Le gouvernement flamand est parvenu à un accord sur le budget 2026. Le ministre président flamand Matthias Diependaele (N-VA) pourra donc prononcer sa "Déclaration de septembre" au parlement régional lundi à 14h00. La tâche n’a pas été simple : le gouvernement devait en effet trouver pas moins de 1,5 milliard d’euros pour respecter la trajectoire budgétaire initialement fixée, un effort sans précédent au niveau flamand. L'opposition a déjà dénoncé l'accord obtenu.
Prime de soins plus élevée et bonus scolaire largement supprimé : voici ce que l’on sait déjà de l’accord budgétaire flamand
Les économies décidées par le gouvernement de M. Diependaele et ainsi que les recettes attendues seront présentées dans la Déclaration de septembre. Cependant, certains détails ont déjà fuité.
Des recettes supplémentaires
Le gouvernement flamand est allé chercher de nouvelles recettes. Il les a trouvées du côté de la prime de soins, que chaque Flamand doit payer via la caisse de soins (zorgkas). Cette prime sert à financer un budget mensuel destiné aux personnes ayant de gros besoins en soins.
Jusqu’ici, la prime de soins s’élevait à 64 euros par an, ou 32 euros pour ceux bénéficiant d’une intervention majorée. Ces montants seront désormais portés à 100 euros et 35 euros respectivement.
D’autres recettes supplémentaires proviendront d’une augmentation de la redevance kilométrique pour les camions les plus polluants, censée rapporter 180 millions d’euros.
Des économies
"Bien-être, enseignement, emploi, économie : tous les secteurs devront se serrer la ceinture", explique la journaliste politique de VRT NWS, Benedikte Coussement. "Cela passera en grande partie par une réduction des subsides dans chacun de ces domaines."
Une économie de 70 millions d’euros était déjà prévue pour l’an prochain, mais elle sera nettement plus importante : 210 millions d’euros. Et en reportant certains projets, le montant grimpe même à 300 millions d’euros.
Le gouvernement flamand supprime également en grande partie le bonus scolaire. Cette prime était versée à chaque enfant en Flandre en plus du Groeipakket (l’allocation familiale flamande). Selon l’âge, elle variait de 23 à près de 70 euros par an. Elle disparaît désormais, sauf pour les familles bénéficiant d’un supplément social. Cela devrait rapporter 50 millions d’euros au budget.
Par ailleurs, les ménages les plus aisés ne pourront plus bénéficier de primes à la rénovation. L'une des nombreuses subventions flamandes est le bon de réduction sur les appareils ménagers à faible consommation d'énergie, le très controversé "bon frigo".
Pour Vooruit, celui-ci peut être supprimé s'il y a une réduction de la facture d'électricité, notamment grâce à de nouvelles coupes dans la "sursubvention" des panneaux solaires dans les grandes entreprises.
La ministre de l'Énergie Melissa Depraetere (Vooruit) a déjà annoncé qu'elle souhaitait ainsi réduire la facture de 290 millions d'euros au cours de cette législature. La suppression du "bon frigo" ne permettra d'économiser que quelques millions d'euros l'année prochaine, mais elle revêt une importance symbolique.
Certains projets reportés
"Certaines économies seront réalisées en différant, en phasant ou en annulant temporairement des mesures prévues", poursuit Benedikte Coussement. Un exemple : la réforme des droits de succession. Le gouvernement flamand voulait relever fortement les premières tranches imposables, ce qui aurait permis à de nombreux héritiers de payer beaucoup moins de droits de succession.
Une baisse d’impôts coûte cher à l’État, et la réforme de la fiscalité successorale sera donc retardée. Pour deux groupes, le gouvernement flamand veut toutefois déjà agir : les personnes sans enfants, qui pourront désigner un héritier bénéficiant d’un taux réduit, et le conjoint survivant, qui devrait lui aussi payer moins de droits de succession.
"Pour que la réforme reste budgétairement neutre (c’est-à-dire que les dépenses ne dépassent pas les recettes, ndlr), le gouvernement flamand cherche aussi à fermer certaines échappatoires fiscales", précise encore Benedikte Coussement. "L’objectif est de mettre fin aux abus liés notamment aux successions via des sociétés familiales."
