Au Duivelsteen - l’ancien château fort du 13e siècle de Gérard de Gand, surnommé "Gérard le Diable" -, des archéologues ont découvert de façon inattendue des squelettes médiévaux, vraisemblablement ceux de moines. Les corps n'étaient pas enterrés en pleine terre, mais se trouvaient dans des cercueils placés sous le sol du premier étage du château. "En raison de cet emplacement inhabituel, les squelettes sont partiellement momifiés. Des fragments de cheveux, de peau et de vêtements étaient encore visibles. C'est une surprise", indique Bart De Smaele du bureau d’archéologie Hembyse.
Des archéologues font la découverte surprenante de momies de moines médiévaux au château Duivelsteen à Gand
L'Agence flamande du Patrimoine immobilier ne publie pas de photos explicites de restes humains. L'utilisation de telles images fait actuellement l'objet d'un débat au sein du secteur. VRT NWS ne diffuse donc que des photos qui ont été floutées.
"Le Duivelsteen est un lieu unique dans le centre historique de Gand. Nous savions que nous y trouverions des choses, mais nous ne nous attendions pas à des momies", explique Bart De Smaele du bureau d'archéologie Hembyse. Il a reçu il y a quelques jours une photo de l'entrepreneur actif sur les lieux. "Son équipe a soudain découvert des restes dans le sol du premier étage."
"Nous menions des fouilles au sous-sol. Cette découverte inhabituelle, dans un sol, ne relevait pas de notre compétence. Nous avons contacté l'Agence flamande du Patrimoine, mais aussi la police", explique De Smaele.
"Nous avons en effet cru un instant être sur une scène de crime", précise Sam De Decker de l’Agence. Mais il s'est vite avéré qu'il s'agissait de corps vieux de plusieurs siècles.
Des fouilles d'urgence ont été menées afin de récupérer soigneusement les objets découverts et d'éviter en même temps de retarder le chantier sur le site. "Nous avons découvert trois cercueils, à 20 centimètres de profondeur sous le sol."
"Certaines planches de bois des cercueils étaient intactes. Les corps semblaient momifiés. Des touffes de cheveux, des morceaux de peau, des textiles et de nombreuses chrysalides d'asticots séchées étaient encore visibles. Des restes osseux de quatre personnes ont également été découverts sous les cercueils."
D'une rive naturelle à la maison de pierre de Gérard de Gand
Des travaux sont en cours pour transformer le château de Gérard le Diable, de style gothique scaldien, en bureaux et salles de réunion. Le programme pour les jeunes de l'asbl Broei y recevra également un emplacement permanent. Le propriétaire des lieux a commandé une étude sur la riche histoire du bâtiment. Le projet a duré deux ans et l’étude semble correspondre aux nouvelles découvertes archéologiques.
"Il y avait autrefois un coude dans l'Escaut, près d'un quartier d’habitation. Le niveau de l'eau était plus bas qu'aujourd'hui. On soupçonnait l'existence d'une berge où se pratiquaient les échanges commerciaux. On peut d'ailleurs en observer les traces dans les couches de sol. La berge a clairement été comblée pour une utilisation ultérieure ou pour préparer la construction du château", confirme Bart De Smaele. Le palais de pierre a été construit vers 1225 par le chevalier Gérard de Gand, surnommé "le Diable", qui y habita pendant la deuxième moitié du 13e siècle.
Monastère des Hyéronymites
Au 15e siècle, le bâtiment passa aux mains de l'ordre religieux des Hiéronymites afin d'agrandir le monastère voisin. Une église fut construite dans le château fort. Un siècle plus tard, l'ordre appauvri quitta le bâtiment après un incendie. Ce court passage laissa des traces très particulières.
"Dans la grande salle du côté de l'eau, au premier étage, nous avons découvert les vestiges d'un piédestal d'autel. Cela témoigne de la présence de l'église. Les cercueils reposaient au pied de l'autel. Il était d'usage d'enterrer les ecclésiastiques à cet endroit, dans une église, mais cela se faisait en pleine terre. Il est très exceptionnel qu'ils reposent entre la cave et le premier étage", explique Sam De Decker.
Les archéologues supposent que les trois corps momifiés découverts sont ceux de moines Hiéronymites. Une pierre tombale voisine, portant le nom d'un moine également mentionné dans des sources écrites, semble le confirmer.
Sous les trois cercueils se trouvaient des squelettes plus anciens, peut-être ceux de moines décédés plus tôt. "Nous allons maintenant analyser plus en détail le bois et les restes humains", indique De Decker. Les corps sont encore relativement intacts. La cave sous le sol a permis aux restes d'être à l'abri des eaux souterraines. Ils ont en plus été déshydratés par la circulation de l'air.
"Les premières analyses indiquent déjà que les personnes enterrées ici avaient une alimentation riche en protéines, ce qui témoigne d'une période de prospérité. Tous les squelettes sont également ceux d'hommes âgés, ce qui conforte la thèse de l'ordre monastique", explique Sam De Decker.
D’un asile de fous à des bureaux, en passant par une caserne de pompiers
Au fil des siècles, le château de Gérard le Diable a constamment changé de fonction. Il semble que le bâtiment ait également servi pendant un certain temps d'atelier de poterie, dont on a retrouvé des traces. Il a longtemps appartenu à la ville.
Le château a servi d'école, de prison, d'asile de fous et de caserne de pompiers. À la fin du 19e siècle, le bâtiment a été adapté pour l'Exposition universelle de Gand. Il a ensuite abrité divers services, sa dernière fonction étant celle des archives nationales.
Une riche histoire
Des panneaux explicatifs installés le long du site du Duivelsteen comprennent des codes QR renvoyant vers le site web du projet de rénovation et expliquant la riche histoire du site, qui se précise de plus en plus. Les travaux se poursuivront encore pendant un certain temps.
Une fois la rénovation terminée, une partie du bâtiment sera accessible au public. Le propriétaire souhaite également réfléchir à la manière de donner plus de visibilité à ce patrimoine archéologique unique.

