Europalia, le festival belge au rayonnement international qui propose tous les deux ans depuis 1969 un programme artistique pluridisciplinaire autour d’un pays ou plus rarement d’un thème spécifique, célèbre cet automne sa 30e édition. Jusqu’au 1er février 2026, il met l’Espagne à l’honneur, comme il l’avait fait en 1985. Mais cette fois il met l’accent davantage sur les évolutions qu’a connues la société espagnole depuis son intégration à l’Union européenne en 1986, tout en explorant la création artistique au cours des quatre dernières décennies. Francisco de Goya (1746-1828) est source d’inspiration non seulement de l’exposition centrale "Luz y Sombra " au Bozar de Bruxelles, mais aussi de l’ensemble du festival qui sera animé par 170 artistes au cours d’une centaine d’événements dans 80 lieux de Belgique. A travers les arts visuels, l’architecture, le théâtre, la danse, la musique, la performance, le cinéma et la littérature, la programmation d’Europalia veut mettre en lumière tous les contrastes de l’hispanité.
L'Espagne à l'honneur du festival Europalia, pour la seconde fois en 40 ans, avec une exposition centrale autour de Goya
Le roi Philippe et la reine Mathilde accompagnaient le couple royal espagnol Felipe et Letizia, le 7 octobre, à l’ouverture d’Europalia Espagne et de l’exposition centrale de la biennale d’arts : "Luz y Sombra. Goya et le Réalisme espagnol" au Palais des Beaux-Arts (Bozar) de Bruxelles. Il y a 40 ans, le festival célébrait aussi déjà la péninsule ibérique, comme en atteste la belle affiche de 1985, conçue par Antoni Tàpies, exposée au Bozar. Mais il ne s'agira pas d'une réédition de ce festival, car les temps ont changé, explique le directeur artistique Dirk Vermaelen.
"En 1985, le point de départ était très différent. L'Espagne allait bientôt devenir membre de ce qui était alors la Communauté européenne et à Bruxelles, cœur de l'Europe, elle présentait ses trésors et ses artistes célèbres". En 2025, Europalia a pour objectif de mettre en lumière l'Espagne contemporaine. "Nous présentons une image plus diversifiée du pays, au-delà des grandes villes, et avec des artistes de plusieurs générations".
Deux femmes commissaires - ça aussi, c'était différent en 1985 - ont conçu l'exposition "Luz y Sombra. Goya et le Réalisme espagnol". Bozar y présente 74 œuvres de Francisco de Goya, dont des peintures, des dessins et des gravures. Des scènes folkloriques colorées ou des tapisseries, des portraits, des œuvres religieuses, mais aussi son côté sombre et critique envers la société. On n’y trouvera pas sa célèbre Maja, habillée ou dévêtue, ni Saturne dévorant son enfant : ce genre de patrimoine mondial reste en Espagne.
Cette exposition ne peut être qualifiée de rétrospective Goya, souligne Dirk Vermaelen. Les toiles de Goya y dialoguent en effet avec plus de 150 œuvres de contemporains, ainsi qu'avec de nombreux jeunes artistes espagnols. Tradition et innovation sont intimement liées dans cette exposition. La commissaire Rocío Gracia Ipiña déclarait: "Tout ce qui est contemporain découle de la tradition. C'est en regardant en arrière que nous avançons."
Francisco José de Goya y Lucientes (1746-1828) est parfois considéré comme le premier artiste espagnol moderne à porter un regard critique sur son époque. Une œuvre particulièrement poignante est "La Cour aux fous", peinte en 1793-1794 après une visite dans un asile de Saragosse.
Ses gravures sur la guerre, tirées de la série "Désastres de la guerre", sont profondément émouvantes. Dirk Vermaelen attire l’attention sur deux gravures aux titres particulièrement actuels : "La vérité est morte" et "La vérité renaîtra-t-elle ?".
Les générations d'artistes qui ont succédé à Goya se sont inspirées de ses œuvres pour évoquer des moments clés de l'histoire espagnole, comme la fin de la colonisation espagnole, la guerre civile et le franquisme. Cela ressort de quelque 150 autres œuvres, allant d’installations vidéo et de sculptures puissantes à l'art textile. Plusieurs tableaux de Pablo Picasso sont aussi exposés.
Des œuvres créées spécialement pour cette exposition sont en outre présentées. Une diffusion en direct permet ainsi aux visiteurs de découvrir l'intérieur d'une église madrilène sous quatre angles différents. Ils peuvent y admirer la dernière œuvre religieuse de Goya. L'église, ouverte 24h sur 24 et 7 jours sur 7, est un lieu de rencontre. On peut y voir des gens faire la queue pour un café à côté de Goya. "Cordero social" ('Agneau social') est une installation d'Álvaro Perdices.
"Luz y Sombra" - lumière et ombre -, c'est l'Espagne, ou est-ce encore un cliché ? L'exposition aborde également d'autres thèmes : le sarcasme espagnol et la fascination pour la mort. Et… la "tauromachie", ou l’idolâtrie du torero.
Les corridas
“C'est un élément important de l'œuvre de Goya, et de nombreux autres artistes s'en sont inspirés. Sa façon de visualiser le mouvement, de le déconstruire, de le figer. Goya joue avec la lumière et l'ombre", explique Dirk Vermaelen. Des œuvres de Picasso exposées dépeignent ce qui se passe dans l’arène. "Nous jouons avec ces clichés de manière critique", précise le directeur d'Europalia.
À la fin de l'exposition, on découvre une installation vidéo d'Albert Serra, dérivée de son documentaire controversé et récompensé "Tardes de soledad". Dirk Vermaelen met en garde contre les images sanglantes, accompagnées d'un panneau d'avertissement. Albert Serra sera l'invité de Bozar en décembre pour parler de sa fascination pour la tauromachie. Il s'inscrit dans la lignée de Goya, Picasso et du poète Federico García Lorca.
Informations pratiques : "Luz y Sombra. Goya et le Réalisme espagno l" sera exposé à Bozar jusqu’au 11 janvier 2026.
Le billet inclut une réduction pour le Musée De Reede d'Anvers , qui présente également 70 œuvres graphiques de Goya.
Europalia sort de Bruxelles
Europalia Espagne propose ces quatre prochains mois une centaine d'événements en Belgique, avec la participation de 170 artistes. Spectacles de danse, films, expositions, conférences et une programmation variée, allant de l'art protestataire à la natation synchronisée, en passant par les rituels funéraires. Voici quelques événements de ce riche programme :
Ce dimanche 12 octobre, six nageuses synchronisées interpréteront "Dragon, repose ta tête sur le fond marin" à la piscine de Wezemberg à Anvers
"Rituales " est un projet spécial, autour de la Toussaint et la fête des Morts. Voix, musique sacrée et gestes symboliques d'Espagne et de Belgique s’y mêleront. L'événement met en vedette un duo vocal de Barcelone qui s'inspire de chansons anciennes, et la soprano belge Lore Binon. L'événement se déroule le 1er novembre au crématorium de Polderbos à Ostende (Flandre occidentale) et le lendemain près de Tournai.
L'exposition collective "Résistance. Le pouvoir de l’image" sera inaugurée au S.M.A.K. le 29 novembre. Elle présentera les œuvres d'une vingtaine d'artistes activistes espagnols. Le thème abordé est l'utilisation des images dans la lutte pour la démocratie pendant et après la dictature franquiste en Espagne.
Enfin le Musée Royal de Mariemont présente dès le 22 novembre l'exposition "Marie de Hongrie : Art et pouvoir à la Renaissance". Marie était la sœur de l'empereur Charles Quint.

