Il n’existe actuellement pas suffisamment de preuves scientifiques que les réseaux sociaux soient mauvais pour la santé mentale. C’est ce qui ressort d’une étude menée par l’Université de Gand (UGent). Les chercheurs ont analysé une quarantaine d’études sur l’usage des réseaux sociaux, et ont également mesuré eux-mêmes les effets.
Santé mentale : une étude de l’université de Gand nuance l’impact des réseaux sociaux
Les chercheurs ont constaté que les résultats des études existantes sont très variés et qu’il n’existe pas de lien de causalité clair entre l’usage des réseaux sociaux et le bien-être mental. "Il y a autant d’études qui rapportent des effets négatifs, positifs que nuls", explique Ernst Koster, professeur de psychologie clinique à l’UGent.
L’équipe de chercheurs de l’UGent, dirigée par Laura Lemahieu, a analysé une quarantaine d’études récentes sur les effets de l’utilisation des réseaux sociaux, en collaboration avec l’Université d’Anvers. Leur travail a été publié dans la revue scientifique Nature Reviews Psychology .
L’étude souligne que de nombreuses recherches se limitent à des périodes très courtes, de quelques jours à une semaine, ce qui est insuffisant pour mesurer des effets à long terme.
"On part trop souvent du principe que les réseaux sociaux ont uniquement un effet négatif sur le bien-être des jeunes, alors que cet impact est généralement très limité voire absent", précise Ernst Koster. "C’est pourquoi nous avons formulé des recommandations pour améliorer la qualité des recherches futures. »
Par ailleurs, les études manquent souvent de précision sur ce que recouvre exactement le terme "usage des réseaux sociaux".
"Il est souvent flou quels plateformes, appareils, fonctions, interactions ou contenus sont étudiés, et comment cela est mesuré", ajoute Ernst Koster.
Aucun effet clair non plus dans la propre étude de l’UGent
Les chercheurs de l’UGent ont également mené leur propre étude, dans laquelle l’utilisation des réseaux sociaux était limitée pour un groupe, tandis que l’autre groupe continuait normalement. Après un mois, ils n’ont constaté ni impact négatif ni impact positif marqué.
"Il y avait à peine de différences entre les groupes : ils ne dormaient pas mieux, ils ne se sentaient pas mieux", explique Ernst Koster. Les chercheurs eux-mêmes ont été surpris par ces résultats. "Nous savions déjà, d’après les études précédentes, que ces liens n’étaient pas très forts."
"Pourtant, nous pensions qu’il y aurait quand même des effets, comme une amélioration du sommeil ou de l’image de soi, qui pourrait ensuite influencer des symptômes psychologiques comme l’anxiété ou la dépression. Mais cela n’a pas du tout été le cas."
Des effets possibles à l’échelle individuelle
"Dire que les réseaux sociaux sont la principale cause des troubles psychiques chez les jeunes, c’est une affirmation pour laquelle il y a peu de preuves dans les études actuelles, qui se basent souvent sur des groupes, " souligne Koster. "Cela n’exclut pas qu’il puisse y avoir des effets problématiques au niveau individuel."
"Par exemple, si quelqu’un a une image de soi fragile, voir régulièrement des photos de ses amis en vacances peut bien sûr contribuer à ce qu’il se sente mal dans sa peau" ajoute-t-il.
Ce sont justement ces "variables tierces" ou autres influences possibles que les études actuelles prennent trop peu en compte.
