Le Grand musée égyptien (GEM), vitrine pharaonique de la civilisation antique a été inauguré au Caire samedi soir en présence de nombreux chefs d’Etat dont le roi Philippe, et le Premier ministre Bart De Wever. Ce musée expose notamment le trésor complet de Toutankhamon, la barque solaire de Khéops et une statue colossale de Ramsès II. La construction de ce bâtiment de près d'un demi-million de mètres carrés a été en grande partie réalisée par l’entreprise belge de génie civil Besix.
Inauguration au Caire du Grand musée égyptien : un chantier pharaonique d’un milliard de dollars mené par des Belges
Spectacle laser, orchestre symphonique, danseurs en tuniques inspirées des fresques antiques, sceptres et couronnes dorées: un spectacle pharaonique a marqué l'inauguration officielle du Grand musée égyptien au Caire.
"Nous écrivons un nouveau chapitre de l'histoire du présent et du futur, au nom de cette patrie ancienne", a dit le président, Abdel Fattah al-Sissi, en saluant "le plus grand musée du monde dédié à une seule civilisation" devant un parterre de rois, chefs d'État et dirigeants internationaux, dont le roi Philippe, accompagné du Premier ministre Bart De Wever pour l'occasion.
À Woluwe-Saint-Lambert, au siège du groupe de génie civil Besix, plusieurs personnes ont également poussé un soupir de soulagement ce week-end. Après plus de dix ans, l’un de leurs plus grands projets est enfin achevé. Montant de la facture ? Un milliard de dollars, soit environ 850 millions d’euros.
Besix n’était pas seulement responsable de la construction, mais aussi de l’éclairage, de la climatisation, des technologies informatiques et du transport de certaines pièces maîtresses, explique depuis Le Caire le chef de projet Joris De Kinder. Même les étiquettes des salles d’exposition ont été confiées à Besix.
Une vue directe sur les pyramides
Chez Besix, on parle d’un chantier de plus de dix ans, mais en réalité les premières idées pour ce musée remontent déjà au début des années 1990. En 2002, le président de l’époque, Hosni Moubarak, avait même posé la première pierre symbolique, alors qu’aucun plan concret n’existait encore. Ce n’est qu’un an plus tard que le cabinet Heneghan Peng Architects a remporté le concours international d’architecture.
"Il y avait plus de 1 300 candidats provenant de plus de 80 pays", raconte le chef de projet Joris De Kinder. "Le site a été choisi à la croisée du passé et du présent : à proximité du centre du Caire, mais avec une vue directe sur les pyramides. L’architecte a intégré cela de manière fantastique dans la conception."
Un design ambitieux
Les axes visuels du musée sont alignés sur ceux des pyramides, et les formes triangulaires se retrouvent partout dans l’architecture. Le toit s’élève en pente douce vers le sommet des pyramides voisines. L’ensemble a représenté un défi technique considérable.
"Normalement, lorsqu’on construit un bâtiment, on sait qu’entre, disons, les axes F et G, il y a partout la même distance. Ici, à un endroit, on mesure 15 mètres entre F et G, et un peu plus loin, seulement 12 mètres. Tout est variable, tout change. Cela a évidemment contribué à allonger la durée du chantier", explique Joris De Kinder pour illustrer la complexité du projet.
Au plus fort des travaux, jusqu’à 6 000 ouvriers étaient présents simultanément sur le chantier. Besix a fait appel à plus de 300 sous-traitants et a collaboré avec Orascom Construction, une entreprise égyptienne qui détient 50 % des parts de Besix. La coordination sur le site était assurée par des ingénieurs belges.
Révolution et pandémie
La durée exceptionnelle du chantier s’explique, selon Joris De Kinder, non seulement par sa complexité, mais aussi par d’autres circonstances. Certaines parties du musée n’étaient pas encore entièrement conçues au moment du début des travaux, et les demandes du "maître d’ouvrage" ont parfois changé en cours de route.
Pendant la construction, l’Égypte a connu une grande transformation politique. Après le printemps arabe de 2010, le président Al-Sissi est finalement arrivé au pouvoir.
"La situation politique en Égypte n’a pas facilité les choses", reconnaît Joris De Kinder. "La pandémie de Covid, la guerre en Ukraine et le conflit à Gaza ont également entraîné des retards."
