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Éperon d’Or, le musée de la chaussure et de la brosse d’Izegem, menacé dans son modèle actuel

Les acteurs du patrimoine d’Izegem (Flandre occidentale) ont remis une lettre ouverte à l’administration communale pour dénoncer le projet de la nouvelle majorité. Celle-ci souhaite transformer le musée, installé dans une ancienne fabrique, en une "maison du patrimoine ouverte". Les associations réclament le maintien des activités du musée de la chaussure et de la brosse Éperon d’Or. Le secteur muséal et patrimonial flamand et belge a également apporté son soutien, en diffusant une lettre ouverte.

Eric Steffens
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À compter du 1er janvier 2026, le fonctionnement du célèbre musée de la chaussure et de la brosse Eperon d’Or, installé dans une ancienne fabrique à Izegem, sera profondément modifié. Selon le conseil communal, le musée représente une charge financière trop lourde pour la ville, ce qui motive une réorientation. "Nous voulons abandonner le modèle classique de musée, qui entraîne chaque année une perte de 650.000 euros", explique l’échevin Vlaams Belang Sam Weyts.

Pour les bénévoles et les associations patrimoniales d’Izegem, cette réorientation s’apparente à une fermeture. Sept personnes risquent également de perdre leur emploi à Eperon d’Or. En début de semaine, les bénévoles ont remis une lettre ouverte au collège communal. "Nous sommes furieux : fermer Eperon d’Or représenterait une perte irréversible pour Izegem !", peut-on lire dans cette lettre.

"Nous appelons la ville à revoir sa décision"

"Si ces employés disparaissent, la collection patrimoniale est vouée à disparaître aussi", réagit Hilde Colpaert, présidente de l’association Vrienden Izegemse Musea (Les amis du musée d'Izegem) et ancienne conservatrice de l’Eperon d’Or. "Les employés du musée entretiennent les expositions, qui nécessitent souvent des soins particuliers, certaines pièces ayant plus de 100 ans."

"Ils font également vivre la collection en informant les visiteurs. Nos guides ne sont vraiment pas d’accord avec ce changement. Si le collège communal poursuit ses projets, les guides bénévoles arrêteront eux aussi. Ils lient leur sort à celui des employés."

"Pour nous, cette lettre ouverte n’est pas un point final, mais un début. Nous organiserons aussi une pétition et une manifestation le 11 octobre. Nous voulons montrer notre mécontentement et appelons la ville à revoir cette décision et à chercher ensemble des solutions durables."  

L’ancienne conservatrice Hilde Colpaert (à gauche) remet la lettre à l’échevin Sam Weyts (à droite).

"Le fonctionnement actuel est insoutenable financièrement"

L’échevin à la Culture, Sam Weyts (Vlaams Belang), a réceptionné la lettre ouverte. "J’ai de nouveau expliqué clairement aux personnes présentes que nous n’avons pas l’intention de fermer le musée. Nous voulons rendre la collection accessible et gratuite. Mais le fonctionnement actuel de l’Eperon d’Or est tout simplement insoutenable financièrement."

"Nous savons que les bénévoles jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement du musée et nous souhaitons dialoguer avec eux. J’espère qu’ils pourront s’exprimer en toute franchise afin que nous puissions, ensemble, explorer les possibilités pour rendre la collection accessible."

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Le musée présente le savoir-faire de l’industrie de la chaussure et de la brosse à Izegem

Une deuxième lettre ouverte

Les associations du secteur muséal et patrimonial flamand et belge ont également rédigé une lettre ouverte. "Que l’ensemble de l’équipe soit licencié sans consultation préalable et que les collections soient laissées à l’abandon est inédit", peut-on lire dans la lettre du Vlaams Museumoverleg XL, Overleg Cultureel Erfgoed (OCE), ICOM Belgique, Museumpass et FARO, le Centre flamand pour le patrimoine culturel.

Tout comme les organisations d’Izegem, le secteur flamand demande à l’administration de revenir sur sa décision. "Nous demandons instamment que le conseil communal revoie cette décision drastique et engage un dialogue avec l’équipe du musée et l’administration de la ville d’Izegem."  

Un donateur mécontent

Philip Heylen, échevin honoraire à la Culture de la ville d’Anvers, a fait également entendre sa voix. L’année dernière, il a offert à l’Eperon d’Or une collection de plus de 200 paires de chaussures appartenant à sa tante, la créatrice de costumes Frieda Dauphin-Verhees. "En tant que donateurs, nous n’avons pas encore été officiellement informés des changements", explique Heylen.

"Je ne sais donc pas ce qu’il adviendra de la collection. J’ai signé un accord précisant ce que le musée pouvait faire avec ces chaussures. A présent, j'ai demandé à mon avocat d’examiner les suites possibles. Si la collection n’est plus entretenue et conservée à l’Eperon d’Or, je retirerai les chaussures pour les déposer dans un autre musée. À quoi servirait-il alors de laisser cette collection dans des cartons ?", s’interroge-t-il.

Philip Heylen (à gauche) au moment de la remise de sa collection à l’Éperon d’Or.

Prix du patrimoine immobilier en 2018

En 2018, le bâtiment art déco Éperon d’Or a reçu le Prix du patrimoine immobilier en Flandre. Conçu en 1930 par l’architecte izégemois Charles Laloo pour les fabricants de chaussures Vandommele, il témoigne du riche patrimoine industriel local.

Jusqu’aux années 1940, environ 200 ouvriers y fabriquaient des chaussures à la main : un travail artisanal coûteux et exclusif, très prisé à l’international. « Éperon d’Or » était fournisseur officiel de la Cour de Belgique et du Grand-Duché de Luxembourg, comme en témoignent les blasons sur la frise de la façade.

Plus tard, des machines ont été introduites. En 1967, l’usine a fermé, incapable de rivaliser avec les bas salaires des ateliers italiens. Après l’ère de la chaussure, le bâtiment a servi notamment de dépôt pour l’huile et le bois.

En 1999, le bâtiment principal a été classé monument ; en 2005, la ville d’Izegem a racheté l’ancienne usine. En 2011, une restauration et une transformation en profondeur ont commencé, et en 2017, l’Éperon d’Or est devenu un musée.

Grâce à une ligne de production reconstituée, les visiteurs peuvent découvrir la fabrication des chaussures dans les années 1950. Le musée présente également une vaste gamme de types de cuir.

Izegem était aussi célèbre pour ses brosses. Une série de machines encore en fonctionnement offre un aperçu de leur évolution, de la fin du XIXᵉ siècle jusqu’aux années 1970.

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