Qu’il leur serve de sonnerie de cloches pour les alerter d'un danger tel qu'un incendie ou un orage, qu’il fasse fonction d’horloge et de réveil musical, ou qu’il soit une source de divertissement et d'ambiance au cœur de la ville : le carillon de Louvain est fidèle à ses habitants depuis 500 ans. Le premier instrument fut installé dans l'église Saint-Pierre en 1525 : un projet prestigieux qui remplissait également une fonction pratique. Aujourd'hui, il est devenu la bande sonore des Louvanistes et des visiteurs de la cité universitaire. "D'un point de vue pratique, le carillon est devenu superflu, mais il reste cher au cœur des habitants", constate Luc Rombouts. Il est l’un des quelques carillonneurs titulaires des cinq carillons que compte Louvain aujourd’hui.
Le carillon de Louvain fête ses 500 ans : autrefois tocsin de la ville universitaire, il contribue aujourd'hui à son atmosphère unique
Le premier carillon est arrivé à Louvain il y a 500 ans et la ville brabançonne tient à commémorer cet événement. Avec le documentaire "500 ans de carillon à Louvain" du cinéaste Sander Tas, la Ville et l'association des carillonneurs Campanae Lovanienses mettent en lumière l'histoire des cinq carillons de Louvain.
"L'histoire des carillons de Louvain remonte à un demi-millénaire", explique Sander Tas. "C'est assez incroyable, car finalement ces cloches ont peu d'utilité pratique aujourd’hui. Pourtant, elles sont essentielles à l'atmosphère de la ville et, en réalité, à la vie des habitants. C'était formidable de pouvoir immortaliser cela."
La famille Sergeys de Louvain a été l’une des sources d'inspiration majeures pour le documentaire. Fondeurs de cloches depuis des générations, les membres de cette famille ont fabriqué notamment le carillon de Louvain. "Mon père était le dernier fondeur de cloches belge", raconte Filip Sergeys. "Quand j'avais 13 ans, il a fermé la fonderie, mais il m'a transmis sa passion pour ce métier. Ma mère, mon frère, ma sœur et moi perpétuons cette tradition".
Après avoir été pratiquement totalement détruit dans l’incendie de Louvain en 1914, puis remplacé, avant d’être volé par l’occupant allemand en 1943, le carillon de l’église Saint-Pierre compte aujourd’hui 49 cloches datant de 1930 à 1990 et fondues en grande partie par la famille Sergeys.
Projet de prestige et divertissement
"Il y a 500 ans, les cloches jouaient un rôle bien plus important dans la vie qu'aujourd'hui", explique Filip Sergeys. "Elles servaient avant tout à indiquer l’heure : le rythme de la vie était en quelque sorte lié à celui des cloches". Avec l'enrichissement progressif des villes, celles-ci ont pu investir dans des activités et du divertissement pour leurs habitants.
Pour Louvain, le carillon représentait un véritable projet de prestige. "Il permettait à la Ville d'afficher sa richesse, mais aussi d'offrir la musique au grand public. La musique n'était pas aussi accessible autrefois, mais grâce au carillon, chacun pouvait écouter de belles mélodies".
"Le Spotify du 16e siècle", c'est ainsi que Luc Rombouts décrit l’instrument. Carillonneur à Louvain depuis plus de 30 ans, il joue du carillon trois fois par semaine dans la ville, notamment à l’église du Grand Béguinage et à l’abbaye de Park, où se trouve le "Carillon de la Paix".
Rombouts souligne que le carillon avait initialement une fonction avant tout pratique. "On n'avait qu'une seule occasion d'entendre l'heure, et la musique du carillon annonçait son arrivée. Mais les carillonneurs se sont fait un point d'honneur de créer sans cesse de plus belles mélodies. C'est devenu une compétition entre les villes, avec toujours plus de cloches et une technologie plus avancée".
Aujourd'hui encore, la musique du carillon résonne dans la ville, mais son utilité pratique a quasiment disparu. "Tout le monde a une montre et une bibliothèque musicale dans sa poche", explique Luc Rombouts. "On pourrait donc dire qu'un carillon est superflu. Pourtant, il existe toujours et il est cher au cœur des habitants et des visiteurs de Louvain."
Le son des cloches contribue beaucoup à l'atmosphère de la ville, estime Filip Sergeys. "Les Louvanistes y sont peut-être habitués, mais il participe largement au charme de notre cité. C'est la bande-son de Louvain que les gens apprécient, consciemment ou inconsciemment. Les visiteurs étrangers sont souvent stupéfaits. On pourrait même dire que les vibrations des cloches diffusent une sorte d'énergie dans la ville."
Le carillon a-t-il un avenir?
Depuis 500 ans déjà, le carillon a prouvé son utilité, mais les carillonneurs ne doivent pas tenir cela pour acquis, souligne Luc Rombouts. "On voit souvent des cloches d'église tomber en ruine faute d'être suffisamment utilisées. Lorsqu'une église souhaite remettre en service ses cloches rouillées, elle a souvent perdu le soutien du voisinage."
Quand un artiste célèbre décède, je joue sa musique. Je l'ai fait lors du décès de Tina Turner, David Bowie et Eddy Wally.
Luc Rombouts, carillonneur
C’est pourquoi il est essentiel de préserver la culture du carillon. On se souviendra d’ailleurs que l’Unesco a reconnu en 2014 le carillon belge comme "Meilleure pratique de sauvegarde de Patrimoine immatériel".
"J’essaie de réagir à l’actualité à Louvain et dans le monde", explique le carillonneur Rombouts. "Lorsqu’un artiste célèbre disparaît, je joue sa musique, comme lors des décès de Tina Turner, David Bowie et Eddy Wally. J’ai joué un jour du Bob Dylan et j’ai reçu un message d’un auditeur inquiet, mais je souhaitais simplement rendre hommage à l’artiste et à son passage en Belgique".
Le Cantus de carillon met principalement les cloches à l’honneur. Les étudiants y chantent accompagnés par les cloches de la Bibliothèque universitaire de la KU Leuven - le plus grand carillon de la Ville avec 63 cloches. "C’est une excellente introduction au carillon pour les jeunes. L’innovation reste également importante : je diffuse toutes les sessions en direct (via livestream) et j’anime un groupe Facebook où je reste en contact avec les auditeurs. Parallèlement, nous formons la prochaine génération de musiciens à l’Ecole de carillon de Malines. Ainsi, cette partie de notre culture peut être préservée", conclut Luc Rombouts.
