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"Déplacés": sur les traces des réfugiés belges de la Première Guerre mondiale, au musée In Flanders Fields

À partir de ce samedi, le musée In Flanders Fields d’Ypres (Flandre occidentale) propose l’exposition "Déplacés", qui retrace, en sons et en images, les parcours des quelque 1,5 million de Belges ayant pris la route de l’exil en 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le musée invite également le public à partager ses propres histoires familiales liées à cette période.

Kristien Bonneure Eric Steffens
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À l’exposition "Déplacés", les noms et les portraits de Julia Verkinderen, Valeer Bouckenooghe, Gerard Breyne et d’autres figures de l’exil sont présentés sur de petites fiches murales. Tous ont fui leur foyer pendant la "Grande Guerre".

"Leur histoire s’est souvent transmise oralement, de génération en génération. Parfois, il reste des souvenirs matériels — des lettres, des journaux intimes, des photos — mais parfois, il n’en subsiste rien", explique Lotte Van Attenhoven, collaboratrice du musée In Flanders Fields.

Un appel à la mémoire collective

L’an dernier, le musée a lancé un appel au public pour recueillir ces témoignages, ce fut un grand succès. "Depuis, nous recevons chaque semaine de nouveaux récits. Avec cette exposition, nous espérons raviver d’autres souvenirs, des histoires transmises dans les familles à propos d’une grand-tante, d’un ancêtre oublié… Même la plus petite trace est précieuse : elle peut nous aider à poursuivre nos recherches", ajoute-t-elle.

En 1914, durant les premiers mois de la guerre, près d’un million et demi de Belges ont pris la route de l’exil. "Sur une population de six millions d’habitants à l’époque, cela représentait un quart du pays. Un chiffre impressionnant", souligne Stephen Lodewyck, directeur du musée. Environ 600 000 Belges ont passé toute la guerre en exil : quelque 300 000 en France, 200 000 au Royaume-Uni et 100 000 aux Pays-Bas.

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En 2022, un reportage de l’émission Terzake est allé à la rencontre de Belges ayant fui vers la Normandie, où certains vivent encore aujourd’hui.

L’impact de cet exil dépasse les générations et reste perceptible aujourd’hui encore.

Pieter Trogh, collaborateur scientifique au IFFM

Pour cette exposition, le musée In Flanders Fields a choisi d’utiliser le mot "déplacés". "C’est un terme beaucoup plus large que celui de “réfugiés”. Les déplacés sont des personnes contraintes de quitter leur foyer, car leur lieu de résidence était devenu trop dangereux en raison de l’évolution du conflit ou à la suite d’une évacuation forcée, sans savoir où elles iront ni si elles pourront un jour revenir", explique Stephen Lodewyck, directeur du musée.

Pendant la Première Guerre mondiale, ce phénomène a concerné un nombre considérable de Belges. "Nous pensons qu’il existe, dans presque chaque famille, une histoire d’exode", poursuit Lodewyck. Des récits de familles séparées, de départs précipités, de déménagements successifs, d’installations temporaires ailleurs, d’enfants scolarisés loin de chez eux… puis, parfois, de retours dans les “régions dévastées”. Et parfois, aussi de non-retours. En effet, il y a des récités tragiques et certains ne sont jamais revenus.

Les circonstances qui poussent les gens à fuir sont différentes, mais l’impact du déracinement est universel.

Stephen Lodewyck, directeur du IFFM

Malheureusement ces histoires restent d’une étonnante actualité : que l’on pense à Gaza, à l’Ukraine, au Soudan ou à tant d’autres foyers de conflit. "Les circonstances qui poussent les gens à fuir une guerre peuvent varier, mais l’impact du déracinement sur les individus reste intemporel et universel", souligne Stephen Lodewyck.

Un petit soulier d'enfant dans la cave

L’histoire des réfugiés de guerre a longtemps été ignorée. Le musée In Flanders Fields y remédie aujourd’hui. "Nous avons surtout construit cette exposition autour de récits personnels", explique Annick Vandenbilcke, collaboratrice scientifique du musée.

Elle désigne un petit soulier, rongé par les années, provenant de la cave de l’orphelinat de Sint-Juliaan, un village de la Westhoek. D’après les rédactions que les enfants évacués en France ont laissées, "des histoires vraiment déchirantes", on comprend qu’ils ont dû abandonner dans la cave tout ce qu’ils ne pouvaient pas emporter. Comme ce soulier, retrouvé récemment.

Parmi les récits émouvants, il y a aussi celui de deux pères ayant chacun perdu un fils pendant la guerre. Ils se rencontrent en exil en France. Lors de cette rencontre, l’un oublie ses lunettes, qui resteront dans la famille de l’autre. Ces lunettes ont récemment été restituées aux descendants du propriétaire et sont désormais exposées au musée d’Ypres.

Tous les récits d’exode peuvent être écoutés, interprétés par des acteurs comme Michaël Pas. Par ailleurs, le musée a demandé à neuf illustrateurs de faire revivre ces histoires. Des illustrateurs contemporains, comme Trui Chielens ou Sara Yu Zeebroeck, ont mis en images les moments les plus douloureux de ces exils. L’histoire s’échappe des murs du musée.

À six endroits de la ville d’Ypres, d’immenses flèches livrent les paroles des habitants. Près des remparts, le récit d’un bombardement de 1915 saisit le visiteur aux tripes. L’impact est renforcé par le dessin contemporain de la Palestinienne Nour Hifaoui Fakhoury, représentant une mère et sa fille dans une mare de sang.  

Information pratique

"Déplacés. Les réfugiés belges de la Première Guerre mondiale ", au musée In Flanders Fields au deuxième étage des Halles aux draps d'Ypres et dans la ville du 4 octobre 2025 au 14 juin 2026. 

Vous pouvez également partager l’histoire d’exil de votre famille sur le site du musée.

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