Près d'une soixantaine de studios, développeurs et professionnels belges sont présents depuis mercredi à Cologne, en Allemagne, pour la Gamescom, le plus grand salon européen consacré au jeu vidéo. Il refermera ses portes dimanche. L'objectif des participants belges est de se distinguer dans la foule de nouveaux jeux vidéo qui essayent de se faire une place dans un secteur en crise après l’épidémie de Covid. Le ton reste toutefois optimiste en Belgique, grâce à un essor tardif qui permet aujourd'hui aux jeunes d'être mieux formés à l'écosystème vidéoludique. En Flandre, le nombre de sociétés de jeux vidéo est passé l’an dernier de 113 à 128 (+12%). Le nombre d’emplois générés a augmenté d’environ 20%. Le secteur flamand du jeu vidéo réalise un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros.
Au salon Gamescom de Cologne, la Belgique veut tirer son épingle du jeu vidéo
Pour la première fois, la Belgique présente deux stands séparés à l'événement allemand : l'un pour la Wallonie, le second pour la Flandre et la Région bruxelloise. Une trentaine de studios, développeurs et organisations sont présents de part et d'autre (30 wallons, 28 flamands et 4 bruxellois) pour dévoiler les jeunes talents belges. C’est un record. Des espaces de présentation et de co-working sont notamment prévus. Côté wallon, une dizaine de jeux en cours de développement sont présentés, depuis les projets portés par des étudiants aux studios bien établis qui arrivent dans la finalisation de leur œuvre. Cette séparation s'explique par "un souci d'efficacité", selon Jean Gréban, coordinateur de Walga, la fédération wallonne du secteur.
"La Flandre dispose de plus gros studios, alors qu'en Wallonie, ce sont beaucoup de start-ups ou de projets étudiants. L'objectif au sud du pays est avant tout de créer de la visibilité, d'améliorer les compétences des développeurs et de créer des contacts avec d'autres marchés, comme au Brésil ou en Asie", explique-t-il.
Tester un jeu vidéo auprès des professionnels et des influenceurs, nouer des contacts grâce à un événement autour de bières belges, mettre en avant les jeunes talents belges émergeant des études qui foisonnent - on est passé de 150 à 1.000 étudiants dans le secteur du jeu vidéo en Wallonie en cinq ans - : les objectifs sont divers dans les couloirs de la Gamescom. Il est en tout cas de moins en moins question de trouver un éditeur pour la diffusion des jeux.
"Il est de plus en plus difficile d'avoir un éditeur grâce à la Gamescom en raison de la crise actuelle. Tous les fonds d'investissement ont cru que le jeu vidéo allait être l'Eldorado après le confinement. Il n'en a rien été et cela a mené aux nombreux licenciements actuels", indique Jean Gréban. "Nous accompagnons ainsi de plus en plus de studios vers l'auto-édition, même si cela demande de nouvelles compétences de marketing."
"La Gamescom est une belle opportunité pour trouver de nouveaux partenaires pour mettre en place des échanges pouvant amener à des co-productions entre hubs créatifs", ajoute Guillaume Bouckaert, en charge de games.brussels, la fédération bruxelloise du jeu vidéo. "Pour nos développeurs et studios, la Gamescom est LE moment où ils peuvent rencontrer un éditeur, qui apportera un soutien financier pour la réalisation des projets qu'ils ont pré-produit."
Soutien politique en Flandre
L'événement est également l'occasion de rappeler l'importance du soutien politique pour le jeu vidéo. "Les aides publiques de relance post-Covid nous ont permis de doubler le nombre de studios et d'emplois", indique Jean Gréban. "Les nouveaux gouvernements en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles parlent du jeu vidéo dans la DPR et la DPC, mais nous n'avons pas de perspective concrète quant à un nouveau soutien à la rentrée. Nous avons envie de faire passer le message à la Gamescom qu'il est nécessaire de poursuivre les efforts", ajoute-t-il.
La seule visite politique prévue du côté belge aura été celle de la ministre flamande des médias Cieltje Van Achter, mercredi, qui a confirmé son souhait de continuer à investir dans le jeu vidéo. "Le secteur flamand du jeu vidéo démontre que créativité, entrepreneuriat et technologie vont de pair. Alors que les entreprises du monde entier réduisent leurs effectifs, la Flandre poursuit sa croissance grâce à la création d'emplois, une plus grande reconnaissance internationale et une forte présence sur des salons comme la Gamescom", soulignait Cieltje Van Achter (vidéo). "Nous devons maintenir cette avance en continuant d'investir dans les talents, l'innovation et un climat d'affaires favorable. C'est ainsi que la Flandre peut devenir une Région de premier plan pour le jeu vidéo à l'échelle mondiale".
La fédération flamande, Flega, s'est ainsi félicitée en 2024 d'une augmentation de 20% de son chiffre d'affaires sur base annuelle, grimpant à 70 millions d'euros, et une croissance du nombre d'entreprises actives dans le secteur de 113 à 128. On en comptait respectivement 23 et 27 à Bruxelles et en Wallonie en 2023. Bien que la Gamescom soit ouverte au public de jeudi à dimanche, peu de studios belges se présenteront toutefois à l'ensemble des joueurs, privilégiant avant tout le salon professionnel, qui ouvrait ses portes dès mercredi.

