Ce sont surtout les groupes parmi lesquels les besoins en santé mentale sont les plus important qui font usage du nouveau système de remboursement chez le psychologue. C’est ce qui ressort d’une étude menée par la Mutualité chrétienne (MC). Ce nouveau système permet aux psychologues de se rendre dans les écoles, les maisons de quartier et les maisons de repos. Et cela fonctionne, car de cette manière, ils atteignent mieux les groupes qui présentent un risque plus élevé : les jeunes adultes, les femmes et les personnes à faible revenu.
Grâce à un nouveau système de remboursement, les jeunes, les femmes et les personnes à faible revenu consultent plus facilement un psychologue
Qu’est-ce qui a changé ?
En 2019, les soins psychologiques dans notre pays ont été profondément réformés afin de donner à un plus grand nombre de personnes accès à une aide abordable. Le gouvernement fédéral a conclu à cette fin un accord avec l’assurance maladie.
Les psychologues conventionnés peuvent proposer un remboursement aux patients souffrant de troubles mentaux légers à modérés. Depuis 2021, l’offre a été considérablement élargie.
Par ailleurs, les patients peuvent bénéficier, de manière limitée, d’un remboursement via leur mutualité.
Le nombre de Belges ayant accès à un psychologue à un tarif abordable a fortement augmenté ces dernières années. Cela était déjà apparu auparavant, et l’étude de la Mutualité chrétienne (MC) confirme cette tendance.
L’an dernier, 282 937 personnes ont bénéficié d’un remboursement via le nouveau système, soit 2,5 % de la population.
Evolution positive
Il s'agit d'une évolution positive, d'autant plus que ce sont les groupes parmi lesquels les besoins en santé mentale sont les plus importants qui font le plus appel à cette aide psychologique remboursée, se réjouit la MC dans un communiqué mercredi.
L'étude s'appuie sur les données de recours aux soins psychologiques de première ligne que la Mutualité a enregistrées entre 2019 et 2024: 466.000 personnes différentes ont bénéficié du dispositif sur ce laps de temps.
Ces soins ont particulièrement bénéficié aux jeunes, aux femmes et aux personnes en situation de précarité, tout en diversifiant les modalités de soins (lieux d'accroche, séances de groupe, interventions à domicile ou à distance), pointe la MC. Ainsi, 3,9% de la population âgée de 20 à 29 ans y a eu recours en 2024 et 3,2% des femmes ont fait usage du dispositif (1,8% des hommes). En outre, 3,1% des personnes ayant de faibles revenus y ont fait appel.
De nouveaux patients
De plus en plus de patients sont "nouveaux", c'est-à-dire qu'ils n'avaient reçu aucun autre soin de santé mentale enregistré dans les deux années précédant leur première séance. Cette proportion est passée de 37% en 2019 à 56% en 2024, ce qui montre, estime la Mutualité, que le dispositif permet à un nombre croissant de personnes d'accéder à des soins psychologiques.
Selon Elise Derroitte, vice-présidente de la MC, il reste néanmoins des défis à relever pour garantir une équité sur tout le territoire et répondre à l'ensemble des besoins.
Les groupes les plus vulnérables enfin atteints
Atteindre les groupes les plus vulnérables n’était d’évident, car ces personnes ne font pas toujours spontanément le pas vers une aide psychologique. C’est pourquoi il a été décidé de sortir les psychologues de leur cabinet et de les envoyer sur le terrain pour offrir des séances de thérapie.
Ils interviennent dans des lieux où les besoins sont probablement importants, tels que les écoles, les centres communautaires, les clubs sportifs ou les maisons de repos. Les thérapies y sont souvent données en groupe, une manière efficace d’aider davantage de personnes.
"Cette approche fonctionne clairement", déclare Luc Van Gorp, président de la Mutualité chrétienne (MC). "Il ne faut pas sous-estimer à quel point cela fait tomber les barrières lorsque les gens rencontrent le psychologue dans leur propre environnement."
Les besoins restent élevés
L’étude de la MC montre donc que la convention de première ligne en psychologie atteint bien le public visé et que le fait d’envoyer les psychologues sur le terrain porte ses fruits. Mais il faut replacer ces chiffres dans leur contexte.
L’an dernier, 2,5 % des Belges ont bénéficié d’un remboursement via la convention, et 2,7 % supplémentaires via leur mutualité. C’est plus qu’auparavant, mais cela ne représente encore qu’une fraction des personnes qui pourraient en bénéficier. En effet, des études révèlent que pas moins de 20 % des Flamands souffrent de problèmes psychiques.
La MC en conclut donc qu’il faut renforcer l’offre et que les investissements structurels dans la santé mentale doivent rester une priorité politique. "Notre étude confirme que nous avons fait un grand pas en avant en matière d’accessibilité", souligne Van Gorp. "Mais les besoins restent élevés. Il faut veiller à ce que chacun puisse avoir accès à des soins psychologiques à une distance raisonnable. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui."
Des listes d’attente toujours longues
La psychologue de première ligne Nathalie Haeck confirme, elle aussi, qu’il faut des moyens supplémentaires pour étendre le système :
"De nombreux psychologues sont sur liste d’attente pour pouvoir proposer ce remboursement, et d’autres demandent davantage d’heures. Chez ceux qui sont déjà conventionnés, les délais d’attente sont souvent très longs."
Et de nombreuses personnes restent encore exclues du système, parce qu’elles ont besoin de soins plus spécialisés. Dans ces cas-là, les coûts restent élevés et les listes d’attente particulièrement longues, explique encore Nathalie Haeck.
"Il y a aussi un grand besoin de financement pour des thérapies plus longues — par exemple pour les dépressions sévères ou les traumatismes complexes — ou encore pour des bilans psychodiagnostiques en cas de suspicion de TDAH ou de trouble du spectre autistique. Tout cela n’est pas couvert par la convention actuelle."
