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Safran Aero Boosters à Herstal fabrique des pièces détachées pour les moteurs de la fusée européenne Ariane 6.

Le secteur aérospatial belge est inquiet : "Jusqu'à 1.000 emplois sont menacés par les économies prévues"

L'industrie aérospatiale belge et quelque 150 scientifiques se disent très préoccupés par les coupes budgétaires envisagées pour leur secteur. Dans les années à venir, la Belgique devrait en effet réduire de 70 % son financement de l'Agence spatiale européenne (ESA). D’après le secteur, cela entraînera la perte de centaines d'emplois en Belgique, tant dans les entreprises que dans les instituts de recherche. "Nous risquons de perdre notre position de leader", craint le secteur. La ministre à la Politique scientifique Vanessa Matz a affirmé qu’elle réclamerait davantage d’argent pour l’aérospatial pendant les négociations sur le budget fédéral.

Anne François Wim De Maeseneer
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Fin novembre, les ministres à la Politique scientifique de tous les États membres de l'ESA se retrouveront à Brême, en Allemagne, pour fixer le budget spatial pour les cinq prochaines années. Mais la Belgique risque de devoir réduire drastiquement ses investissements dans ce domaine.

"Selon nos informations, le gouvernement fédéral prévoit de réduire le budget spatial de 70 % et de n'allouer que 260 millions d'euros aux projets de l'Agence spatiale européenne, au lieu des 831 millions d'euros prévus lors du précédent Conseil de l'ESA en 2022", peut-on lire dans une lettre envoyée au gouvernement par les entreprises spatiales belges. Elles y prédisent que les coupes budgétaires prévues auront un impact majeur sur l'ensemble du secteur.

"Nous estimons que 600 emplois à temps plein disparaîtront dans l'industrie spatiale en Belgique à court terme", explique Kris Vanderhauwaert de la fédération flamande du secteur. "Environ 300 personnes devraient également perdre leur emploi dans les universités et les centres de recherche. À plus long terme, plus de 2.000 emplois directs pourraient être supprimés."

Sans navigation spatiale, il n’y aurait pas de prévisions météorologiques, d’études sur le climat ni de signal GPS

Kris Vanderhauwaert, président de l’industrie spatiale flamande

En effet, l'ESA fonctionne avec un système où l'argent investi par les pays est réinvesti dans leurs économies respectives, sous forme de contrats et de projets attribués à des entreprises et des instituts de recherche. "D'un point de vue économique, chaque euro investi dans la navigation spatiale rapporte entre 3 et 10 euros", explique Kris Vanderhauwaert.

La Sabca est active dans le domaine aérospatial

La Belgique a une position de leader

"Nous ne sommes pas toujours conscients du fait que nous utilisons les technologies spatiales au quotidien. Pensez aux prévisions météorologiques ou à la technologie de navigation. Sans la navigation spatiale, nous ne pourrions pas mener de recherches sur le changement climatique ni lutter contre celui-ci. Sans satellites, nous ne pourrions pas prévoir les tempêtes ni les catastrophes naturelles, ou nos moyens de communication seraient interrompus."

Il y a quelques années encore, la Belgique se classait au 5e rang des pays investissant le plus dans l'ESA. Cela a donné lieu à d'importants contrats pour le secteur aérospatial belge. Ainsi, Redwire Space à Kruibeke a récemment construit deux satellites simulant une éclipse solaire dans l'espace. La Sabca à Bruxelles et Safran Aero Boosters (photo principale) fournissent, quant à elles, des composants importants pour la toute nouvelle fusée européenne Ariane 6. C'est peut-être aussi à cette générosité que nous devons en partie la sélection du nouvel astronaute belge Raphaël Liégeois (photo ci-dessous).

L'astronaute belge Raphaël Liégeois

Nos scientifiques se démènent

Mais depuis plusieurs années, notre pays se situe juste en dehors du top 5 des pays qui investissent le plus dans l’ESA. De nouvelles coupes budgétaires fragiliseraient encore davantage notre position de leader. C'est notamment ce que soulignent 150 scientifiques aérospatiaux dans une récente lettre ouverte au gouvernement fédéral.

"Les institutions de recherche risquent de perdre des équipes entières de scientifiques et d'ingénieurs dotés d'une expertise unique. Il faudra également des décennies avant que nos universités et nos centres de recherche puissent à nouveau jouer un rôle de premier plan dans les grandes missions spatiales, telles que le télescope James Webb, Solar Orbiter (la sonde spatiale européenne en orbite autour du Soleil) ou les nombreux satellites qui surveillent la terre, le climat et la météo."

L'espace inspire les jeunes à étudier les sciences et les mathématiques

Conny Aerts, astronome de l’Université de Louvain (KU Leuven)

La lettre ouverte est signée notamment par le professeur Thomas Hertog, qui a étudié les trous noirs avec le physicien théoricien et cosmologiste britannique Stephen Hawking, et l'astronome Conny Aerts (KU Leuven), déjà lauréate de deux prestigieux prix scientifiques : le prix Francqui et le prix Kavli.

"Les responsables politiques ne tiennent pas suffisamment compte du fait que les projets spatiaux incitent de nombreux jeunes à étudier les sciences et les mathématiques. Or, nous manquons encore de ce type de personnes", déclare Conny Aerts (photo). "Il ne suffit pas de considérer le coût. La recherche spatiale génère également d'énormes retombées, notamment grâce aux subventions européennes à la recherche scientifique. Cela représente des millions d'euros."

"La Belgique a également promis de mener à bien certains projets. Mon équipe et moi travaillons depuis 20 ans sur le télescope spatial PLATO, que l'ESA lancera l'année prochaine. Si ces contrats de recherche sont soudainement transférés à l'étranger, nous aurons travaillé pour un pays étranger pendant 20 ans. On ne peut pas simplement remplacer tous ces collaborateurs expérimentés. L'abandon d'un tel projet par la Belgique serait très préjudiciable".

Les entreprises et les scientifiques spatiaux belges espèrent que le gouvernement fédéral reviendra sur ses mesures d'austérité lors des négociations budgétaires en cours. La fédération technologique Agoria soutient également cet appel.

L'astronome belge Conny Aerts (archives)

La ministre Matz veut plus d'argent pour l'espace

La ministre fédérale Vanessa Matz a confirmé des économies structurelles dans la politique scientifique belge. Cependant, elle abordait les négociations budgétaires avec un point de désaccord clair : elle réclame un financement accru pour la politique spatiale, afin que la Belgique puisse conserver sa place de leader au sein de l’ESA.

"L’espace est un moteur essentiel de notre économie. Nous devons veiller à ce que nos entreprises et nos universités puissent continuer à participer aux projets de l’ESA", déclarait la ministre à la Politique scientifique dans une interview accordée au journal francophone L’Écho.

"Dans le contexte géopolitique actuel, il s’agit également d’un secteur stratégique. L’Europe est à la merci d’Elon Musk, qui (avec sa société spatiale SpaceX) possède 65 % de tous les satellites. L’Europe doit développer une stratégie spatiale pour concurrencer les États-Unis et la Chine."

Vanessa Matz n’a pas encore révélé où elle compte trouver ce financement supplémentaire. Elle se tourne néanmoins à nouveau vers la défense comme source de soutien. "Avec le ministre de la Défense Theo Francken, nous discutons depuis plusieurs semaines de la manière d'étendre notre collaboration", explique la ministre. Cette année déjà, la Défense est intervenue pour limiter les coupes budgétaires dans le secteur aérospatial.

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