Les enseignants flamands comptent parmi les plus motivés d’Europe et se disent satisfaits de leur travail ainsi que de leur salaire. C’est ce qui ressort d’une nouvelle enquête internationale TALIS. Toutefois, la reconnaissance qu’ils perçoivent de la société a été réduite de moitié au cours des dix dernières années. Par ailleurs, le temps qu’ils peuvent réellement consacrer à l’enseignement pendant une heure de cours est lui aussi en diminution.
Les enseignants flamands parmi les plus motivés d’Europe, mais en manque de reconnaissance sociale
La pénurie d’enseignants, la baisse des performances scolaires, et plus récemment, les problèmes éducatifs mis en lumière dans le documentaire "Basisschool Balder" sur une école primaire bruxelloise… On pourrait croire qu’il y a là de quoi décourager plus d’un enseignant. Et pourtant, selon la nouvelle enquête internationale TALIS de l’OCDE, les enseignants flamands se portent plutôt bien. Ils comptent même parmi les plus motivés d’Europe.
TALIS (Teaching and learning international survey) est une enquête internationale permettant de comparer dans le temps et dans l’espace les systèmes éducatifs des pays participants en donnant la parole aux enseignants, chefs d'établissement et directeurs d’école.
Les enseignants flamands veulent offrir des opportunités pour influencer la prochaine génération.
Filip Van Droogenbroeck, professeur assistant en data analytics à la VUB
"Les enseignants flamands aiment travailler avec les enfants et les jeunes, veulent apporter une contribution utile à la société et offrir des opportunités pour influencer la prochaine génération", explique Filip Van Droogenbroeck, professeur assistant en data analytics à la VUB.
Interrogés sur leur satisfaction professionnelle, 93 % des enseignants flamands du premier cycle du secondaire se disent globalement satisfaits de leur emploi. 71 % se déclarent contents de leur salaire — un taux parmi les plus élevés d’Europe.
L’étude se concentrait sur les enseignants des premières années du secondaire, même si certains chiffres concernent un groupe plus large.
Autre donnée positive : près de huit enseignants flamands sur dix se disent satisfaits de la qualité de leur formation initiale et estiment avoir été bien préparés à enseigner.
La Flandre figure aussi parmi les meilleurs pays en matière d’accompagnement des jeunes enseignants. 96 % affirment que les enseignants peuvent se faire confiance entre eux, et 97 % estiment entretenir de bonnes relations avec leurs élèves.
Une reconnaissance sociale réduite de moitié en dix ans
Mais le rapport TALIS met aussi en lumière certains points sensibles. Seul un quart à un cinquième des enseignants — selon le niveau d’enseignement — se sentent valorisés par la société. En dix ans, cette proportion a été réduite de moitié.
On pourrait spontanément penser aux parents trop critiques dans les groupes WhatsApp de classe. Pourtant, trois quarts des enseignants du secondaire inférieur déclarent se sentir appréciés par les parents, un score supérieur à la moyenne internationale.
Chaque fois qu’un pays ou une région recule dans un classement international, on constate une diminution de la reconnaissance sociale perçue.
Filip Van Droogenbroeck, professeur assistant en data analytics à la VUB
"Ce qui contribue certainement à ce manque de reconnaissance, ce sont les performances scolaires en baisse. Chaque fois qu’un pays ou une région recule dans un classement international, on constate une diminution de la reconnaissance sociale perçue. Les enseignants se sentent interpellés, mais constatent autour d’eux une pénurie d’enseignants, ce qui n’aide pas leur sentiment de valorisation", explique Filip Van Droogenbroeck.
La couverture médiatique n’améliore pas la situation : seulement un quart des enseignants se sentent valorisés par les médias.
"Les enseignants débutants déclarent moins souvent que l’enseignement est leur premier choix de carrière, ce qui est directement lié à cette reconnaissance décroissante."
La reconnaissance provenant des instances politiques est encore plus faible : à peine 14 % des enseignants estiment que leur avis est pris en compte par les décideurs.
Une confiance en soi préservée
Malgré ce manque de reconnaissance sociale, les enseignants flamands ont une aute estime de leurs compétences.
"Cette confiance en soi est cruciale, notamment pour tout ce qui concerne la qualité de l’enseignement. Cela inclut la formulation de bonnes questions aux élèves, l’utilisation de différentes méthodes pédagogiques et la capacité à encourager les élèves à croire en leurs résultats", souligne encore Filip Van Droogenbroeck.
Moins de temps consacré à donner cours
Autre point préoccupant : en dix ans, les enseignants flamands disposent de moins de temps pour enseigner effectivement pendant une heure de cours, se classant en-dessous de pays comparables. Le temps consacré à la gestion de la classe et aux tâches administratives augmente, cette dernière étant la principale source de stress pour les enseignants.
Dans le graphique ci-dessous : À quoi ressemble une heure de cours en classe ? Dans le premier cycle de l’enseignement secondaire : Donner effectivement cours- Mettre de l’ordre en classe - Tâches administratives
"Les enseignants flamands ne passent pas plus de temps que leurs collègues d’autres pays à l’administration, mais le stress ressenti est plus important, probablement parce qu’une partie de ce travail est effectuée pendant les heures de cours. Cela mérite d’être étudié plus en détail", précise Filip Van Droogenbroeck.
Le maintien de la discipline et les exigences changeantes du gouvernement contribuent également à l’augmentation du niveau de stress.
Entre un cinquième et un tiers des enseignants déclarent ressentir beaucoup de stress, un taux supérieur à celui de leurs collègues internationaux. Toutefois, l’impact sur leur santé mentale ou physique ne semble pas plus lourd qu’ailleurs.
Enseigner dans des environnements multiculturels : un défi
Enfin, il est remarquable que le nombre d’enseignants travaillant dans des écoles accueillant des élèves de différentes origines, avec des élèves issus de l’immigration ou ayant des besoins éducatifs spécifiques, est très élevé en Flandre par rapport à l’international.
"Les enseignants indiquent qu’ils ne se sentent pas suffisamment préparés pour enseigner dans un environnement multilingue et multiculturel", conclut Filip Van Droogenbroeck.
