Au deuxième jour du procès contre un réseau international de cocaïne, où comparaissent 31 personnes dont les barons de la drogue Flor Bressers et Sergio Roberto de Carvalho, tous les avocats et les accusés ont quitté la salle peu après le début de l'audience, à la suite d'un incident avec le président du tribunal. Ce dernier avait auparavant rendu une décision stipulant que, pour des raisons de sécurité, les avocats ne pouvaient pas disposer des tables et prises électriques dans la salle d'audience. Plus tard dans la journée, deux avocats ont été emmenés hors de la salle d'audience par la police, sur ordre du président.
Chaos à la reprise du procès à Bruxelles contre un réseau de drogue: accusés et avocats quittent la salle d'audience
Me Louis De Groote, avocat du suspect Bastiaan Korner, a tenté d'intervenir à ce sujet, mais le président a immédiatement donné la parole au parquet fédéral pour son réquisitoire. Ce qui a contrarié les avocats présents dans la salle du Justitia à Bruxelles, qui ont dès lors demandé l'intervention du bâtonnier.
Leur demande ayant été ignorée par le président du tribunal, ils ont décidé de quitter la salle avec leurs clients. La procureure fédérale Marianne Cappelle s’exprime donc devant une grande salle vide.
Une demande de récusation?
"C'est inédit", a réagi l'avocat Louis De Groote, très en colère au début de l'audience. "Je voulais parler des circonstances de ce procès, et je n'ai même pas le droit de parler, après avoir été privé de ce droit lundi. Mon client a un casier judiciaire vierge et bénéficie toujours de la présomption d'innocence, pourtant, il est constamment observé ici, dans la salle d'audience, par deux agents masqués et n'a même pas la possibilité de me parler. De cette façon, je ne peux pas le consulter", a-t-il déclaré.
D'autres avocats, dont Hans Rieder (photo) - l'avocat du principal suspect, le Belge Flor Bressers - ont également souhaité s'exprimer avant que le procureur fédéral n'ait l'occasion de présenter ses conclusions, ont-ils déclaré. "En ne donnant non seulement pas la parole à la défense, mais en ne l'examinant même pas, en l'ignorant complètement et en refusant même l'intervention du barreau, le tribunal s'expose à une éventuelle demande de récusation", ont-ils ajouté.
En début d'après-midi, la situation au Justitia a encore empiré puisque deux avocats qui tentaient de parler, malgré le refus du président, ont été emmenés hors de la salle d'audience par la police. Un événement hors du commun.
La séance a ensuite été suspendue - pour la seconde fois depuis le début du procès - jusqu'à lundi 22 septembre.
Le procès Kriva Rochem?
Le procès de grande envergure mené par le tribunal correctionnel de Bruges (Flandre occidentale), mais délocalisé au bâtiment Justitia à Bruxelles pour raison de sécurité, a reçu le surnom de Kriva Rochem, du nom d'une station d'épuration située dans le port d'Anvers. Cette station aurait principalement servi de couverture à sa "véritable" activité : l'importation de tonnes de cocaïne en provenance d'Amérique du Sud.
L'organisation criminelle opérait depuis différents endroits dans le monde et était structurée de manière rigoureuse, comme une véritable multinationale. Elle opérait avec un professionnalisme exceptionnel. Les criminels tentaient également de recueillir des informations sur les enquêteurs et les juges d'instruction.
Outre les deux principaux suspects - le Limbourgeois Flor Bressers (37 ans) et le baron de la drogue brésilien Sergio Roberto de Carvalho (65 ans), 29 autres personnes sont jugées à Bruxelles pour leur rôle au sein du gang. Parmi elles : le bras droit de Bressers, Stefan P., mais aussi l'ancien avocat réputé Pol Vandemeulebroucke et l'avocat néerlandais Cem Polat.

