L’association bruxelloise d’accueil aux sans-abri Samusocial alerte ce mardi, par voie de communiqué, qu’elle se voit forcée de refuser l'accueil à des femmes victimes de violences conjugales avec enfants, ainsi qu’à des mères, par manque de place dans ses locaux. L’organisation a déjà dû refuser quelque 400 familles et met en garde contre la politique d’asile du gouvernement fédéral qui devient de plus en plus stricte. La ministre de l’Asile et la Migration, Anneleen Van Bossuyt, défend cette politique : "Les organisations humanitaires donnent-elles une information correcte aux candidats ?".
Le Samusocial de Bruxelles contraint de refuser l'accueil à des mères et des femmes victimes de violences conjugales
Refuser les femmes est hors de question : tel a toujours été le mantra du Samusocial. L’association bruxelloise d’aide aux sans-abri essaie de garantir une priorité aux femmes victimes de violences conjugales, en leur gardant des places d’urgence disponibles, mais s'est dernièrement retrouvé contrainte de leur refuser l'accueil. "Aujourd'hui, faute de moyens et face à l'ampleur des besoins, nous ne sommes plus en mesure de protéger ce public prioritaire", a expliqué Pierre Hublet, directeur opérationnel.
L'association a également constaté une augmentation du nombre de demandes pour des places d'hébergement d'urgence pour des familles depuis l'entrée en vigueur, début août, de la loi fédérale relative au retrait de l'aide matérielle pour certains demandeurs et demandeuses de protection internationale. Le Samusocial affirme que "depuis cette date, nous avons dû refuser l'accueil à près de 400 familles, soit environ 1.500 personnes."
"Chaque jour, nous devons choisir quelle famille accueillir et laquelle laisser dehors", a témoigné Aude Khalfouni, responsable du centre d'accueil d'urgence pour familles à Schaerbeek. "La semaine dernière, nous avons dû demander à un couple avec leur petite fille de 18 mois de quitter le centre. Cela nous a permis d'héberger une autre famille avec trois enfants de 3, 5 et 7 ans, qui vivait à la rue depuis plusieurs jours. Toutes ces familles sont vulnérables, ce sont des arbitrages inhumains pour nos équipes."
La nouvelle directrice générale du Samusocial, Sarah de Liamchine, en poste depuis le 1er septembre dernier, a alerté les autorités sur la situation. "Nous sommes en discussion avec les pouvoirs subsidiant afin d'augmenter notre capacité d'accueil pour les familles. Nous attendons des réponses budgétaires dans les prochains jours du gouvernement bruxellois, en affaires courantes".
Une politique plus sévère
L'association humanitaire redoute également une recrudescence du nombre d'hommes, de femmes et aussi de familles avec enfants contraints de dormir dehors, alors que l'hiver approche. La moitié des 1.500 personnes refusées depuis août ont indiqué n’avoir encore jamais dormi au Samusocial. "Ce qui prouve que les mesures d’accueil plus sévères poussent un nouveau groupe de personnes vulnérables vers l’incertitude existentielle, en particulier les familles", précise Pierre Hublet.
Le gouvernement fédéral a choisi de mettre en œuvre "la politique d'asile la plus stricte jamais vue", espérant ainsi réduire l'afflux de demandeurs d'asile. En raison des coupes budgétaires dans le réseau d'accueil de Fedasil et de la suppression de la prime aux initiatives locales d'accueil (ILA), une augmentation du nombre de sans-abri dans les rues de Bruxelles est à craindre. Or, les demandeurs d'asile sans domicile fixe sont des cibles faciles pour les réseaux de trafiquants de drogue.
Dans un communiqué, la ministre Anneleen Van Bossuyt (photo) a déclaré que les personnes qui se retrouvent aujourd'hui à la rue en raison des nouvelles mesures d'asile ont fait un choix conscient. "Elles ont choisi de poursuivre leur route vers la Belgique, alors qu'elles bénéficiaient déjà d'une protection ailleurs en Europe ou que leur demande d'asile avait été rejetée".
La ministre à la Migration souligne que chacune de ces familles avec enfants ou demandeurs d'asile vivant à la rue "peut choisir de retourner volontairement dans son pays d'origine ou dans le pays dont elle est à charge. Dans ce cas, elles ne devraient pas s'adresser au Samusocial ni rester à la rue". Anneleen Van Bossuyt déclare également attendre des organisations humanitaires qu'elles "informent honnêtement ces personnes qu'elles n'ont aucun avenir en Belgique et qu'elles devront rentrer. Font-elles réellement passer ce message ?".

