Le gouvernement fédéral ne pourra pas boucler son budget 2026 si les partis refusent d'engager les grands remèdes pour assainir suffisamment les finances publiques, a déclaré ce jeudi le Premier ministre Bart De Wever, à son arrivée au sommet européen à Bruxelles. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a confirmé que la situation est tendue entre les partenaires de la coalition et prévoit un week-end de travail. Alors que les vacances d’automne débutent pour les écoliers flamands, le président de la Chambre Peter De Roover a déclaré qu’il n'hésitera pas à convoquer la Chambre pour débattre du budget dès que le gouvernement aura trouvé un accord sur ce point. Le débat parlementaire pourrait donc bien se dérouler pendant le congé.
Les négociations pour le budget fédéral calent : "Nous n'y arriverons pas si les partis refusent d'engager les grands remèdes"
Mercredi, les ministres de la coalition fédérale ne sont pas parvenus à trouver un accord sur le budget, un exercice que le Premier ministre Bart De Wever chiffre à 10 milliards d'euros d'ici 2030 pour se conformer à la norme européenne en matière de dépenses. Une augmentation de la TVA ou un saut d'index sont loin de faire consensus.
Bart De Wever a réitéré ce jeudi qu’il n'y a pourtant "pas mille façons" de procéder à un assainissement important. "Si l'on regarde les années 1980 et 1990, ce sont en fait toujours les mêmes grands remèdes qui ont émergé pour améliorer rapidement le solde. Si les partis refusent manifestement d'utiliser ces grands remèdes, nous n'y arriverons pas. C'est ce qui est ressorti des négociations de cette semaine". De Wever n'a pas dévoilé ce qui, selon lui, devrait figurer dans la boîte à outils. "Je leur ai demandé: si nous écartons ces grandes mesures, avez-vous des alternatives pour y parvenir? Il s'avère que ce n'est absolument pas le cas." Les négociations se trouvent donc "à un stade très difficile", reconnaît le chef du gouvernement.
"Pour moi, l'échéance est un budget qui tient la route, et je préférerais qu'il soit voté au Parlement cette année encore. Il ne reste plus beaucoup de temps", a ajouté le Premier ministre. "S'il reste impossible de concilier les positions, nous devrons tôt ou tard en tirer les conséquences."
"Le budget doit être assaini, c'est pour cela que j'ai été élu. Je ne suis pas au 16 rue de la Loi pour accepter les oukases de personnes extérieures et laisser le pays sombrer dans l'abîme", ajoute-t-il. "Si notre dette et notre déficit continuent d'augmenter, notre taux d'intérêt va tellement grimper que, d'ici un ou deux ans, nous devrons demander à notre population d'accepter des mesures encore plus douloureuses, simplement pour pouvoir rembourser les banques. Ce serait totalement irrationnel et irresponsable de ne pas résoudre ce problème maintenant."
Un week-end de travail
"La situation est tendue, l'inverse serait mentir", admettait d'emblée Maxime Prévot ce jeudi matin au micro de BelRTL. Si un échec total, avec la chute du gouvernement, "n'est jamais à exclure", le ministre des Affaires étrangères croit encore en une issue positive. "Notre devoir est de veiller à trouver une solution".
Le vice-Premier ministre confirmait qu'une de ses principales préoccupations est la charge de la dette. Pour "préserver notre Etat providence", il est essentiel de "prendre des mesures d'assainissement", appuie-t-il. Présenter cela comme des économies "parce qu'on doit payer des F-35" est un raccourci "grotesque", met-il en garde. "L'essentiel de l'économie à réaliser tient au fait que l'on a vécu pendant des décennies au-dessus de nos moyens".
Maxime Prévot confirmait aussi que le travail se poursuivra vendredi avec des bilatérales, puis durant le week-end. "La seule échéance d'importance c'est le début de semaine prochaine, lundi ou mardi. Si nous n'avons pas d'accord d'ici là, on ne peut pas matériellement faire voter le budget par le Parlement avant la fin de l'année. Est-ce grave? Pas tant que ça, puisqu'on aurait les douzièmes provisoires", bien que cette option ne soit "pas agréable" parce qu'elle empêche temporairement de mettre en œuvre les nouvelles politiques.
Débat à la Chambre pendant le congé d’automne ?
Alors que le Premier ministre De Wever doit essayer de trouver une issue en menant des rencontres bilatérales vendredi, le congé d'automne débute précisément vendredi soir en Flandre. En Belgique francophone, les écoles sont déjà en congé depuis lundi dernier et pour une semaine encore. Il n'est donc pas exclu que des députés aient programmé des vacances.
"S'il y a un accord, je convoque le Parlement pour en débattre ici", a insisté le président de la Chambre Peter De Roover (photo) ce jeudi au cours de l'émission Villa Politica, à la VRT. "Ce serait assez malvenu de dire que nous avons un accord, mais que nous allons encore patienter une semaine. Je pense que chaque député comprend bien la situation. Ce serait tout de même fort que quelqu'un ne puisse pas venir parce qu'il est à Center Parcs."
De Roover a également rappelé que le timing devenait de plus en plus serré pour adopter un budget dans les délais. Sans feu vert de la Chambre, le gouvernement devrait un temps poursuivre sa politique avec les douzièmes provisoires, ce qui serait plutôt inhabituel. Le moment où les textes doivent être soumis approche, car il faut encore compter deux mois après, compte tenu des procédures.
