Aller au contenu principal
Le champ spécialement dédié à la culture du soja à Merelbeke-Melle

Aurons-nous bientôt autant de soja que de maïs dans les champs de Flandre ?

Les champs de soja se multiplieront dans un avenir proche en Flandre, si l’on en croit un projet pilote qui est mené actuellement à grande échelle à Merelbeke-Melle (photo), en Flandre orientale. L'Institut flamand de biotechnologie (VIB), l'Institut de recherche agricole, halieutique et alimentaire (ILVO) et l'Université de Gand y effectuent même le plus grand essai de culture du soja jamais réalisé en Flandre. Sur un champ d'essai, 320 variétés différentes de soja sont cultivées côte à côte, chacune en association avec des bactéries locales du sol favorisant le développement racinaire et l'absorption d'azote. Objectif : faire du soja une culture rentable et durable en Flandre. Actuellement, il est surtout importé de pays comme l'Amérique latine et les États-Unis. Le principal avantage est que la plante est riche en protéines et n'a pas besoin d'engrais, puisqu’elle absorbe l'azote de l'air.

Anne François Michael Torfs
Publié:

Les 320 variétés différentes de soja cultivées actuellement sur le champ d’essai de Merelbeke-Melle s’étendent presque à perte de vue. Sous des tentes, les collaborateurs du projet porté par le VIB, l’ILVO et l’Université de Gand examinent patiemment, plante par plante, les racines et retirent les nodules qui y sont accrochés.

Ces nodules, ou tubercules racinaires, contiennent des bactéries. Ils sont soigneusement rangés dans des plateaux en plastique, pour chaque plante, afin que les données puissent être scannées ultérieurement par ordinateur.

Compter les nodules des racines

Plus il y a de nodules et plus ils sont gros, mieux c'est, car grâce aux bactéries qu’ils contiennent l'azote de l'air peut être fixé et donc transformé en nutriments pour la plante. L’étude menée par l'Institut de recherche agricole, halieutique et alimentaire (ILVO) en collaboration avec l'Institut flamand de biotechnologie (VIB) vise donc avant tout à trouver la meilleure manière de cultiver le soja en Flandre.

Pareille culture est certainement possible et se développera rapidement, indiquent les scientifiques. Leurs recherches sur le terrain permettent d'affiner la symbiose optimale entre certaines souches bactériennes et les plants de soja. Plus la symbiose est bonne, plus la teneur en protéines est élevée et plus la plante devient intéressante du point de vue commercial pour les agriculteurs.

Une plante tropicale en Flandre, c’est possible ?

Joris Relaes, administrateur-général de l’ILVO, compare avec la culture du maïs : "C’est aussi une plante tropicale. Il y a 40 ou 50 ans, on la trouvait à peine dans notre pays. A l’époque, la Flandre était la région la plus nordique où l’on cultivait le maïs, mais entretemps elle s’est déplacée vers les Pays-Bas et même le Danemark. On y cultive maintenant beaucoup de maïs".

"Comment expliquer ce phénomène ? Nous sommes en permanence allés à la recherche de variétés qui sont adaptées à notre climat. Avec le soja, nous allons vivre la même évolution", estime Joris Relaes. "Nous unissons nos forces pour chercher les variétés de soja qui sont adaptées à notre climat local et à nos sols. Je m’attends à ce qu’il y ait, à terme, autant de soja que de maïs qui pousse en Flandre. Sans doute pas encore l’an prochain, mais cela va arriver".

Aucune fertilisation supplémentaire n'est nécessaire

La culture du soja présente un certain nombre d’avantages. Pour commencer, elle n’a besoin d’aucune fertilisation supplémentaire avec des engrais artificiels ou du fumier animal, ce qui évite la pollution azotée du sol.

En outre, le soja a la propriété particulière de pouvoir récolter l’azote de l’air pour son alimentation, grâce à la collaboration de bactéries présentes dans ses racines. Pour rappel, l’air que nous respirons est composé d’environ 80% d’azote gazeux.

Moins d'importation, donc moins de dépendance

En cultivant davantage de soja en Flandre, nous devrons en importer moins, essentiellement des États-Unis et d’Amérique latine actuellement. Ce qui nous donnera une indépendance alimentaire accrue, intéressante notamment lors de tensions géopolitiques. En Amérique du Sud, la forêt amazonienne est en outre détruite pour la culture du soja, ce qui nuit à la biodiversité et représente une mauvaise nouvelle pour le climat.

"L'Europe souffre d'une pénurie sévère de protéines végétales. Nous en importons actuellement beaucoup, mais nous devrions essayer de devenir plus autosuffisants. Nous y travaillons actuellement", explique Relaes. "Les engrais chimiques sont également fréquemment importés. Nous pourrions également en devenir moins dépendants".

La plante de soja supporte assez bien la sécheresse et les chaleurs. Elle est donc assez robuste du point de vue climatique. Quels en sont les désavantages ? Elle est sensible au gel et au début de sa croissance elle peut être endommagée par les oiseaux.

Nous nous efforçons d'obtenir le pourcentage de protéines le plus élevé possible

Niel Verbrigghe, chercheur à l’ILVO

La Flandre souhaite investir massivement dans le soja, utilisable dans les produits alimentaires. Mais pour cela, sa teneur en protéines doit être suffisamment élevée, à savoir au moins 42 %.

"Nous essayons d’ennoblir des variétés", explique Niel Verbrigghe, chercheur à l'Institut de recherche agricole. "Nous visons le pourcentage le plus élevé possible pour la consommation humaine. Pensez au tofu, aux substituts de viande, au lait de soja, notamment. Avec le soja que nous avons ici, nous sommes bien au-dessus de ce pourcentage. Le soja, comme le maïs, pourrait devenir une culture à forte croissance. Il a certainement du potentiel."

Pour cette recherche sur le soja, l’ILVO el le VIB collaborent (Joris Relaes à gauche, avec Jérome Van Biervliet). Les deux instituts ont signé cette semaine un accord pour de nouveaux projets en agro-biotechnologie.

Assurer une bonne récolte

Le projet de développement de la culture du soja en Flandre est donc déjà bien avancé. Pour qu’il soit une réussite, il faut cependant que l'industrie soit impliquée et que les agriculteurs y soient suffisamment intéressés. Le lien entre les agriculteurs et les grands transformateurs fait encore défaut, mais c'est peut-être l'histoire de l'œuf et de la poule.

Les agriculteurs observent le rendement et le marché. "Nous atteignons les 40 % requis, mais il faut y parvenir saison après saison", explique Jérôme Van Biervliet, directeur général du VIB. "Pouvons-nous garantir cela en permanence? Et comment améliorer la régularité ? Le changement climatique entraîne des fluctuations importantes. Sec, chaud, froid, humide : c'est un véritable défi pour les plantes. Les recherches se poursuivent dans ce domaine, pour garantir l’adoption du soja par les agriculteurs".

"Les protéines de haute qualité du soja représentent un bon substitut pour les protéines animales, leurs acides aminés sont similaires. En ce sens, le soja est un ingrédient important dans l'alimentation humaine. Mais il peut également être important pour l'alimentation animale", conclut Jérôme Van Biervliet.

Récolte de soja

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5