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L'exposition "Beldavia. Votre nouvelle terre d'accueil" à La Fonderie: décor central

La Fonderie présente "Beldavia. Votre nouvelle terre d'accueil", une exposition interactive et engagée sur l'immigration

Située au cœur du Vieux Molenbeek, un quartier autrefois très industrialisé décrit comme l’ancien Manchester belge, la Fonderie - Musée bruxellois des industries et du travail - accueille jusqu’au 28 juin 2026 une exposition interpellante et émouvante consacrée à la réalité de l’immigration. Mélangeant fiction et témoignages, elle propose aux visiteurs de faire l’expérience des difficultés rencontrées par de nombreuses personnes migrantes pour trouver un logement décent et du travail et obtenir un statut reconnu en Belgique. Trois scénarios leur sont proposés : celui d’un réfugié politique, le parcours d’un jeune migrant économique ou l’aventure d’une femme en situation de regroupement familial. Tous ont quitté la Belgique, dont la réalité est devenue invivable, pour se rendre en Beldavia, pays dont ils ne connaissent rien et surtout pas la langue. Cette exposition critique, destinée notamment aux écoliers du secondaire, est l’occasion de visiter aussi le musée de La Fonderie qui renferme un trésor de machines industrielles.

Anne François
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L’exposition transporte les visiteurs en 2029 : la Belgique connaît la plus grave crise économique, politique et sociale de son histoire. La hausse du prix de l’énergie et les difficultés d’approvisionnement contraignent les commerces à fermer un à un. En raison de l’inflation, un quart des travailleurs vit sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage explose. L’État ne peut plus indemniser la population touchée par la crise, ni payer les pensions. La sécurité sociale s’effondre, et seule une partie infime de la population peut encore se payer une mutuelle.

L’enseignement public est désargenté et les études supérieures, devenues privées, sont hors de prix. Le niveau général de l’éducation et de la formation s’écroule. Devant l’incapacité du gouvernement à faire face aux multiples crises, les électeurs ont voté pour un parti autoritaire qui promet de redresser le pays. Mais les médias sont entièrement contrôlés par l'État et une dictature s’installe. La liberté d’expression disparait, les opposants politiques sont emprisonnés.

De nombreux citoyens quittent donc la Belgique pour un pays qui les accueille à bras ouverts, la Beldavia. Mais de cette contrée imaginaire et décalée, aux apparences idylliques, ils ne connaissent pas la langue, ni la culture, les lois et encore moins les règles administratives.

Le poste de douane à l'aéroport de Beldavia

Trois scénarios réalistes

Dès l’entrée de l’exposition et après avoir tourné la roue de l’infortune, les visiteurs se voient attribuer un des trois personnages proposés. Il y a l’avocat renommé de 43 ans, défenseur de la liberté d’expression, qui se sent menacé par le Service de contrôle de l’information et quitte la Belgique précipitamment avec femme et enfants pour demander l’asile en Beldavia comme réfugié politique. Puis ce jeune homme de 23 ans qui a perdu son emploi en raison de la crise et ne voit pas d’autre solution pour survivre que d’immigrer en Beldavia. Il le fera avec un passeur et un faux passeport, pour lesquels il a dû emprunter beaucoup d’argent à ses proches. Et enfin cette jeune femme de 30 ans qui rejoint en Beldavia un homme qu’elle y avait rencontré en vacances - un regroupement familial qui sera semé d’embûches.

Le port de Beldavia (à dr.), et le point de recherche de travail (à g.) dans le nouveau pays d'accueil

A l’aide d’une carte d’accès électronique, les visiteurs sont invités à faire des choix parfois lourds de conséquences dans des situations souvent stressantes, à trouver leur chemin dans un labyrinthe administratif et à affronter des obstacles similaires à ceux que rencontrent souvent les migrants en Belgique. Tout n’y est cependant pas négatif !

Grâce à des comptoirs numériques où scanner la carte d’accès, un décor quelque peu minimaliste mais teinté d’humour et une série de situations parfois absurdes (desquelles une certaine reine Pollup n’est pas absente), l’exposition met en lumière les enjeux majeurs de l’immigration que sont l’accès à un logement salubre et à un emploi officiel, l’obtention d’un statut légal et en définitive l’intégration au pays d’accueil.

