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De Rode Rupel, autrefois (photo) et aujourd'hui (à l'arrière-plan)

Tourisme disparu : retour à la colonie de vacances "De rode Rupel" à Coxyde

Entre 1957 et 1985, les enfants de la région de la Rupel (province anversoise) ont pu passer leurs vacances au "Rode Rupel", l'une des nombreuses colonies de vacances de la Côte belge. La plupart des homes, maisons et colonies de vacances ont aujourd’hui disparu, mais les histoires qu’ils évoquent demeurent. La région de la Rupel - une rivière navigable formée par la Dyle et la Nèthe à Rumst, qui parcourt 12 kilomètres en province anversoise jusqu’à son confluent avec l’Escaut - se souvient encore de la colonie baptisée "Rupel rouge".

Anne François Joris Vergeyle
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L’émission De Ochtend de Radio 1 (VRT) proposait cet été une série intitulée 'Verdwenen toerisme' (Tourisme disparu). Elle évoquait ainsi notamment la localité balnéaire de Coxyde (Flandre occidentale), où les jeunes de la région de la Rupel ont pu passer de nombreuses vacances dans la colonie 'De rode Rupel'.

A Coxyde, plus aucun panneau n’indique aujourd’hui le chemin vers la colonie de vacances "De rode Rupel". Le bâtiment qui s’y trouve encore est connu comme centre de rencontre Noordduinen. On y trouve néanmoins encore beaucoup de traces de son passé socialiste, comme le constate Francy Van der Wildt, ancienne sénatrice et ex-bourgmestre de Rumst, l’une des communes de la région de la Rupel. Pour la première fois depuis 40 ans, elle est retournée cet été à la colonie de vacances dont elle a conservé tant de souvenirs.

Van der Wildt a même passé des vacances au "Rode Rupel" dès 1956, l’année officielle de son ouverture. Elle avait alors 6 ans. Plus tard elle y fut monitrice, avant d’assurer la gestion des lieux entre 1972 et 1982.

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Les images d’archives de l’ouverture officielle de la colonie 'De Rode Rupel' en 1957

La naissance des colonies de vacances

Au début du 20e siècle, tant le gouvernement que les syndicats voulaient apprendre aux travailleurs à partir en vacances. Ils reçurent des jours de congé et un pécule de vacances, puis les "congés payés" furent instaurés en 1936.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le tourisme social fut développé, pour permettre au plus grand nombre de citoyens de bénéficier de vacances, même sans grands moyens financiers. Un travailleur reposé travaille mieux, soulignait-on.

Avec l'aide du gouvernement belge, divers mouvements ouvriers et caisses d'assurance maladie construisirent des lieux de vacances en bord de mer, destinés avant tout aux enfants. L'air marin était censé profiter à leur santé. Des dizaines de maisons de vacances et de colonies apparurent alors au littoral, de La Panne à Knokke-Heist.

De l’argile de Boom sur le sol de Flandre occidentale

'De rode Rupel' fut érigé dans les années 1950 par l’association des Œuvres de vacances socialistes de la région de la Rupel, liée à la mutualité socialiste. Des travailleurs de la région de la Rupel furent engagés pour construire leur propre résidence balnéaire en briques de Boom, un projet prestigieux. La colonie de vacances fut érigée sur une dune, équipée aussi d’une aire de jeux et d’un terrain de sport. Plus tard, une piscine a été ajoutée, à côté du complexe.

"L'aménagement extérieur est resté plus ou moins semblable", observait Francy Van der Wildt. "Deux grandes ailes latérales, puis la nef centrale où se trouvaient tous les équipements collectifs. Mais il n'y avait presque pas d’autres bâtiments ici - la situation a radicalement changé. À l'époque, nous étions entourés de dunes". 

Quinze jours au bord de la mer pour ces enfants de la région de la Rupel aux cheminées fumantes et à l'air pollué

Francy Van der Wildt, ancienne bourgmestre de Rumst

Les enfants âgés de 6 à 14 ans originaires des communes de Boom, Rumst, Terhagen, Niel, Hemiksem et Schelle (province d’Anvers) purent dès 1956 passer deux semaines de vacances au Rode Rupel. "C’était une époque formidable", se souvient Francy Van der Wildt. "Il n’y avait d’ailleurs rien d’autre. Arrivés de la région de la Rupel aux cheminées fumantes et l’air pollué, les enfants venaient y passer 15 jours. Des générations entières ont vécu cette expérience".

