Après un courriel virulent adressé le 3 septembre dernier à Bart De Wever (N-VA), au sujet de la situation à Gaza, Walter Nauwelaerts, membre du CD&V à Hoboken, doit s’expliquer devant la police anversoise. Bart De Wever a transmis le courriel à la police, estimant qu’il contenait des propos antisémites. De son côté, Walter Nauwelaerts affirme qu’il ne se laissera pas intimider.
Un membre du CD&V de Hoboken doit se présenter à la police suite à un mail virulent adressé à Bart de Wever
"La situation en Palestine me touche profondément", a déclaré Walter Nauwelaerts, candidat pour le CD&V à Hoboken (Anvers) lors des dernières élections. "J’ai effectivement envoyé plusieurs courriels à Bart De Wever à ce sujet, pour le mettre sous pression. J’en ai aussi adressé à la direction de mon propre parti, d’ailleurs. J’ai même menacé de quitter le CD&V après 50 ans d’adhésion."
Dans son dernier mail, il réagissait en particulier à une déclaration de De Wever, faite peu après l’accord au sein du gouvernement fédéral sur les mesures concernant Gaza, selon laquelle d’autres partis avaient mené le débat en insistant trop sur l’aspect moral. "Dans ce courriel, j’ai parlé de sa “base électorale juive orthodoxe ariérée”, reconnaît Nauwelaerts dans un entretien avec la VRT NWS. "C’est là-dessus qu’il m’a attaqué."
La semaine dernière, la police s’est soudain présentée à la porte de Walter Nauwelaerts avec une convocation pour une audition. Selon cette lettre, il doit s’expliquer pour harcèlement, incitation à la discrimination, à la haine et à la violence, ainsi que pour nuisance via communications électroniques.
Voici une traduction en français de l’e-mail envoyé à Bart De Wever par Walter Nauwelaerts :
De Wever, Que tu n’aies aucun sens moral, cela fait longtemps que tout le monde l’avait compris. Votre compromis ne va pas assez loin. (Il faut une) reconnaissance immédiate de la Palestine et une rupture de tous les liens avec Israël et son gouvernement fasciste. Tu n’as pas à aller donner des explications à la communauté juive d’Anvers, à ta base électorale juive orthodoxe arriérée. Je comprends que la plupart ne parlent pas le néerlandais et ne s’adaptent pas à nos normes et valeurs, mais ils peuvent tout de même suivre l’actualité. Pourquoi ne viens-tu pas plutôt me l’expliquer à moi, pourquoi tu refuses d’agir davantage contre les assassins du gouvernement israélien ? Walter Nauwelaerts
Walter Nauwelaerts ne comprend pas que son courriel débouche soudain sur une enquête de police.
"Ce n’est pas joli ce que j’ai écrit, je l’admets, mais il s’agit ici de liberté d’expression. Je n’ai jamais incité à la haine ni à la violence. Je suis simplement profondément choqué par le génocide auquel nous assistons et par le faible compromis conclu par notre gouvernement à ce sujet. On ne peut pas conclure de compromis sur un génocide."
Sur Facebook, il écrivait la semaine dernière : "Je ne suis pas un ennemi du peuple juif, ni des juifs israéliens éclairés. Je leur souhaite un gouvernement bien meilleur que la bande de criminels fascistes qui dirige ce pays. Personne ne mérite un tel gouvernement. Je souhaite un État où Juifs et Palestiniens puissent vivre ensemble. Rêver n’est pas encore interdit."
Plainte ou signalement pour “antisémitisme” ?
Selon nos informations, il ne s’agirait pas d’une plainte de Bart De Wever, contrairement à ce qu’écrivent De Morgen et Apache, mais tout au plus d’un signalement. De Wever aurait surtout voulu attirer l’attention de la police sur la déclaration jugée "antisémite" de Nauwelaerts.
La police aurait ensuite ajouté d’elle-même les éléments de harcèlement et de nuisance électronique, Nauwelaerts ayant envoyé une série de mails du même genre. Ce dernier le reconnaît d’ailleurs : "Je lui ai envoyé entre 5 et 10 mails ces derniers mois, en effet. Mais je suis indigné." L’homme affirme qu’il se rendra mercredi de lui-même à l’audition, sans avocat, pour se défendre. "Ce n’est vraiment pas agréable. J’en souffre. Mais je ne me laisserai pas intimider, pas même par De Wever. Il a dû se dire : “Je vais vite donner une leçon à ce type.” Mais moi, je ne me tairai pas."
"Comme Orbán ou Meloni"
Dans une carte blanche publiée dans De Morgen, Nauwelaerts reçoit le soutien de Dirk Voorhoof, professeur émérite de droit des médias et membre du Human Rights Centre de l’université de Gand.
"Nous ne pensions pas vivre dans un pays où des critiques à l’égard du chef de l’État ou de dirigeants politiques, sur des thèmes d’importance, pouvaient mener à des plaintes ou à des poursuites pénales. Dans des pays à régime autoritaire comme la Russie, la Turquie, la Chine et, plus récemment, les États-Unis, mais aussi en Hongrie ou en Italie, ce genre de poursuites est monnaie courante."
"De la part de quelqu’un qui se présente comme un fervent défenseur de la liberté d’expression politique, c’est une réaction aussi surprenante que significative. Avec sa plainte (son signalement, donc), De Wever se rapproche un peu plus d’Orbán et de Meloni, voire d’autres dirigeants autoritaires qui cherchent à étouffer la critique dans l’œuf."
