Un appartement "digital détox", sans Wi-Fi ni ondes GSM, à l’abri des rayonnements extérieurs. C’est ce qu’annonce une publication Facebook à propos d’un projet immobilier encore en construction à Bruxelles. Ce projet vise les personnes qui recherchent un logement exposé le moins possible aux rayonnements électromagnétiques. Mais est-ce réellement possible d’un point de vue technique et est-ce que cela change vraiment quelque chose pour les habitants ?
Bientôt à louer à Bruxelles : un logement sans Wi-Fi ni ondes GSM, mais est-ce vraiment possible ?
"Seriez-vous intéressé, ou connaissez-vous quelqu’un qui pourrait l’être par un appartement à Bruxelles entièrement protégé contre les rayonnements électromagnétiques ?" C’est ce qu’on peut lire dans un message publié sur Facebook le 6 août dernier. L’initiateur du projet s’appelle Miguel Coma, ingénieur en télécommunications de formation, aujourd’hui actif dans le secteur informatique.
Selon lui, il pilote ce chantier pour “combiner son intérêt pour l’écoconception, (le digital détox ndlr) l’environnement et une vie saine à échelle humaine.” "C’est vraiment un projet pilote pour la Belgique", a-t-il confié à VRT NWS.
Bien qu’il ne se considère pas lui-même comme affecté par les ondes électromagnétiques, il dit connaître plusieurs personnes qui en souffrent. "Une dizaine de personnes m’ont déjà contacté", précise-t-il.
Des murs, un toit et des vitres anti-rayonnement
"Nous travaillons activement avec l’architecte, et nous sommes également en contact avec une entreprise spécialisée en Suisse, qui possède de l’expérience dans ce type de construction", explique encore Miguel Coma.
Le bâtiment serait isolé autant que possible contre les rayonnements électromagnétiques via les murs, le toit et les vitrages. "Les fenêtres seront équipées d’un verre spécifique, fabriqué en Belgique, conçu pour bloquer les rayonnements", indique-t-il encore. Dans d’autres projets, ce type de verre est également utilisé pour empêcher les signaux Wi-Fi internes de s’échapper vers l’extérieur.
Face au scepticisme que peut susciter son initiative, il répond : "Mon expérience montre que les gens se sentent mieux quand on réduit l’exposition aux ondes." Selon lui, de nombreuses études mettraient en évidence les effets nocifs des rayonnements électromagnétiques, mais ceux-ci ne seraient pas reconnus par l’Organisation mondiale de la santé.
Pas de Wi-Fi ni d’appareils connectés autorisés
"Le projet comptera deux petits appartements et un duplex en colocation", précise Miguel Coma. Des règles générales relatives à l’exposition aux ondes s’appliqueront à tout le bâtiment : Wi-Fi, Bluetooth et appareils connectés seront interdits ; des panneaux signalitiques rappelleront dans les couloirs de mettre son téléphone hors ligne ou en mode avion ; des connexions filaires seront prévues pour pouvoir téléphoner via smartphone sans onde.
Impossible de tout contrôler, mais des outils sont mis à disposition des résidents.
Miguel Coma
Selon Miguel Coma, il est impossible de vérifier que tous les résidents respectent bien les règles. "Tous les habitants recevront un petit appareil pour mesurer le rayonnement. S’ils ont un doute concernant les voisins ou un visiteur, ils pourront le tester", explique-t-il.
Une isolation électromagnétique sera également installée entre les étages. Pour les détails techniques, les devis sont encore en cours de comparaison avant de prendre des décisions finales. Selon Coma, l’objectif est de réduire l’intensité du rayonnement de 60 à 70 décibels.
Toutes les radiations ne se valent pas
Sofie Pollin, professeure en télécommunications à la KU Leuven, explique dans le podcast Het Uur van de Waarheid (VRT MAX) qu’il faut distinguer les rayonnements à haute et basse fréquence : "Les rayonnements provenant d’un téléphone portable, du micro-ondes ou du Wi-Fi font partie des rayonnements non ionisants à basse fréquence. À des fréquences plus élevées, on trouve la lumière visible, puis au-dessus encore, les rayonnements ionisants à haute fréquence, comme les rayons X. On sait que ces derniers peuvent endommager notre ADN et sont donc dangereux. Il existe également des champs extrêmement basse fréquence, comme ceux du réseau électrique."
Selon elle, il n’y a aucune raison scientifique de fuir le Wi-Fi, le Bluetooth ou les réseaux mobiles : "Aucune publication scientifique n’a démontré de lien causal entre ce type de rayonnements à basse fréquence et des effets nocifs non thermiques."
Peut-on rendre une maison “sans ondes” ?
Pour les rayonnements très basse fréquence, comme ceux des lignes à haute tension, c’est très difficile. Mais pour les ondes de téléphones portables, c’est possible, explique Wout Joseph, de l’équipe de recherche WAVES à l’UGent : "Les nouvelles maisons sont aujourd’hui très bien isolées. Souvent, cela suffit à fortement atténuer les rayonnements provenant des antennes."
On peut également traiter les murs et les fenêtres pour réduire certains signaux, ajoute la professeure Sofie Pollin : "Tout le monde a déjà vécu cette situation : impossible de capter à l’intérieur et obligé de sortir pour téléphoner."
Une cage de Faraday : une référence… mais pas pour le quotidien
En laboratoire, on utilise souvent des cages de Faraday pour bloquer complètement les rayonnements. "Mais ces espaces sont généralement très sombres et fortement isolés du monde extérieur", explique la professeure Pollin. "Ce n’est vraiment pas agréable d’y rester longtemps."
Miguel Coma, l’initiateur du projet, est conscient que certaines personnes peuvent craindre de vivre dans une telle “cage” : "C’est pourtant la seule manière d’éviter complètement les rayonnements, même ceux à venir. Mais une maison comme celle que nous construisons n’est pas sombre : ce sont les matériaux spécifiques qui assurent l’isolation."
Une "Cage de Faraday" : qu’est-ce que c’est ?
La Cage de Faraday (du nom du savant anglais Michael Faraday 1791- 1867) désigne un espace qui ne laisse passer aucune onde électrique ou électromagnétique ni dans un sens ni dans l’autre (de l’extérieur vers l’intérieur ou vice-versa). L’efficacité de cette structure pourra varier en fonction des qualités du matériau qui la compose (conductivité, perméabilité magnétique) et de la fréquence de la perturbation.
Le professeur Wout Joseph insiste sur un point important : "Dans ce contexte, la cohérence est essentielle. Si vous utilisez un téléphone sans fil ou le Wi-Fi à l’intérieur, les appareils émettront au maximum, annulant ainsi l’effet de l’isolation."
Les habitants en tirent-ils un réel bénéfice ?
Selon le professeur Joseph, il s’agit avant tout d’une question personnelle. La professeure Pollin partage cet avis : "Si certaines personnes ont l’impression que la radiation leur provoque des maux de tête, il se peut que voir les niveaux de rayonnement réduits dans leur logement les aide psychologiquement."
Mais améliorer la santé grâce à une maison “faible en rayonnement” n’est pas scientifiquement prouvé.
Bien que les scientifiques restent ouverts à la découverte de nouveaux effets, aucune preuve solide n’établit que les ondes de téléphones portables ou le Wi-Fi aient un impact négatif sur la santé, précise la professeure Sofie Pollin. Cela n’exclut pas que de nouvelles découvertes scientifiques puissent apparaître à l’avenir.