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Un reportage sur "Kindervreugd" à Saint-Idesbald en 1964, l'un des autres lieux de vacances de la Côte

La santé avant tout

L’idée était d’offrir de l’air marin aux enfants qui grandissaient dans une région polluée. Leur santé passait avant tout, et cela était contrôlé de près. "On examinait les enfants, on les pesait et les mesurait avant qu’ils ne quittent leur ville. Et le dernier jour des vacances ici, on les pesait à nouveau", se souvient Van der Wildt. "L'Agence nationale de protection de l'enfance (NWK), aujourd'hui connue sous le nom de Kind en Gezin, voulait savoir si nous avions pris du poids. Elle tenait des statistiques à ce sujet". 

"Il y avait aussi la sieste obligatoire, imposée par la NWK. Après le déjeuner, les enfants devaient se reposer une heure. Se reposer signifiait même essayer de dormir. Ne pas dire un mot, pendant une heure, les yeux fermés. C'était une torture pour les enfants. Beaucoup étaient punis pour ne pas avoir respecté les consignes. C'était vraiment très sévère". 

Des souvenirs à gogo

L’hygiène était aussi sévèrement contrôlée, notamment le brossage des dents. "Vers 20h, tout le monde devait être au lit et des bénévoles - que nous appelions "les moekes of de bobons" - venaient nous donner à chacun un petit bonbon", se souvient Van der Wildt en riant. "Il a fallu des années pour faire comprendre à ces "mamans" bénévoles qu’il ne fallait pas distribuer de bonbons après le brossage des dents. Elles tenaient tant à adoucir le mal du pays des enfants avec une friandise".

"C’est aussi dans les dortoirs que le courrier était distribué. Il y avait des enfants qui recevaient des montagnes de courrier, et d’autres qui ne recevaient jamais rien. J'ai constaté ici des contrastes saisissants. Certains enfants étaient presque nus. Les bénévoles se rendaient alors au marché pour leur acheter une chemise ou un pantalon".

Les moniteurs emmenaient également les plus de 200 enfants à la plage pour une baignade collective. "Les moniteurs devaient former un carré avec des cordes, puis entrer dans l'eau, tandis que les enfants devaient rester dans le carré. On prenait des risques à l'époque", admet Van der Wildt. C'était une autre époque.

Deux images du même endroit, à 60 ans d’intervalle

La fin d'une époque

De Rode Rupel perdit progressivement de sa popularité, si bien que l’endroit fut plus tard ouvert aussi à des enfants qui ne venaient pas de la région de la Rupel. Et à des personnes pensionnées, bien que l’endroit ne s’y prêtait pas du tout au début puisqu’il n’y avait que de grands dortoirs.

"Autrefois, nous avions des listes d’attente", se souvient Francy Van der Wildt. "Il s’agissait de presque 1.000 enfants chaque été. Il n’y avait rien d’autre à l’époque. Les choses ont commencé à changer en 1976, notamment en raison d’une baisse des taux de natalité, mais aussi parce que les parents partaient eux-mêmes en vacances avec leurs enfants".

En raison de l'évolution des habitudes de vacances, les colonies sont devenues moins populaires et les voyages collectifs beaucoup moins courants. "Cette idée de communauté n'était plus nécessaire pour les enfants. Mais les colonies de vacances ont certainement eu une utilité pendant toutes ces années". 

L'organisation a tenté de réagir en raccourcissant les séjours de vacances et en organisant davantage de camps à thème, mais en vain. En 1985, "De Rode Rupel" devait cesser ses activités.

L’inscription 'De Rode Rupel’ a disparu de la façade, le bâtiment abrite maintenant diverses associations.

Nouvelle vocation

La commune de Coxyde a racheté le bâtiment et y a regroupé diverses organisations, allant des Alcooliques Anonymes à un club de voitures anciennes, en passant par la Croix-Rouge. L'académie des arts, la fanfare et un magasin social y ont également trouvé abris. Le nom a été changé, pour devenir Centre de rencontre Noordduinen.

"Le bâtiment a trouvé une belle nouvelle vocation, notamment avec le magasin social. On ne pouvait pas rêver mieux. C'est une histoire positive", estime Francy Van der Wildt. Elle est surtout heureuse que le bâtiment existe toujours.

"Des amitiés durables se sont nouées ici. L'amour est né ici. Des enfants sont nés ici, pour ainsi dire. Des enfants qui sont ensuite revenus. Mais à un moment donné, d'autres priorités apparaissent, tant pour les parents que pour les enfants. On ne peut pas perpétuer cela de façon artificielle. Mais pour nous, cet endroit restera toujours De Rode Rupel".

Les Alcooliques Anonymes se sont installés dans le bâtiment

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