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La piscine olympique du Kluisbos

Tourisme disparu: au domaine récréatif Kluisbos, ce sont des poissons rouges qui nagent maintenant dans la piscine olympique

Il y a 9 ans déjà que le domaine récréatif Kluisbos fermait ses portes. Situé dans la commune de Kluisbergen en Flandre orientale - dans cette région vallonnée appelée les Ardennes flamandes, située entre l’Escaut et la Dendre -, sa piscine en plein air attirait jusqu’à 7.000 visiteurs les jours d’été ensoleillés. Où en est le projet de transformer ce site en réserve naturelle ?

Anne François Joris Vergeyle
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L’émission De Ochtend de Radio 1 (VRT) proposait cet été une série intitulée 'Verdwenen toerisme' (Tourisme disparu). Elle évoquait ainsi notamment l’ancien domaine récréatif Kluisbos, situé dans un bois à Kluisbergen. Cette commune de Flandre orientale tire son nom, tout comme la commune wallonne de Mont-de-l’Enclus, de la grande colline qui les sépare : le Kluisberg en néerlandais et Mont-de-l’Enclus en français. Ce dernier est notamment inclus dans le parcours mythique du Tour des Flandres cycliste.

"Pure nostalgie", c’est ainsi que Xavier Coppens décrit le site Kluisbos, aujourd’hui à l’abandon. Coach nature indépendant, Coppens a connu le domaine récréatif de Kluisbergen au moment de son apogée. "La piscine, et surtout la pelouse, attiraient des jeunes de partout. Nous venions ici à vélo depuis Zulte avec tout le quartier, avec cette montée monumentale au bout". 

En 1976, la reine Fabiola y inaugurait officiellement une piscine de plein air aux dimensions olympiques. La commune de Kluisbergen considérait cette zone de loisirs comme un projet prestigieux, un atout supplémentaire pour le tourisme sur et autour du Mont-de-l’Enclus (Kluisberg). Durant ses meilleures années, le site attirait environ 130.000 visiteurs entre mai et septembre.

"Construire une piscine est une chose, mais l'exploiter ensuite en est une autre ", explique Philippe Willequet. Bourgmestre de Kluisbergen depuis 1989, il a été témoin de l'accumulation des problèmes.

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Des images nostalgiques de 1984: l’émision télévisée 'Boeketje Vlaanderen' présentait le nouveau toboggan du Kluisbos

"Tous les revenus devaient être générés entre le 1er mai et le 1er septembre, après cette période le site était vide", raconte le bourgmestre Willequet. "Les années de grosses rentrées étaient contrecarrées par des étés mitigés, avec seulement 30.000 visiteurs. Il fallait néanmoins avoir du personnel pour gérer tout cela". 

"Pour une petite commune comme Kluisbergen, qui comptait environ 6.500 habitants à l'époque, ce projet était un peu ambitieux. Il fallait en effet investir sans cesse dans les toboggans et les attractions. Cela impliquait des coûts supplémentaires importants pour assurer le fonctionnement du site. Certains travaux n'ont en outre pas été réalisés correctement, ce qui a rendu le tout très complexe". 

Un sentiment d'insécurité

La sécurité de la zone de récréation a également suscité des inquiétudes les dernières années. En 2012, la police française a même patrouillé dans la forêt du Kluisbos, aux côtés de collègues belges. "À cette époque, il y avait de nombreux problèmes avec des jeunes qui venaient du nord de la France. Cela suscitait un sentiment d'insécurité chez certains visiteurs. La situation s'est quelque peu améliorée, mais l'impact est toujours resté important". 

Vue sur la cafétaria, qui est également abandonnée depuis de longues années. La commune cherche un repreneur, à terme.

En 2016, la commune a voulu revendre la piscine, mais le permis d’exploitation s’est avéré invalide parce que le domaine récréatif était situé hors d’une zone appropriée. Un an plus tard, le conseil communal a décidé à l’unanimité de fermer définitivement le complexe. La piscine avait tout juste 40 ans.

