La restauration du retable monumental de Pierre Paul Rubens, l'un des chefs-d'œuvre de la collection du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA ), a pris fin après deux ans de travaux. Elle s'est déroulée au sein de la salle des toiles de Rubens même, dans le "Studio Rubens" spécialement aménagé pour l'occasion, où les visiteurs ont pu suivre l'intégralité du processus en direct. Le déménagement de ces 350 kilos d’art inestimable vers une place d’exposition d’honneur a été spectaculaire.
Restaurée, la "Madone trônant parmi les saints" de Rubens a repris sa place au Musée des Beaux-Arts d'Anvers
Le retable monumental, peint en 1628 pour le maître-autel de l'église des Augustins d'Anvers, est un exemple marquant de la Contre-Réforme. La restauration a révélé les couleurs et les détails d'origine de la toile vieille de 400 ans, notamment grâce à l'enlèvement d'une couche de vernis jaunie.
L'utilisation de techniques modernes comme le macro-scanner XRF a également révélé l'existence de sous-couches, ainsi que des modifications apportées par Rubens et son atelier.
"Pour ce projet, nous avons également eu l'occasion de rassembler les nombreuses études préliminaires de cette œuvre", explique Koen Bulckens. "Nous les avons numérisées avec l'aide de l'Université d'Anvers. Cela nous a permis d'en apprendre davantage sur l'atelier de Rubens".
"Une composition comme la "Madone en trône" nécessite une préparation minutieuse. Rubens a réalisé d’abord des esquisses à l'huile de petite taille. Nous avons la chance d'avoir conservé une quantité considérable de documents pour ce retable".
La numérisation des différentes études préliminaires et leur comparaison avec les scans du tableau final ont révélé plusieurs éléments surprenants. "Deux études à l'huile différentes de ce retable ont été conservées : une version antérieure et une version ultérieure", explique Bulckens. "Nous supposons que Rubens n'était pas satisfait de la première version et a donc entrepris une seconde. Mais ces scans nous indiquent maintenant que sous la seconde version se cache une sorte d'esquisse de la première".
"Rubens a d'abord transféré la première version sur le nouveau panneau, puis a commencé à la retravailler. Nous avons maintenant observé ce même principe dans plusieurs études, ce qui est nouveau et surprenant pour les chercheurs".
Le Studio Rubens ne sera pas démonté
L'achèvement de cette restauration ne signe par ailleurs pas la fin du "Studio Rubens". Le KMSKA va en effet entamer dans la foulée une nouvelle restauration : celle de "l'Adoration des mages", une autre œuvre monumentale de Pierre Paul Rubens 1577-1640.
Si tout se déroule comme prévu, le chef-d'œuvre sera prêt pour l'Année Rubens en 2027, qui marquera le 450e anniversaire de la naissance du peintre et diplomate de renommée mondiale.

