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L'Institut de médecine tropicale met en garde : "Même de petites quantités d'antibiotiques dans nos aliments rendent les bactéries résistantes"

Même la quantité légale d'antibiotiques autorisée dans les aliments peut entraîner une résistance aux antibiotiques. C'est la conclusion d'une nouvelle étude de chercheurs de l'Institut de médecine tropicale (ITM) publiée ce vendredi dans la revue Scientific Reports. Même de très faibles doses d'antibiotiques pourraient potentiellement induire une résistance des bactéries intestinales humaines. Les chercheurs plaident donc pour des normes plus strictes concernant les antibiotiques dans les aliments.

Anne François Belga
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Les antibiotiques sont utilisés dans l'élevage et l'aquaculture, pour protéger les animaux contre des infections ou les traiter à la suite d’une infection. De petites quantités peuvent donc se retrouver dans les aliments, généralement dans les limites légales maximales de résidus (LMR). Ces seuils sont basés sur la dose journalière admissible (DJA), c'est-à-dire la quantité d'antibiotiques pouvant être consommée quotidiennement tout au long de la vie sans danger pour la santé.

Mais selon l'étude de l'ITM, même ces doses autorisées peuvent être dangereuses. Non pas parce qu'elles sont toxiques pour l'humain, mais parce qu'elles favorisent l'émergence de bactéries résistantes. "Des études en laboratoire ont déjà montré que les concentrations d'antibiotiques actuellement autorisées dans nos aliments peuvent encore entraîner des résistances. Nous avons testé leurs effets sur l'homme pour la première fois", explique la microbiologiste Dorien Van den Bossche de l'Institut de médecine tropicale à Anvers.

Flore intestinale perturbée

Dans le cadre de l'étude clinique, 20 volontaires en bonne santé ont reçu chaque jour pendant quatre semaines la DJA de ciprofloxacine, un antibiotique largement utilisé. Un groupe témoin de dix participants a reçu un placebo. Les résultats sont clairs, souligne l'ITM: la quantité d'antibiotiques actuellement autorisée dans les aliments a provoqué l'apparition de bactéries résistantes aux antibiotiques chez les participants.

Les chercheurs ont observé l'émergence d'une résistance chez Escherichia coli (E. coli), une bactérie intestinale très répandue. De plus, le microbiote intestinal a été perturbé: certaines espèces bénéfiques ont diminué, tandis que d'autres ont augmenté. "Des recherches antérieures avaient déjà montré que l'usage d'antibiotiques dans l'élevage et l'aquaculture pouvait générer des bactéries résistantes, qui sont ensuite transmises à l'homme. Notre étude met en évidence une cause plus directe: même de petites traces d'antibiotiques dans notre alimentation peuvent rendre résistantes les bactéries naturellement présentes dans notre organisme", explique le professeur Chris Kenyon.

Les chercheurs de l’Institut anversois mettent en garde: les réglementations actuelles en matière de sécurité alimentaire ne tiennent pas suffisamment compte de cet aspect. Ils appellent donc à une révision des politiques afin de freiner la progression des bactéries résistantes.

Les résultats de l’enquête menée par l’Institut de médecine tropicale ont été publiés dans la revue scientifique Scientific Reports .

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