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Les membres belges de la flottille pour Gaza, de retour à Zaventem : "Nous avons été traités comme des terroristes"

Six militants de la flottille Global Sumud ont retrouvé mardi matin le sol belge après plusieurs jours passés en détention en Israël, parmi lesquels quatre participants belges, Alexis Deswaef, Latifa Gharbaoui, Navid Lari et Saddie Choua. Une membre luxembourgeoise de la même flottille était sur le même vol, ainsi que l'Irlandaise Catríona Graham, résidente en Belgique. Tous avaient débuté en détention une grève de la faim, pour protester contre leur arrestation illégale et exiger leur remise en liberté.

Eric Steffens Belga
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Des dizaines de sympathisants et militants étaient venus les accueillir, ainsi que leurs familles, restées sans contact direct avec eux depuis l'interception de leurs embarcations par la marine israélienne dans la nuit du 1er au 2 octobre et jusqu'à lundi soir. 

Après leur arrivée en fin de matinée à l'aéroport de Bruxelles-National, les membres belges de la flottille Global Sumud libérés lundi par Israël ont témoigné des conditions de détention à la prison de Ketziot, d'une visite humiliante du ministre israélien d'extrême-droite Itamar Ben-Gvir aux violences physiques et psychologiques que l'on peut assimiler à de la torture, a souligné Alexis Deswaef, avocat et vice-président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

L'interception de la flottille avait déjà donné le ton. "Notre bateau a été visé par un canon à eau, sans raison, avec pour unique but de nous humilier. Nous étions trempés." D'où l'apparition des militants en training gris clair de la prison mardi matin à l'aéroport: les vêtements qui n'ont pas été jetés ont été laissés à moisir après l'arrestation (eux parlent de "kidnapping", l'interpellation ayant eu lieu en eaux internationales).

Après un long trajet, les militants arrêtés ont reçu à la prison la visite du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, ont relayé Alexis Deswaef et Saddie Choua. "On avait été placé en plein air, c'était avant que l'on doive donner nos vêtements. Il y avait des journalistes, je pense, qui l'accompagnaient. Il expliquait qu'on était des terroristes, des baby killers. Il n'arrêtait pas de répéter ça: 'baby killers'", raconte cette dernière, qui donne habituellement cours dans l'enseignement supérieur artistique en Flandre.

"36 heures, sans boire et sans manger"

Comme les autres, elle avait jeté son téléphone à l'eau au moment de l'interception de son embarcation par les forces israéliennes. Avant cela, elle avait tenté d'envoyer toutes les vidéos réalisées à bord. Elle indique avoir été une des premières à passer devant le juge, sans avoir eu de contact avec un avocat. C'était "après environ 36 heures, sans boire et sans manger", raconte-t-elle. "Il y avait de l'eau dans la cellule, mais elle était de couleur brune. Ça s'est éclairci après quelques jours."

À un moment, des téléviseurs ont été installés dans la prison, montrant des vidéos sur le 7 octobre, l'attaque sanglante du Hamas. "On a aussi dû s'installer au soleil, pour regarder le film", expose Saddie Choua, qui assure que cela n'a en rien changé ses convictions.

Plusieurs témoignent, comme d'autres militants expulsés vers la Grèce lundi, de mauvais traitements de la part des gardes. Saddie Choua dit avoir été, à un moment, trainée à terre et jetée dans sa cellule. Et "on a dû si souvent faire du bruit" pour exiger une réaction de la part des gardes. Par exemple quand "dans la cellule d'à côté, quelqu'un s'était évanoui". Un récit similaire est relayé par Alexis Deswaef, selon lequel un détenu de la cellule d'en face avait été séparé de son insuline, pourtant nécessaire. "On a dû crier toute l'après-midi: 'insuline for 16!' (le numéro de la cellule, NDLR) Plus tard, on nous a crié: 'désolé, nous n'avons pas de médecins pour animaux'".

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"Nous avons été traités comme des animaux"

L'avocat dresse un parallèle avec Guantanamo. "Nous sommes là, maintenant, pour témoigner de la façon dont on est traité dans cette prison, où l'on ne nous considère pas comme des humains, mais comme des animaux".

Les quatre Belges ont fini par entamer une grève de la faim, à des moments différents. "C'était éprouvant, surtout dans cette ambiance de stress et d'humiliation permanente (...) La nuit, on venait nous réveiller, pour nous priver de sommeil", indique Alexis Deswaef. Ces choses sont "des éléments de torture", constate-t-il. "Tout ça, je connais, je l'ai lu, je l'ai défendu devant des tribunaux". Il a passé du temps menotté avec un colson, "qui se serrait chaque fois qu'on nous tirait, qu'on nous guidait comme un animal, tête baissée".

Dans l'avion vers la Grèce, "jamais un plateau repas ne nous a autant goûté", assure-t-il. Et maintenant? "On va réfléchir avec nos avocats", indique le vice-président de la FIDH. "Dix minutes de repos, puis on reprend la lutte!", lance Navid Lari, trentenaire bruxellois, qui lance un appel global à "faire tomber l'oppression partout" ("à bas l'Arizona!", scandera-t-il face à la foule).

"Nous sommes conscients que les Palestiniens traversent encore bien pire"

"Nous avons subi d'horribles abus de droits humains, mais nous sommes conscients que les Palestiniens traversent encore bien pire", indique quant à elle l'Irlandaise installée à Bruxelles Catríona Graham, qui regrette le sentiment d'"impunité", selon elle, des autorités israéliennes. Navid Lari confirme: en prison, "c'était beaucoup plus dur pour ceux qui parlaient arabe, c'était du harcèlement permanent".

Tous ont en effet une pensée pour ceux qui sont encore détenus là-bas, qu'ils soient participants de la flottille ou palestiniens. "Il y en a qui étaient partis en isolement, qui n'ont pas été libérés. Et puis surtout, il y a des prisonniers palestiniens, derrière d'autres murs. Parfois, on chantait en espérant qu'ils nous entendent, pour qu'ils sachent que le monde ne les oublie pas", indique Alexis Deswaef.

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