Les fonds propres de l'aéroport de Deurne sont à nouveau tombés en-dessous de zéro. L'exploitant est donc placé en procédure d’alerte permettant à tout créancier de demander au tribunal la dissolution de l'entreprise. C’est ce qu’a révélé une enquête publiée ce lundi par le quotidien De Standaard et VRT NWS. La ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder, maintient sa confiance en l’aéroport régional, mais exprime son inquiétude face à ces chiffres négatifs alors que l’aéroport bénéficie d’aides publiques.
L'aéroport d'Anvers est au bord de la faillite, la procédure d'urgence a été déclenchée
Outre une aide de 5,4 millions d'euros allouée par le gouvernement flamand l'année dernière, le gouvernement fédéral contribue également à hauteur de 8,1 millions d'euros pour maintenir l'aéroport de Deurne en activité. Cela représente 65 euros d'aide publique par passager qui atterrit ou décolle de Deurne.
L'aéroport d'Anvers, pratiquement en faillite, a enregistré l'an dernier une perte nette de 658.000 euros. Il croule sous dix millions d'euros de dettes et voit ses réserves de trésorerie diminuer à vue d'œil. Dans le même temps, le nombre de passagers est en baisse depuis plusieurs années. En moyenne, Deurne n'accueille plus que 570 passagers par jour.
L'enquête menée par le journal De Standaard et la radiotélévision flamande VRT NWS révèle désormais que la situation financière est si mauvaise que chaque créancier peut demander au juge la dissolution de la société, soit le déclenchement de la procédure d'alerte.
La majorité flamande divisée sur les subventions
Le parti écologiste Groen, qui siège dans l'opposition, a estimé que la Cour des comptes devrait se pencher sur la situation de l'aéroport, un "puits sans fond" qui absorbe des "millions d'euros du contribuable chaque année", selon les mots du député flamand Bogdan Vanden Berghe.
Dans la majorité, Vooruit et CD&V se posent également des questions. Les socialistes sont, depuis longtemps, critiques quant au financement public d'aéroports régionaux, un "gaspillage de millions chaque année pour des infrastructures de moins en moins pertinentes". Le chef de groupe Kris Verduyckt voit dans les dernières nouvelles une confirmation de cette idée. "Alors que nous demandons à chacun un effort, c'est inexplicable de voir des millions partir vers l'aéroport d'Anvers. (...) Ce n'est pas le rôle essentiel des autorités que de subsidier des vols d'affaire", estime-t-il.
Le CD&V dit se poser de "sérieuses questions" sur la gestion de l'aéroport. "À cette période à laquelle nous examinons de manière critique les flux de subsides, ceux vers l'aéroport de Deurne, énormes, doivent aussi être passés au crible", estime Mien Van Olmen. "Il ne serait pas sain de continuer d'injecter de l'argent dans une entreprise déficitaire". Selon l'élue, l'aéroport anversois a raté ces dernières années le tournant vers un "hub innovant".
La ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder (photo), elle-même anversoise, n'a pas la même réaction. Le soutien public à l'aéroport n'est pas remis en question, assurait-elle ce lundi, affirmant l'importance de préserver "tous les aéroports régionaux flamands".
Voka : "Réévaluer le rôle de l'exploitant"
La pérennité de l'aéroport d'Anvers ne doit pas être remise en question, mais le rôle de son exploitant Egis peut, lui, être réévalué, estime de son côté la branche anversoise de la fédération flamande des employeurs. Le Voka indique ne pas douter de l'avenir et de la valeur ajoutée commerciale et stratégique des aéroports régionaux. "Deurne représente un maillon important dans l'expansion internationale de notre région", souligne Luc Luwel de la Voka.
Des études démontrent cependant que cette valeur ajoutée diminue chaque année (via l'emploi indirect par exemple). Luc Luwel appelle dès lors à un plan directeur qui s'inscrive dans les scénarios de croissance de la "vision à long terme pour les aéroports régionaux" du gouvernement flamand. Et ce "dans le but de réduire progressivement les subventions", précise-t-il.
Une telle révision ne se fera toutefois pas du jour au lendemain. La mise à jour de la convention de subvention n'aura probablement lieu qu'à la fin de la législature, soit 10 ans après l'expiration de la précédente.
