Il manque plus de 3.700 enseignants à temps plein, dans l’enseignement flamand. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude du département de l’Enseignement en Communauté flamande. La pénurie est particulièrement criante à Bruxelles et dans l’arrondissement Hal-Vilvorde. La ministre compétente, Zuhal Demir (N-VA), explique ce manque notamment par la "nouvelle" répartition des tâches des enseignants, instaurée par son prédécesseur Ben Weyts (N-VA). "Les enseignants doivent faire ce qu’ils savent le mieux faire : enseigner", affirme Zuhal Demir.
Ce n’est pas une surprise : la pénurie d’enseignants reste importante, en Communauté flamande. Grâce à la nouvelle étude du département de l’Enseignement, on connaît désormais le nombre exact d’enseignants manquants : plus de 3.700 équivalents temps plein.
Selon la ministre Zuhal Demir (N-VA), la situation est "précaire" surtout dans les grandes villes. À Bruxelles, environ 10 % du corps enseignant fait défaut dans le primaire, et un peu plus de 7 % dans le secondaire. L’arrondissement Hal-Vilvorde, lui aussi, est loin de pouvoir pourvoir toutes ses vacances. Dans l’enseignement primaire, il manque encore 180 instituteurs à temps plein, et dans le secondaire 161 professeurs.
Anvers et Gand complètent le top 4, avec là aussi environ 4 % de leur équipe qui fait défaut.
Maggy Vankeerberghen, directrice coordinatrice du groupe scolaire UNIK, situé dans la région de Hal-Vilvorde, en pénurie, n’est pas surprise par ces chiffres. "Chaque année, il est très difficile de trouver des collègues. Nous faisons face au même contexte difficile qu’à Bruxelles, car chaque année, il y a moins d’élèves néerlandophones qui commencent leur scolarité. Même dans le secondaire, nous avons des élèves qui ne comprennent pas la langue de l'enseignant."
À l’heure actuelle, elle cherche encore 15 enseignants pour la rentrée scolaire, qui commence dans une semaine. "Pour les cours philosophiques et pour les matières théoriques de l’enseignement professionnel, les postes restent vacants. Et le français figure aussi en haut de la liste."
115.000 heures à des tâches autres que l'enseignement
Pour la ministre Zuhal Demir, la principale raison de la pénurie réside dans l’organisation même du métier d'enseignant.
"Trop souvent, les enseignants ne se trouvent pas devant leur classe. Pendant les heures de cours, ils sont occupés à d’autres activités, qui pourraient souvent être prises en charge par d’autres membres du personnel."
Ce constat est chiffré : les enseignants consacrent plus de 115.000 heures de cours à des tâches autres que l’enseignement.
Dans l’enseignement primaire, ce temps est principalement absorbé par des "missions de soutien essentielles à l’enseignant", ce qui signifie en pratique : préparer les leçons et corriger devoirs et tests. L’accompagnement des débuts de carrière prend également une part de ce temps : un enseignant plus expérimenté encadre un collègue en début de carrière.
Les enseignants du secondaire voient leurs heures de cours se détourner vers des "tâches pédagogiques particulières". Il s’agit par exemple de formations complémentaires et de journées pédagogiques, mais aussi de l’informatique, de l’ouverture de la bibliothèque scolaire ou de la préparation des sorties scolaires.
"Beaucoup de ces soutiens sont utiles et facilitent le quotidien des enseignants. Cela les incite à rester plus longtemps dans le métier et contribue donc, à long terme, à atténuer la pénurie d’enseignants", explique Zuhal Demir. "Il s’agit, pour être clair, de tâches qui doivent rester dans l’environnement scolaire, mais il est important de débattre : quelles activités servent la mission principale de l’enseignant et lesquelles ne le font pas ?"
Pour Zuhal Demir, c’est clair : un enseignant doit enseigner, car c’est ce qu’il fait le mieux et ce qu’il préfère.
Il faut un encadrement intermédiaire solide
La directrice Maggy Vankeerberghen partage les critiques de Zuhal Demir, mais plaide pour un encadrement intermédiaire clair et solide pour les autres tâches actuellement confiées aux enseignants. Pour l’instant, il n’existe pas.
Pour absorber ces tâches supplémentaires, les écoles créent elles-mêmes des heures et des fonctions, au détriment des heures de cours. Elle cite l’exemple de la fonction de conseiller pédagogique : "Tout parent sait qu’il y a un conseiller pédagogique dans l’école, mais cette fonction a en réalité été créée par les écoles elles-mêmes. Un enseignant formé et spécialisé dans ce domaine est alors affecté à cette fonction."
En ce qui concerne l’enseignement, Vankeerberghen souligne le nombre d’heures de cours qui a diminué ces dernières années. "Autrefois, les enseignants avaient beaucoup plus d’heures de cours. Année après année, elles ont été réduites, alors que beaucoup d’autres tâches essentielles sont apparues et ne sont pas reconnues."
C’est sur ce paquet de tâches essentielles que la ministre souhaite intervenir dans les prochains mois, dans le cadre du dialogue social, afin de rendre le métier d’enseignant à nouveau attractif.
"Nous pouvons continuer à dire qu’il faut résoudre la pénurie d’enseignants, mais il faut aussi agir. Ce sera un travail de longue haleine, car la réforme doit être en profondeur pour que les enseignants puissent se tenir devant leur classe et y rester", conclut Demir.
