"Je veux sensibiliser les gens au fait que beaucoup de choses pourraient être faites autrement et mieux, et que notre système d’aide n’est pas au point." C’est le message lancé par Siska De Ruysscher, 25 ans. Depuis plus de dix ans, elle cherche désespérément une aide adaptée pour soigner sa dépression sévère. Mais face au manque de soins adéquats en santé mentale, elle a aujourd’hui fait le choix de l’euthanasie. "D’une certaine manière, j’ai trouvé la paix, parce que je sais que tout cela va bientôt s’arrêter."
Après des années de lutte pour obtenir une aide en santé mentale, Siska (25 ans) choisit l’euthanasie : "J’ai enfin trouvé la paix"
Siska n’avait que 13 ans lorsqu’elle a demandé une l’aide psychologique pour la première fois. Une recherche qui aura duré près de la moitié de sa vie, sans qu’elle ne trouve jamais la solution adéquate. Après des années de lutte contre ses démons intérieurs et son trouble dépressif sévère, elle a pris la décision de recourir à l’euthanasie, une demande qui a été autorisée. La date est désormais fixée. Mais avant cela, Siska souhaite faire passer un message clair à la société.
"Il est important pour moi de montrer que — quel que soit mon parcours — beaucoup de choses pourraient être faites autrement et mieux", a-t-elle confié dans l’émission "De Afspraak" sur VRT CANVAS.
Au fil des années, la jeune femme a suivi de nombreux traitements au sein de la santé mentale, mais sans succès durable. "Et la situation ne s’est pas améliorée avec le temps. Beaucoup de personnes, éloignées de la réalité des troubles psychiques, n’ont aucune idée de ce qui se passe dans les hôpitaux psychiatriques ni de l’ampleur des manquements dans la prise en charge", déplore-t-elle.
Une recherche interminable
Dans quels domaines, exactement, le système échoue-t-il ? "C’est difficile à dire, et je ne veux accuser personne", explique Siska. "C’est un ensemble de choses : ma nature, le fardeau que je porte, la noirceur qui m’habite. Après toutes ces années, je ne crois plus qu’une thérapie ou un traitement puisse vraiment changer les choses."
La première difficulté est de trouver un thérapeute avec qui le courant passe vraiment.
Siska De Ruysscher (25 ans)
"La première difficulté à laquelle on se heurte, c’est de trouver un thérapeute ou une personne qui te corresponde vraiment. Très jeune, je me suis heurtée à ces limites. À 13 ans, j’ai rencontré ma première psychologue grâce au CLB, le centre d’accompagnement des élèves de mon école (l’équivalent du PMS). Le courant passait bien entre nous, mais le CLB ne pouvait offrir qu’un nombre limité de séances".
"Ma psychologue a fait une exception et a accepté de me voir en secret un peu plus longtemps et plus souvent. D’une séance toutes les deux semaines, nous sommes passées à deux séances par semaine. C’était très intense, mais elle m’a expliqué qu’elle avait déjà dépassé le nombre de séances autorisées et que mes troubles devenaient trop lourds pour elle. Alors, tout s’est arrêté."
Hospitalisation pour troubles psychiques et vie en cellule d’isolement
Les longs délais d’attente chez les psychologues ou dans les hôpitaux psychiatriques constituent un problème connu depuis longtemps dans notre pays.
"D’une certaine manière, j’ai eu la 'chance' que ma situation soit considérée comme suffisamment grave pour bénéficier d’une admission en urgence ce qui m’a permis de suivre un traitement de longue durée. Mais je sais que d’autres personnes, qui ont aussi un besoin urgent d’aide, doivent attendre des mois avant d’être prises en charge."
Et lorsque l’on obtient enfin un traitement prolongé dans un hôpital psychiatrique, les conditions de vie ne sont pas toujours idéales.
On doit rester en cellule d’isolement parce qu’il n’y a pas assez de personnel.
Siska De Ruysscher (25 ans)
"Les personnes hospitalisées cumulent souvent plusieurs problèmes graves : dépressions sévères, anorexies graves, troubles du comportement, ou encore jeunes sortant de la prison pour mineurs qui arrivent chez nous. Parfois, vous avez aussi des personnes dépendantes aux drogues dans votre groupe, et malheureusement, j’ai vu beaucoup de patients suivre une voie plus difficile simplement parce qu’ils s’influencent négativement les uns les autres."
À 17 ans, Siska a dû passer plusieurs semaines dans une cellule d’isolement dans un hôpital psychiatrique.