Philippe Willequet regrette encore toujours cette fermeture. "Une piscine installée dans un tel endroit, au milieu des bois, c’était unique. Mais pour une petite commune, maintenir un tel espace de loisirs ouvert ne fait pas partie de ses responsabilités principales". 

La nature reprend ses droits

Le hall de sport est toujours en activité, mais les terrains alentours sont rapidement tombés en ruine. Ce n'est qu'en 2023 que l'Agence flamande de la nature et des forêts a racheté la piscine, ainsi que le domaine voisin de la Villa Vogelsanck. Les toboggans et autres équipements de jeux ont ensuite été vendus aux enchères publiques.

Sur l'ancienne pelouse de la piscine en plein air, l’herbe pousse très haut et les roseaux bruissent dans le bassin pour enfants. Des bancs de poissons rouges nagent même dans le bassin olympique. Quelqu'un les y a un jour déversés, pour faire une blague, et ils s'amusent visiblement dans l'eau trouble. Le coach nature Xavier Coppens y voit néanmoins de nombreuses opportunités.

La forêt du Kluisbos

Une pelouse où les libellules peuvent bronzer

"Il règne un microclimat dans le domaine. Ici, on est à l'abri du vent. C'est pourquoi la pelouse a connu un tel succès. Beaucoup de visiteurs y ont rencontré leur amour d'enfance, peut-être même l'amour de leur vie. C'était un lieu de rencontre important pour les jeunes, mais aussi un lieu de rassemblement pour les insectes et autres animaux. En arrivant tôt sur le site, on peut apercevoir des cerfs sur ce qui était autrefois la pelouse de bronzage".

"Cette chaleur et cet abri du vent créent des conditions d'habitat uniques. Autrefois il y avait une carrière de sable à cet endroit et le sol peu fertile attire une végétation unique. La prairie est remplie de fleurs, je vois partout les fleurs jaunes du séneçon jacobée. Mais des espèces végétales et animales rares ont également fait leur apparition".

De hauts roseaux bordent l’ancien bassin pour enfants

"Avec ou sans piscine, ce site sera magnifique. Et une expérience unique. Le Kluisbos attirera toujours les foules. Personne n'a intérêt à ressasser sa gloire passée", conclut Xavier Coppens en parlant du futur.

"Nous avons passé notre enfance ici", explique Jonas Crement, échevin des Sports et du Tourisme à Kluisbergen. "Mais mes enfants n'ont aucune idée de ce qu'était ce domaine récréatif. Ce serait merveilleux s’il pouvait redevenir un espace ouvert, où les enfants puissent voir la nature s'épanouir. Mais pas comme autrefois, lorsque l'homme était dominant, c'est certain".

Des projets d’avenir?

L’Agence flamande de la nature et des forêts espérait obtenir fin août le feu vert pour son nouveau projet au Kluisbos. C’est ce qu’expliquait fin juillet à VRT NWS Jan Menschaert, le responsable régional des Ardennes flamandes et de l'Escaut-Lys à l'Agence. "La demande de permis pour la démolition a été jugée recevable. Un calendrier de démolition a également été établi. Si la demande est approuvée, nous pourrons commencer les travaux au début de l'année prochaine, si la météo le permet".

Les travaux de démolition devraient durer environ deux mois. Les piscines seront démontées jusqu'au niveau du sol. L'ancien kiosque où l’on vendait des glaces à l’époque et la maison de vacances Villa Vogelsanck seront démolis. Une nouvelle forêt sera ensuite plantée sur le terrain devenu vacant.

À l'emplacement actuel des bassins, une clairière sera conservée au milieu du bois. Des étangs seront aménagés pour attirer les amphibiens et les insectes. La commune de Kluisbergen continuera d'utiliser le hall de sport du site. A terme, le bourgmestre Willequet espère trouver un nouveau gérant pour la cafétéria fermée.

Et la tour de plongeon en béton ? Elle restera probablement en place, servant de point de repère et de point de vue. Un nouveau sentier de promenade débutera alors à la tour. Comme un lointain souvenir du domaine récréatif où tant de personnes se sont amusées pendant 40 ans.

Vue sur la piscine olympique et la pelouse, dont la démolition devrait débuter en 2026

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