Depuis le 5 juillet, Bruxelles a connu 20 incidents de tirs, faisant deux morts et huit blessés, a indiqué ce mardi le procureur du Roi du parquet de Bruxelles, Julien Moinil, lors d'une conférence de presse aux côtés de responsables policiers. "Je ne veux pas qu'on considère que c'est normal. Dans d'autres villes européennes, cela fait partie du paysage, je ne veux pas que cela arrive à Bruxelles", affirme Moinil. Il souligne que les responsables politiques écoutent ses requêtes mais n’y donnent pas suite. Les moyens financiers supplémentaires se font toujours attendre.
Vingt incidents de tirs à Bruxelles depuis juillet : le procureur du Roi Julien Moinil demande des moyens supplémentaires
Ces derniers jours, plusieurs élus de la capitale déploraient le manque de réponses apportées par les autorités politiques fédérales, régionales et communales aux différents incidents de tir survenus depuis début juillet à Bruxelles et attribués aux trafiquants de drogue. La conférence de presse arrivait donc comme une réponse, même si elle était prévue avant ces différents appels. Un important dispositif de sécurité était mis en place pour qu’elle puisse avoir lieu, étant donné que le procureur du Roi Julien Moinil bénéficie depuis des semaines d’une protection rapprochée (niveau 4 de la menace pour lui) à la suite de menaces émanant des milieux du trafic de stupéfiants.
"Depuis le début de l'année 2025, quelque 6.211 personnes majeures et 874 mineurs ont été déférés au parquet, contre 2.200 sur la même période en 2024, soit près d'un triplement de la réponse pénale" a tenu à préciser le procureur du Roi pour insister sur le travail accompli depuis son arrivée au parquet de Bruxelles. Parmi eux, 1.250 ont été interpellés pour des faits de trafic de stupéfiants. Si certains estiment qu'il s'agit uniquement d'un problème entre narcotrafiquants, le procureur nuance.
Il souligne que n’importe qui à Bruxelles pourrait être touché par une balle égarée. Et d’évoquer un épisode survenu à Molenbeek-Saint-Jean, rue Ransfort, en plein après-midi : "Une maman, accompagnée de sa fille de neuf ans, a reçu une balle dans son pare-brise (photo). C'est pour ces gens-là que nous allons nous battre."
Parmi les faits marquants de l'été, des coups de feu le 7 août sur la place Alphonse Lemmens à Anderlecht ont coûté la vie à un homme. Un assassinat a également eu lieu à Evere le 26 juillet. D'autres tirs ont blessé un individu à Ixelles le 5 juillet, plusieurs à Molenbeek, ou encore visé à deux reprises un café du boulevard du Midi, à Bruxelles.
“Les politiques écoutent, mais je ne reçois pas de moyens accrus"
Le procureur du Roi du parquet de Bruxelles a également exprimé de vives critiques à l’encontre des politiques, à la suite d’une question d’un journaliste. "A certains égards je me sens entendu par les politiques, mais je ne reçois rien, pas de moyens supplémentaires. On m’écoute, mais à part 30 personnes supplémentaires pour la police judiciaire fédérale, je n’ai rien vu venir".
Julien Moinil souligne qu’il n’y a pas de stratégie mise en place pour lutter contre les toxicomanes. Dans certains quartiers vulnérables, comme Bruxelles-Midi ou Bruxelles-Ouest, il n'y a pas de caméras ou celles-ci ne fonctionnent pas. Les grands criminels peuvent simplement poursuivre leurs activités depuis la prison puisqu’ils ont un GSM et la 4G. Le procureur réclame un régime de haute sécurité, précisément pour les empêcher de continuer leurs activités.
"Le chef d'une organisation criminelle est soumis au même régime qu'un voleur. Ce n'est pas normal, n'est-ce pas ?", souligne Moinil. "Mieux encore : les criminels puissants peuvent être libérés plus rapidement qu’un simple voleur qui n’a pas d’adresse fixe".
L’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (NICC) a trop peu de moyens, ce qui entraîne des retards (importants) dans les enquêtes balistiques. 91% des criminels en situation irrégulière dans notre pays sont libérés (de force) par l'Office des étrangers, le personnel de la police judiciaire fédérale n'est toujours pas entièrement constitué, 130 personnes libérées conditionnellement ne sont pas surveillées à Bruxelles, détaille encore Julien Moinil.
"Qu’on ne dise pas que la justice ne fait pas son travail", souligne enfin le procureur. "Depuis janvier, 6.211 adultes ont été déférés devant le parquet et 874 mineurs ont été mis à disposition du tribunal. Mais nous sortons de 20 à 30 ans d’inaction : on ne résout pas cela en six mois. C’est un travail de longue haleine."