Les différents guichets de l'administration de Beldavia, auxquels les employés ne sont autorisés à parler que le beldavien

Des panneaux illustrés y explicitent (témoignages et chiffres à l’appui ) les problématiques que sont, en Belgique cette fois, le travail des étrangers, le droit au logement et la longue attente d’un logement social (12 ans dans le cas du réfugié économique mis en scène dans Beldavia). Ils évoquent aussi l’audition personnelle que doit passer un demandeur d’asile pour obtenir des papiers, l’apprentissage de la langue du pays nécessaire pour mener à bien les démarches administratives, le choc culturel et les conséquences psychiques d’une longue attente de régularisation.

Muni de sa carte d'accès, le visiteur est invité à faire des choix sur un écran tactile en une vingtaine de points - ici à l'administration

Sur base de vrais témoignages

L’exposition est née d’une collaboration entre l’association Quizas, qui allie création artistique, production audiovisuelle et engagement citoyen, avec l’association Lire et Ecrire Bruxelles et des personnes suivant les cours d’alphabétisation de l’association La Rue. Cette dernière est le partenaire historique de La Fonderie dans le quartier du Vieux Molenbeek. Le projet repose notamment sur des témoignages de migrants et sur leur vécu, pour proposer une expérience participative et immersive dotée de sens.

Proche du format de l’escape game, cette exposition se veut aussi un outil pédagogique sur les problèmes complexes liés à la migration dans notre société actuelle, à l’attention d’un large public, y compris les élèves d’école secondaire. Un dossier est à la disposition des enseignants.

Après une étape au Cinex de Namur en 2024, l’exposition "Beldavia. Votre nouvelle terre d’accueil" s’est installée à La Fonderie à Bruxelles, un lieu étroitement lié aux luttes sociales et urbaines. Issue de l’activisme urbain des années 1970 œuvrant pour la revalorisation des anciens quartiers industriels et populaires, ainsi que pour la défense des habitants les plus fragilisés, dont beaucoup issus de l’immigration, La Fonderie poursuit aujourd’hui cet engagement à travers son musée, ses expositions temporaires, ses activités d’éducation permanente, son centre de documentation et ses visites guidées urbaines.

Le site de La Fonderie à Molenbeek

Les trésors de La Fonderie

Alors que le secteur industriel bruxellois connaissait un profond déclin dans les années 1970, avec le déménagement de nombreuses usines vers la périphérie qui plongea les quartiers du canal dans un profond désarroi économique, des activistes et historiens créèrent en 1983 l’association La Fonderie pour tenter de sauver le patrimoine architectural, matériel (sites et outils) et immatériel (métiers et savoir-faire) de Bruxelles. Etudier le passé industriel de la capitale fait aussi partie de ses missions.

En 1986, La Fonderie s’installait sur le site de l’ancienne Compagnie des Bronzes que la Communauté française venait d’acquérir. Cette usine, abandonnée depuis 1977, est un exemple de l’âge d’or de l’industrie bruxelloise. La Fonderie devenait ainsi quelques années plus tard le Musée bruxellois des industries et du travail.

Une scie à ruban (à dr.) du fabricant Mennig datant de la première moitié du 20e siècle, utilisée par la firme Haest

Au cours des décennies, elle s’est constitué une impressionnante collection d’objets, d’outils et de machines industrielles et a rassemblé des archives et des témoignages oraux. Ces trésors sont à voir dans une grande aile du bâtiment récemment rénové, où sont abordés notamment les thèmes de l’alimentation, des transports, de la filature et de la mode. Parmi les pièces maitresses, on retiendra le torréfacteur Sirocco (photo) utilisé jusqu’en 1988 au sein de la chocolaterie Corné, mais aussi une superbe machine à coudre Singer datant de 1910 (photo) et une machine de l’usine de filature D’Aoust à Anderlecht. Ou encore une linotype fabriquée à Londres à la fin du 19e siècle et utilisée par des imprimeurs ucclois dès 1948.

En sortant de l’exposition "Beldavia", n’oubliez donc pas d’aller admirer ces merveilleux témoins du passé industriel bruxellois !

La machine à coudre Singer datant de 1910 et, en fond d'image, le torréfacteur Sirocco

L’exposition "Beldavia. Votre nouvelle terre d’accueil" est à voir à La Fonderie jusqu’au 28 juin 2026. Du mardi au dimanche, de 10 à 17h. Adresse : rue Ransfort 27 à 1080 Bruxelles.

Pour plus de détails, consultez le site www.lafonderie.be

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