Définition élargie des revenus
Le gouvernement flamand veut éviter que des ménages à hauts revenus continuent de bénéficier de primes ou d’avantages qui ne leur sont pas destinés. Exemple : les crèches dont les tarifs sont calculés sur base du revenu déclaré. Certains affichent un salaire artificiellement bas, alors qu’ils se versent en parallèle des revenus importants via une société de management.
Vooruit plaidait pour la création d’un cadastre des fortunes, mais la N-VA s’y est opposée. Finalement, un système de "déclaration sur l’honneur" sera mis en place : chacun devra attester qu’il ne dispose pas d’autres revenus en dehors de son salaire. Des contrôles par échantillonnage sont prévus.
Ce qui ne change pas
Le jobbonus sera maintenu dans les années à venir. Cette prime est destinée aux personnes ayant un bas salaire brut. Le gouvernement flamand prévoit de la supprimer uniquement lorsque les mesures de compensation du gouvernement fédéral produiront leurs effets.
La facture d’eau ne sera pas touchée non plus, selon les informations disponibles.
Ce lundi après-midi à 14 heures, le ministre-président flamand Matthias Diependaele (N-VA) présentera sa "Déclaration de septembre" devant le Parlement flamand. On devrait alors obtenir davantage de détails chiffrés et de tableaux explicatifs.
L'opposition dénonce cet accord budgétaire
L'opposition flamande n'a pas attendu la Déclaration de septembre du ministre-président devant le parlement pour dire tout le mal qu'elle pensait de l'accord budgétaire intervenu durant la nuit entre les membres du gouvernement Diependaele.
"Pas de grandes réformes mais beaucoup de râpe à fromage", a jugé le chef de groupe Open VLD, Egbert Lachaert. La loi de financement "favorise énormément" la Flandre mais "le gouvernement arrive quand même à laisser un trou de 4,5 milliards d'euros", a-t-il regretté sur les réseaux sociaux. "Concrètement, les Flamands recevront à partir d'aujourd'hui un avertissement-extrait de rôle de 100 euros", a-t-il affirmé en visant la prime à payer pour l'assurance sociale flamande qui devrait passer de 64 à 100 euros.
Aux yeux des écologistes, l'accord budgétaire flamand se traduit par une "énième attaque sur le porte-monnaie des ménages". "Le gouvernement empile les factures alors qu'il dépense des milliards pour des parts dans un aéroport et des entreprises d'armement", a souligné la cheffe de groupe, Mieke Schauvliege.
Groen s'en prend aussi à l'augmentation de la prime d'assurance sociale. "Après la suppression de la réduction sur les frais de garde d'enfants, l'augmentation de la facture d'eau potable, la hausse de 18% du prix des tickets de bus et la forte augmentation des frais d'inscription à la formation pour adultes, les familles subissent aujourd'hui un nouveau coup dur", a-t-il avancé.
Vooruit est dans le viseur des Verts: "Vooruit a promis des investissements sans précédent dans l'éducation et le bien-être. Au lieu d'investir dans l'avenir, nous nous retrouvons avec un budget qui doit corriger les mauvais choix du passé et qui fait payer la note aux Flamands ordinaires".
Le gouvernement flamand "opte résolument pour la réduction du pouvoir d'achat afin d'atteindre son objectif budgétaire", a affirmé de son côté le chef de groupe du PTB, Jos D'Haese. "Les travailleurs doivent payer plus, alors que ces mêmes partis trouvent des milliards pour un fonds de défense, des avions de combat et des frégates", a-t-il accusé M. D'Haese.
Les socialistes flamands sont une nouvelle fois visés. "Il est incompréhensible que Vooruit, qui prétend défendre le pouvoir d'achat, introduise désormais un impôt forfaitaire de 100 euros pour les soins de santé et supprime purement et simplement la prime scolaire alors que les frais de scolarité atteignent des sommets".
A l'extrême-droite, le Vlaams Belang a dénoncé une nouvelle mise à contribution des "Flamands qui travaillent" alors qu'aucune économie n'est réalisée sur "le système politique" ou "les transferts vers la Wallonie".