L’ensemble du site est à présent achevé et les derniers artefacts ont été transférés. La semaine dernière encore, le masque mortuaire en or de Toutankhamon a été déplacé. Il était exposé depuis des décennies dans l’ancien musée de la place Tahrir, mais rejoint désormais le nouveau complexe muséal, où l’intégralité du trésor de Toutankhamon sera présentée pour la première fois au public.
Un coup de pouce majeur à l'industrie touristique de l'Egypte
L’Égypte espère que ce musée attirera plusieurs millions de touristes supplémentaires, un afflux plus que bienvenu pour l’économie du pays. Mais est-il réaliste d’imaginer que le musée puisse accueillir jusqu’à cinq millions de visiteurs par an ?
En tout cas, la capacité le permet. Selon Joris De Kinder, lors des visites préliminaires organisées ces derniers mois, le musée recevait déjà entre 5 000 et 6 000 visiteurs par jour, alors que tout le site n’était pas encore ouvert au public.
"C’est vraiment immense. Rien que dans le hall d’entrée, ils ont déjà organisé des concerts pour 500 personnes", souligne-t-il.
Un site gigantesque
À titre de comparaison, le Louvre à Paris, est le musée le plus visité au monde, avec plus de huit millions d’amateurs d’art chaque année. Or, la superficie totale du Grand Egyptian Museum dépasse celle du Louvre : le nouveau musée égyptien couvre 490 000 mètres carrés, contre "seulement" 360 000 mètres carrés pour le musée parisien.
"C’est bien plus qu’un simple musée", précise Joris De Kinder. "Seul le troisième et dernier étage du bâtiment principal est consacré à l’exposition muséale. On y trouve aussi un centre de congrès, une expérience 3D, un musée pour enfants, une bibliothèque, des espaces pour ateliers et des auditoires, ainsi que plusieurs restaurants. Et autour du bâtiment s’étendent d’immenses jardins — l’ensemble représente l’équivalent de cent terrains de football."
Contrairement au musée égyptien bâti à l'époque coloniale au centre du Caire, désormais désuet et décrépi, le nouveau musée propose des galeries immersives, un éclairage de précision et des expositions en réalité virtuelle.
Les férus d'archéologie pourront y suivre, à travers une baie vitrée, les travaux du laboratoire de conservation pour restaurer une barque solaire vieille de 4.500 ans, retrouvée enterrée près de la pyramide de Khéops.
Des prouesses techniques au service des trésors égyptiens
Pour les pièces les plus lourdes, le musée dispose également d’un ascenseur capable de soulever jusqu’à dix tonnes. Depuis le jardin, de grands objets peuvent ainsi être acheminés jusqu’aux salles d’exposition. "C’est un bâtiment fantastique, mais il nous a parfois donné du fil à retordre", sourit Joris De Kinder. Ainsi, la statue de Ramsès II, haute de onze mètres, a dû être installée dans le hall d’entrée avant même l’achèvement du bâtiment — autrement, elle n’aurait jamais pu y entrer.
"Nous avons dû travailler tout autour avec des grues, des chariots élévateurs et des engins lourds. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait tous les jours", ajoute-t-il.
Besix au Moyen-Orient
Si le Grand musée égyptien (GEM) représente un projet majeur pour Besix, ce n’est pourtant pas le plus grand. L’entreprise avait déjà participé à la construction du Burj Khalifa, toujours la plus haute tour du monde. Besix est d’ailleurs solidement implantée au Moyen-Orient, rappelle le COO Jan Van Steirteghem. Le groupe est présent en Égypte depuis 1990.
"La Grande Mosquée Sheikh Zayed d’Abou Dhabi est un autre projet emblématique", souligne-t-il. "Plus tard cette année, nous livrerons également le Zayed National Museum, et en 2026, le nouveau musée Guggenheim. Plus près de chez nous, nous travaillons actuellement sur le troisième plus haut bâtiment de Paris. Mais le Grand Egyptian Museum reste sans aucun doute l’un des projets les plus vastes et les plus ambitieux que nous ayons jamais réalisés."
Besix a également participé à la construction de plusieurs stades pour la Coupe du monde de football en 2022 au Qatar. Selon une enquête de l’organisation de défense des droits humains Equidem, des conditions de travail déplorables régnaient sur deux des chantiers de ces stades. Besix avait alors répondu qu’elle avait pris des mesures pour prévenir tout abus chez ses partenaires et sous-traitants. Sur ces chantiers, trois personnes ont perdu la vie.




