qui dura jusqu’à la matinée du 11 novembre. Pour le général canadien Arthur Currie, la conquête de Mons était une question de prestige.

Mons fut ainsi la dernière ville belge libérée avant l’entrée en vigueur de l’armistice.

L’entrée solennelle des troupes canadiennes à Mons le 11 novembre 1918 (Bibliothèque et Archives du Canada).

Le cas le plus tragique eut lieu près de Stenay, sur la Meuse, non loin de la frontière belge (près d’Orval). Quelques heures avant l’armistice, le général américain Wright donna l’ordre de prendre la ville de Stenay, bien qu’il fût déjà informé du cessez-le-feu imminent. Il justifia sa décision par le fait que ses soldats pourraient enfin se laver correctement dans la ville.

Stenay fut conquise, mais une soixantaine de soldats américains périrent encore, jusqu’aux dernières minutes de la guerre.

L’heure française versus l’heure allemande

Quoi qu’il en soit, à partir de 11 heures, ce fut le silence complet sur le front, pour la première fois depuis plus de quatre ans. Même les sous-marins allemands cessèrent leurs opérations.

Seule l’Afrique orientale connut encore quelques jours de combats : la petite troupe coloniale allemande, retranchée dans la brousse, mit du temps à être convaincue que la guerre était vraiment terminée.

Un détail intéressant : selon l’accord, les armes devaient se taire "à 11 heures précises, heure française". C’était alors la même heure qu’à Londres (GMT), et cette heure s’appliquait aussi à la partie non occupée de la Belgique.

En Allemagne, comme dans la Belgique encore occupée, les horloges avançaient d’une heure. L’armistice y entra donc en vigueur à midi.

Juste après la libération, les Belges ont remis leurs horloges à l’heure française, rejetant symboliquement "l’heure allemande".  Mais quelques années plus tard, la Belgique et la France ont finalement adopté le même fuseau horaire que l’Allemagne et l’Europe centrale.  Résultat : nos horloges avancent aujourd’hui d’une heure par rapport à "l’heure française" de 1918. 

Ainsi, quand nous commémorons l’armistice à 11 heures, nous le faisons en réalité une heure trop tôt par rapport à l’heure exacte de la fin des combats en 1918.

 

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