"Maarallee" (une expression familière flamande qui se traduit par "mais allez" en français), c’est le nom donné à une application et une nouvelle plateforme développées par le Centre flamand de connaissances en sciences citoyennes Scivil à Louvain et l’Université catholique de Louvain (KU Leuven). Leur but : entraîner l'intelligence artificielle (IA) à mieux comprendre le néerlandais parlé en Flandre, avec ses différents dialectes et accents. Pour cela, les développeurs ont besoin de la collaboration du public : plus il y aura de citoyens de tous âges, origines et régions qui utiliseront l’application pour y enregistrer du texte parlé, plus l’intelligence artificielle pourra affiner sa compréhension du flamand. "Nous recherchons plus particulièrement des femmes, des seniors et des personnes originaires du Limbourg", indique Isaak Vandermaesen du centre louvaniste Scivil.
L'application "Maarallee" doit aider l'intelligence artificielle à comprendre les accents et dialectes flamands, avec l'aide des citoyens
Un chatbot (un "dialogueur") ou une application d’IA ne comprend-elle pas ce que lui dit un interlocuteur flamand avec un accent régional ? Ce n'est probablement pas la prononciation de ce dernier qui pose problème, mais l'intelligence artificielle elle-même. "Le problème, c'est que la plupart des systèmes d'IA sont formés aux États-Unis", explique Isaak Vandermaesen, du Centre de connaissances louvaniste Scivil. Ils sont paramétrés sur des modèles linguistiques néerlandais. "Ils ne font donc pas la distinction entre le néerlandais des Pays-Bas et celui parlé en Flandre".
Or il existe une différence significative d’accents, de vocabulaire et de prononciation entre les Pays-Bas et la Flandre. Les systèmes d’IA ne comprennent donc pas (bien) les accents, dialectes, les expressions typiquement flamandes, ni l'interlangue des apprenants du néerlandais en Flandre.
"Les personnalités médiatiques parlent souvent le néerlandais standard, mais un Flamand lambda parle l'interlangue avec un accent", explique Vandermaesen. "Nous pouvons nous appuyer sur des séries de fiction flamandes pour entrainer les modèles d’IA à comprendre le flamand, mais cela reste insuffisant."
Maarallee récolte des témoignages authentiques
C’est pourquoi le Centre de connaissances en sciences citoyennes Scivil, la KU Leuven et le gouvernement flamand ont développé l’application Maarallee. Elle permet aux citoyens de Flandre de faire entendre leur voix, littéralement. Ils peuvent y enregistrer de courtes phrases de leur choix, quel que soit leur accent ou leur dialecte. "L’application demande aussi, par exemple, de décrire un plat flamand typique", explique Isaak Vandermaesen. "Ce genre de tâches est extrêmement utile. Les gens répondent avec leur accent naturel, et nous pouvons utiliser ces données pour démarrer. Plus les exemples sont variés, mieux le modèle d’IA apprend le flamand authentique".
Comment fonctionne l’app Maarallee ? L’IA transcrit les enregistrements en flamand au fur et à mesure que le modèle les comprend. Des volontaires améliorent ensuite la transcription et traduisent les enregistrements qui sont trop difficiles pour le modèle. Cette collecte et correction de données génère des données précieuses que la KU Leuven peut utiliser pour développer un modèle de reconnaissance vocale automatique (RVA) performant pour le flamand.
Maarallee.be est un outil de participation citoyenne puisqu’il ambitionne de changer la donne en impliquant tous les citoyens flamands, quels que soient leur dialecte ou leur accent. "Toute personne qui souhaite que son GPS la comprenne lorsqu'elle prononce 'Turnhout' avec, par exemple, un accent campinois, peut contribuer dès aujourd'hui à trouver une solution", explique Isaak Vandermaesen, chargé de projet IA et Éducation chez Scivil. "En enregistrant votre voix sur maarallee.be, vous participez à la création d'une IA véritablement accessible à tous les Flamands".
Les allophones sont aussi recherchés
"Un système de reconnaissance vocale performant a besoin de milliers d'heures d'enregistrement vocal", explique Hugo Van Hamme, expert en traitement de la parole à la KU Leuven. "Nous ciblons particulièrement certains groupes démographiques, comme les femmes, les jeunes, les personnes parlant un dialecte ou celles dont le néerlandais n'est pas la langue maternelle. Sans eux, l'utilité de cette technologie sera limitée".
Les informations collectées par l'application ne sont pas seulement intéressantes pour les scientifiques. "La reconnaissance vocale joue un rôle de plus en plus important dans l'éducation, les médias, la santé, l'industrie et les services", souligne Isaak Vandermaesen. "Mais aussi pour des sous-titrages automatiques plus performants, des systèmes mains libres ou des aides à commande vocale pour les personnes handicapées. Sans toutes ces données vocales, l'IA reste une technologie réservée à une minorité".
Plus le nombre de participants sera élevé, meilleurs seront donc les résultats. Les créateurs de l’application encouragent donc chacun en Flandre à participer. Les médias, les écoles, les bibliothèques et les associations locales sont également invités à télécharger l'application. "Avec maarallee.be, nous faisons un pas de plus vers une intelligence artificielle capable de comprendre correctement chaque Flamand, du Youtubeur west-flandrien Acid à la chanteuse flamande d’origine espagnole Belle Perez".
Maarallee sera bientôt disponible sur l'App Store, mais est déjà accessible sur le Play Store, indiquent encore Scivil et la KU Leuven.
