En raison de la surpopulation carcérale et du manque de personnel, les contrôles systématiques des cellules ne sont plus effectués depuis un certain temps à la prison de Hasselt (Limbourg). Ces contrôles sont pourtant essentiels pour empêcher les détenus de dissimuler des téléphones portables, de la drogue ou des armes. "Si je devais effectuer ces contrôles, je finirais à l’hôpital en moins d’un mois", a témoigné anonymement un gardien de prison à la VRT.
Prison de Hasselt : quand le manque de personnel empêche les fouilles de cellules
La prison de Hasselt, mise en service il y a à peine vingt ans, est déjà minée par la surpopulation, le manque de personnel, des dizaines de caméras défectueuses et des systèmes électroniques qui tombent régulièrement en panne.
Officiellement, l’établissement compte 450 places. Mais aujourd’hui, on y compte 640 détenus, soit un taux d’occupation de plus de 140 %. Cette situation bouleverse aussi les rapports de force à l’intérieur des murs et empêche d’effectuer systématiquement les contrôles de routine.
"C’est la conséquence de décennies de sous-financement et d’une mauvaise gestion du personnel", témoigne un gardien sous couvert d’anonymat. "Dans nos rangs, on trouve principalement des gardiens d’une vingtaine ou d’une cinquantaine d’années. Il nous manque toute une génération intermédiaire. J’ai de jeunes collègues qui, après seulement huit semaines de service, doivent déjà former les nouveaux arrivants."
Des surveillants en mode survie
"Beaucoup de gardiens sont en mode survie : leur seul objectif est de terminer leur service sans incident. Certains détenus sont des durs à cuire, capables de violence. Autrefois, nous faisions des fouilles de cellules tous les jours. Ce n’est plus le cas depuis longtemps. Les détenus partagent souvent leur cellule à deux ou plus, les menaces sont fréquentes. En cas de confrontation, nous sommes toujours en infériorité numérique." Ces fouilles devraient en principe toujours être effectuées par au moins deux gardiens.
Parfois, lorsqu’un surveillant se retrouve dans une altercation physique, ce sont d’autres détenus qui doivent lui prêter main-forte. "Cela crée des dettes de reconnaissance envers ces hommes. Le risque de corruption devient alors bien plus grand."
La direction vit dans un autre monde.
Un gardien qui témoigne anonymement.
La confiance du personnel envers la direction est au plus bas. "La direction nous met sous pression pour que les fouilles soient malgré tout effectuées systématiquement. Mais si je m’y mettais dès demain, je serais blessé et à l’hôpital d’ici un mois. La direction vit dans un autre monde."
Ces contrôles sont pourtant essentiels pour empêcher les détenus de cacher de la drogue, des armes ou des téléphones portables. Leur absence accroît aussi le risque de dérives, comme à la prison d’Anvers, où un prisonnier a été torturé pendant plusieurs jours par ses codétenus l’an dernier.
"Nous savons que les fouilles sont effectivement compliquées par les cellules surpeuplées", confirme une autre source bien placée et anonyme. Même les contrôles de prévention incendie ne seraient plus effectués systématiquement. "Nous n’avons tout simplement pas assez de personnel", conclut un gardien.
Selon des chiffres récents du SPF Justice consultés par VRT NWS, la prison de Hasselt manque structurellement de 23 membres de personnel.
Des problèmes techniques persistants
La prison souffre aussi de dysfonctionnements structurels de ses systèmes de caméras et de verrouillage automatique. Ceux-ci sont contournés grâce à des clés physiques et une série de manipulations humaines. Près de la moitié des 220 caméras fonctionnent mal aujourd’hui.
Le problème avait déjà été signalé en début d’année. "Récemment, sept caméras ont été livrées, mais elles se sont révélées incompatibles avec notre système. Ces caméras – coûteuses – sont donc inutiles", explique une source bien informée à Hasselt.
Anca Wauters, la directrice de la prison de Hasselt, n’a pas souhaité réagir et renvoie au SPF Justice. Celui-ci se dit embarrassé par les informations concernant Hasselt et reste avare de commentaires "pour des raisons de sécurité". Mais il ne nie pas que la surpopulation constitue un problème majeur.
Le monde politique est informé
Les dysfonctionnements de la prison de Hasselt ont déjà été régulièrement pointés du doigt par le député fédéral Alain Yzermans (Vooruit). "Une prison doit toujours répondre aux normes de sécurité, tant pour le personnel que pour les détenus", souligne Alain Yzermans. "Si nous ne pouvons pas garantir cela en tant que société, l’État de droit lui-même se retrouve sous pression."
Dans sa réponse aux questions parlementaires de Yzermans, la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), affirme que "la sécurité du personnel reste une priorité".
"Entre-temps, des solutions à la fois structurelles et temporaires sont à l’étude", promet Annelies Verlinden. "Le processus de rénovation est en cours, mais la complexité des marchés publics entraîne un certain délai d’exécution."
