Le ministre fédéral de l'Égalité des chances Rob Beenders ouvre la voie à la légalisation du spray au poivre (spray d'auto-défense). C'est ce qu’il a annoncé mercredi soir dans l’émission De Afspraak sur la chaine de télévision Canvas (VRT). Il veut ainsi lutter contre le sentiment d’insécurité qu’éprouvent un tiers des femmes en rue. La question du spray d’identification criminelle Farb-gel spray (aussi connu sous le nom de "spray schtroumpf"), un spray colorant destiné à l’autodéfense, est également à l’étude.
Le ministre Beenders ouvre la voie à la légalisation du spray au poivre pour améliorer la sécurité des femmes en rue
Fin août, le corps sans vie de Lisa (17 ans) était retrouvé à Duivendrecht, aux Pays-Bas. L’adolescente avait été violemment assassinée par un homme de 22 ans qui la harcelait depuis un certain temps. Ce meurtre brutal a relancé le débat sur une éventuelle légalisation du spray au poivre, non seulement aux Pays-Bas, mais aussi en Belgique. Le ministre de l'Égalité des chances, Rob Beenders (Vooruit), souhaite étudier une telle légalisation.
"Je veux que les femmes puissent faire du sport en toute sécurité dans l'obscurité, se promener dehors, aller à la gare… Nous devons agir contre ce sentiment d'insécurité", déclarait le ministre mercredi soir dans l'émission "De Afspraak" sur VRT Canvas.
Ce sentiment d'insécurité est important : une femme sur trois se sent souvent en insécurité dans les espaces publics. Nombre d'entre elles évitent même certains lieux ou activités à l’air libre après le coucher du soleil. Comme les femmes sont souvent moins en mesure de se défendre physiquement, une compensation devrait être prévue, estime Rob Beenders. Le spray au poivre pourrait y contribuer.
Le ministre indique qu'il va mener une "enquête approfondie" sur la légalisation du spray au poivre. Cette mesure fait partie d'un ensemble de mesures visant à améliorer la sécurité des femmes dans la rue. Beenders souhaite toutefois mener une étude avant d'envisager une légalisation. "Je suis d'accord pour que les femmes aient du spray au poivre dans leur sac, mais je veux connaître les avantages et les inconvénients, et savoir si cela a vraiment un impact."
Et le "spray schtroumpf" ?
Outre le spray au poivre, le "spray schtroumpf" pourrait également être envisagé. Il s'agit d'un spray contenant un colorant généralement bleu qui reste sur l'agresseur pendant plusieurs jours, ce qui facilite son identification. Le spray schtroumpf est déjà légal aux Pays-Bas, pas en Belgique.
L'avocate Nina Van Eeckhaut plaide également en faveur de la légalisation de ces sprays. Elle s'interroge toutefois sur les implications d'une telle légalisation et sur les personnes qui y auraient accès. "Nous devrons peut-être alors examiner légalement la possibilité de le légaliser uniquement pour les femmes", déclarait Me Van Eeckhaut sur le plateau de VRT Canvas. Cela empêcherait les agresseurs de pouvoir également se procurer de tels sprays.
Eclairage public et changement de comportement
Rob Beenders souligne que la légalisation potentielle n'est qu'une partie d'une approche plus large. Par exemple, les villes et les communes devraient également être consultées sur l'amélioration de l'éclairage public. "Lorsque la crise énergétique a éclaté, les communes ont éteint l'éclairage. Pourquoi ne débattons-nous pas de son rétablissement ? Et pourquoi pas d'un éclairage supplémentaire pour les places et les rues ? De nombreux bourgmestres sont des hommes. Je vais visiter tous les centres-villes, participer au débat et demander que l'éclairage soit rallumé", déclare Beenders.
Il estime également qu'un changement de comportement chez les jeunes hommes est essentiel. Me Van Eeckhaut (photo), avocate pénaliste, partage cet avis. "Je pense que ces initiatives concrètes sont déjà très efficaces, car elles peuvent être mises en œuvre rapidement. Mais il s'agit aussi d'éducation et de conviction que les sexes sont égaux".
Les réseaux sociaux jouent également un rôle, estime Nina Van Eeckhaut. De nombreux adolescents sont régulièrement confrontés à des propos misogynes de la part de certains influenceurs connus. "Nous devons donc également nous concentrer sur l’éducation aux médias", concluait l’avocate.
