Le ministre fédéral du Climat et de la Transition Environnementale, Jean-Luc Crucke, participe ce jeudi à la conférence internationale sur la pollution plastique en Suisse. "Cette rencontre constitue une étape clé dans les négociations d'un futur traité mondial, juridiquement contraignant, visant à mettre fin à la pollution plastique tout au long de son cycle de vie"", indiquait son cabinet mercredi. Mais à Genève, les pourparlers ont volé en éclats à trente heures de la fin prévue des négociations, la plupart des pays ayant rejeté une tentative maladroite de synthèse de la présidence.
Le ministre du Climat Crucke est à Genève pour un traité mondial contre la pollution plastique, mais les négociations s'enlisent
"Nous ne pouvons pas laisser la crise du plastique s'aggraver. Sans action, la production mondiale aura triplé d'ici 2060, alors que moins de 10% des déchets plastiques sont actuellement recyclés. Ces négociations sont l'occasion de montrer que le multilatéralisme fonctionne, même dans un contexte géopolitique difficile", soulignait mercredi le ministre Jean-Luc Crucke.
Concrètement, la Belgique soutient la position commune de l'Union Européenne. Elle défend ainsi la limitation de la production de plastiques et la promotion de la réutilisation et du recyclage, l'interdiction des produits plastiques problématiques et des substances chimiques dangereuses ainsi qu'un mécanisme financier robuste, conforme au principe du pollueur-payeur, impliquant toutes les parties, y compris les acteurs économiques responsables.
La Belgique plaide également pour l'inclusion des microplastiques dans le traité, avec des mesures contraignantes visant les sources primaires et secondaires (textile, engins de pêche, peintures, ...). La priorité de la Belgique est de parvenir à un accord solide et opérationnel au terme de cette session. "Nous n'avons plus de temps à perdre. Chaque jour, des millions de tonnes de plastique pénètrent dans nos océans, nos rivières et nos sols et ce sujet représente un enjeu de santé publique mondial. Genève doit être le moment où le monde choisit une réponse commune et contraignante", concluait Jean-Luc Crucke.
Discussions difficiles à Genève
Mais à Genève, les pourparlers pour élaborer le premier traité international contre la pollution plastique s’enlisent ce jeudi, la plupart des pays ayant rejeté une tentative maladroite de synthèse de la présidence. Après presque 3 ans de négociations et 9 jours d'intenses discussions au bord du lac Léman, le diplomate qui préside les débats, Luis Vayas Valdivieso, a présenté un texte de synthèse et une procédure assez complexe de consultation pour tenter de surmonter les positions encore très éloignées.
Au lieu de permettre d'avancer, le texte de 31 articles a provoqué la colère ou au moins l'insatisfaction de la majorité des délégués présents dans la salle qui ne l'acceptent pas comme base de négociation. La Colombie, qui veut un texte ambitieux pour lutter contre la pollution plastique, a jugé le document "inacceptable". Le Chili, le Mexique, le Panama, le Canada ainsi que de l'Union européenne, y compris la France, ont emboité le pas au pays sud-américain, ainsi que les petites îles du Pacifique.
Les ONG de protection de l'environnement ont aussi tiré à boulets rouges sur le texte, dénonçant l'absence de référence à toute contrainte sur la production industrielle de plastique vierge. Même les pays pétroliers qui s'opposaient à toutes les demandes de régulation de la production de plastique et aux interdictions de certaines molécules chimiques dangereuses pour l'environnement et la santé, ont indiqué qu'ils n'aimaient pas le texte. Leurs critiques (Arabie Saoudite, Koweit, Bahrain, Qatar..) portent essentiellement sur l'absence de "cadre" et de champs d'action. La Chine, qui est aussi le premier pays producteur mondial de plastique, a pris la parole en séance plénière pour appeler le président à se "concentrer" sur les problèmes les plus importants dans les dernières heures de la négociation "plutôt que d'accroître les divergences".
La délégation belge très critique
Sophie Mirgaux, co-responsable de la délégation belge à Genève, qualifie le texte de mercredi de "en-dessous de toutes les normes". "Nous voulons absolument un traité, mais pas à n'importe quel prix", déclarait-elle au téléphone avec la rédaction de VRT NWS.
Selon elle, l'Onu a parfaitement résumé ce que devrait être un compromis : tout le monde devrait être "également mécontent". Car on ne peut tout simplement pas plaire à tout le monde. Ce n'était pas le cas hier, avec des pays satisfaits et d'autres mécontents.
Sophie Mirgaux estime que la Chine tient peut-être la solution en main. L’immense pays ne fait pas partie de la coalition la plus ambitieuse, mais se montre très constructif à Genève. Certainement plus constructif que les pays qui freinent complètement et qui, semble-t-il, peinent à aborder même l'aspect le moins controversé, à savoir le recyclage et la réutilisation. Cela inclurait par exemple l'obligation de rendre compte tous les deux ans, mais ils refusent apparemment de mettre en œuvre la moindre obligation.
Sophie Mirgaux espère que le texte final permettra au moins de poursuivre ultérieurement les discussions sur certaines questions, comme les substances chimiques contenues dans les plastiques. Quoi qu'il en soit, un texte entièrement nouveau devrait bientôt être débattu à Genève. Peut-être jusqu'au petit matin de vendredi.
