À la suite du reportage PANO "Entre espoir et désespoir" diffusé par la VRT mercredi soir, la Fondation contre le cancer a réagi et estimé que des "mesures urgentes" sont nécessaires pour mettre fin aux thérapies "alternatives" et "non validées" qui y sont notamment évoquées. Elles sont entre autres pratiquées en Allemagne. Le Fonds Anticancer (Anticancer Fund) réclame pour sa part la création d'un centre de signalement destiné aux patients atteints d'un cancer. "Ces patients doivent avoir un endroit auquel s’adresser s’ils n’ont pas été traités correctement".
Le Fonds Anticancer réclame un centre de signalement contre les traitements expérimentaux, après un reportage Pano
Le Fonds Anticancer reçoit presque quotidiennement des demandes de patients qui envisagent de poursuivre leur traitement à l'étranger. Ils trouvent généralement ce traitement via les réseaux sociaux ou sur Google, comme le montre le reportage de Pano. Des journalistes ont suivi pendant plusieurs mois trois patients atteints de cancer qui, faute de perspective de guérison, se tournent vers des traitements alternatifs, notamment en Allemagne.
Ces soins, met en garde le Fonds, sont "coûteux et non prouvés. Certaines de ces thérapies coûtent jusqu'à 150.000 euros et sont proposées sans preuve scientifique ni résultats transparents".
"Le problème est que ces traitements sont parfois insuffisamment éprouvés. Ils ne respectent pas les règles des essais cliniques, ce qui signifie que l'on ne sait pas réellement s'ils sont efficaces", explique Gabry Kuijten (photo), directrice de l'information des patients au Fonds Anticancer. "Les gens sont évidemment désespérés lorsqu'ils reçoivent un diagnostic de cancer, surtout lorsqu'il leur reste peu d'options. Il est compréhensible que les patients recherchent des alternatives, mais ces cliniques et ces médecins vendent de l'espoir. Et leurs traitements peuvent être potentiellement dangereux."
La médecine belge est de niveau mondial
"La médecine belge figure parmi les meilleures au monde", affirme de son côté le Pr. Dr. Eric Van Cutsem, co-président de la Fondation contre le cancer et professeur d'oncologie à la KU Leuven. "Lorsqu'en Belgique on vous dit qu'il n'existe plus d'options thérapeutiques, cela signifie que toutes les possibilités scientifiquement validées ont été épuisées. Il est inacceptable que des médecins en Allemagne proposent, sans la moindre preuve, des traitements et demandent pour cela des sommes considérables. Nous comprenons la détresse des patients mais ces pratiques sont blâmables et totalement inacceptables".
La Fondation contre le cancer rappelle que les traitements dépourvus de fondement scientifique "constituent non seulement un risque pour la santé des patients, mais aussi une menace pour leur bien-être financier et émotionnel". Elle appelle donc les décideurs politiques à mettre en place rapidement un cadre réglementaire plus strict à l'adresse des prestataires de thérapies non validées, ainsi que des plateformes en ligne qui incitent les patients à suivre de tels parcours.
Un centre de signalement européen
"Actuellement, les patients n'ont aucun moyen de déposer une plainte en cas de problème avec leur traitement ou de réclamation à son sujet", indique Gabry Kuijten du Fonds Anticancer. "Une telle hotline est absolument essentielle, car de plus en plus de patients voyagent à l'étranger." Cependant, une ligne téléphonique de signalement n'est qu'un début. "Idéalement, il faudrait également créer un organisme européen chargé de mener des enquêtes, afin de pouvoir ensuite engager des poursuites contre les médecins ou les cliniques si des signalements ont été émis".
Il y a un an, le Conseil de l'Union européenne et l'Agence européenne des médicaments (EMA) ont promis d'améliorer la coopération européenne concernant les traitements douteux contre le cancer. Ils ont également promis de prendre des mesures efficaces. "Le reportage Pano et notre expérience quotidienne avec les patients montrent que rien de concret n'a encore changé. Des discussions sont en cours, notamment avec le ministre Frank Vandenbroucke, mais aucune mesure concrète n'a encore été prise", conclut Gabry Kuijten.
Le cabinet du ministre fédéral de la Santé Vandenbroucke a indiqué à VRT NWS qu'il juge importantes les questions soulevées dans le reportage, mais qu'il n'y répondra plus en détail qu’ultérieurement en raison des négociations budgétaires en cours.
Quand est-il préférable de ne pas suivre un traitement ?
• Si les preuves de l'efficacité d'un traitement sont insuffisantes dans la situation particulière du patient
• En l'absence de garantie quant à la qualité ou à la stérilité du traitement
• Si le patient dispose d'autres options thérapeutiques scientifiquement prouvées
Pour des informations gratuites et ciblées, consultez le site www.mycancernavigator.org .