"On est censé y trouver un endroit pour se reposer et se reconstruire, et pourtant, on doit dormir des semaines entières dans une cellule d’isolement. On se sent comme une criminelle. Le lit est vissé au sol, il n’y a ni coussins ni couvertures, car jugé trop dangereux. La porte est verrouillée, et il faut attendre qu’on vienne vous chercher."
"Les patients ont besoin de proximité et d’un suivi attentif, mais le personnel ne peut malheureusement pas leur consacrer le temps nécessaire. On doit rester en cellule d’isolement parce qu’il n’y a pas assez de personnel pour vérifier si votre chambre est suffisamment sûre."
Enfin trouver la paix
Après des années d’hospitalisations, de traitements et de thérapies, Siska a fini par ne plus voir d’autre issue. L’euthanasie lui permettra bientôt de mettre fin à ses souffrances.
"C’est très intense, surtout pour mon entourage", confie-t-elle. "Mais la faible énergie qui me reste, je l’utilise pour témoigner et encourager d’autres personnes à partager leurs histoires. J’espère que cela prendra de l’ampleur et touchera les bonnes personnes, pour qu’à long terme, cela serve à quelque chose et devienne le point de départ d’un changement."
D’une certaine manière, j’ai trouvé la paix, parce que je sais que cela va s’arrêter et qu’une date est fixée.
Siska De Ruysscher (25 ans)
Alors que les autres participants de l’émission De Afspraak semblent bouleversés et silencieux, Siska poursuit son récit avec une étonnante sérénité. Ce qui est particulièrement déroutant en santé mentale, c’est que l’apparence physique de la personne ne laisse parfois rien deviner de ses troubles.
"Je ne peux pas décrire ce que je ressens en ce moment. D’une certaine manière, j’ai trouvé la paix, parce que je sais que cela va s’arrêter et qu’une date est fixée." Ses dernières semaines seront surtout passées avec sa famille et ses amis.
"Les journées restent difficiles, mais j’ai encore la possibilité de vivre ces derniers moments avec ceux qui me sont proches. Cela demande beaucoup d’énergie, mais il y a ce soulagement de savoir que bientôt, tout prendra fin."
Kirsten Catthoor, psychiatre : "Cela me frustre, mais je reste déterminée"
La psychiatre Kirsten Catthoor, présidente de l’Association flamande de psychiatrie, qui exerce à l'hôpital psychiatrique Stuivenberg à Anvers, participait également à l’émission De Afspraak. Elle n’a pas pris Siska en charge, mais intervient en tant qu’experte.
"Une jeune femme si prometteuse, si belle et intelligente mais qui ne peut plus vivre sa vie… Personnellement, je trouve cela terrible. En tant que psychiatre, cela me frustre", confie-t-elle, émue par le témoignage de Siska.
"Mais je reste aussi déterminée. Nous devons redoubler d’efforts pour améliorer les soins en santé mentale, utiliser les moyens de façon plus efficace et réduire les mesures de privation de liberté, comme l’isolement en cellule."
"Il est aussi fondamental d'intervenir de manière précoce", ajoute la psychiatre.
Kirsten Catthoor espère également que les traitements de longue durée seront mieux remboursés à l’avenir, car pour l’instant, leur prise en charge reste limitée dans le temps.
Quelles sont les règles en Belgique concernant l’euthanasie pour souffrance psychique insupportable ?
En Belgique, il faut suivre une procédure stricte pour pouvoir bénéficier de l’euthanasie en cas de souffrance psychique insupportable. Plusieurs conditions doivent être remplies par le patient.
Tout d’abord, la souffrance doit être la conséquence d’une maladie incurable. Le patient doit donc se trouver dans un état médicalement désespéré.
Ensuite, le patient doit être apte à exprimer sa volonté, à la fois au moment de la demande et lors de l’exécution de l’euthanasie. Il ou elle doit donc pouvoir prendre des décisions de manière autonome. La demande d’euthanasie doit être faite par écrit.
Étant donné qu'une pathologie psychiatrique n'entraîne généralement pas en soi la mort du patient à brève échéance, le médecin qui envisage l'euthanasie de patients psychiatriques consulte toujours deux autres médecins. Au moins deux des trois médecins impliqués dans l’euthanasie sont psychiatres.
Enfin, il doit laisser s'écouler au moins un mois entre la demande écrite du patient et l'euthanasie.
Besoin d’aide ou de parler ?
Si vous avez des pensées suicidaires, si vous avez besoin d’aide ou de parler : le Centre de Prévention du Suicide met à disposition une ligne d’écoute gratuite, accessible 24h/24 et 7j/7 au 0800 32 123. Des ressources pratiques et un forum d’échanges sont également disponibles sur le site www.preventionsuicide.be

