Les universités flamandes et francophones demandent au ministre des Affaires étrangères de ne pas freiner l’accueil de chercheurs en appliquant strictement les règles, en particulier lorsqu’il s’agit de scientifiques originaires des territoires palestiniens. Elles appellent à faire preuve de compréhension face aux circonstances exceptionnelles qui les empêchent parfois d’obtenir les documents requis. Le ministère a répondu qu’il n’est actuellement pas possible d’élargir les opérations d’évacuation.
Les universités demandent au gouvernement un accueil facilité pour les chercheurs palestiniens
"Toutes les universités flamandes disposent d’un programme de bourses", explique Jan Danckaert, recteur de la VUB et président du Conseil interuniversitaire flamand (VLIR). "Nous participons par exemple au programme de bourses Scholars at Risk. Ce programme offre à des chercheurs menacés, venant de tous les pays — et actuellement en particulier de Palestine — la possibilité de travailler dans nos laboratoires et groupes de recherche."
Le scientifique gazaoui Ahmed Alsalibi (39 ans), bénéficiaire d'une bourse de l'ULB destinée aux chercheurs en danger, est actuellement bloqué à Gaza, a indiqué l'université mercredi. Bien qu'il ait obtenu un visa et un permis de travail, l'académique, qui devait entamer son travail à l'ULB en octobre dernier, n'a pas pu quitter le territoire. L'université lance un appel à l'aide aux autorités belges.
"Nous sommes effarés par cette situation humainement et moralement inacceptable", a déclaré la rectrice Annemie Schaus. L'ULB affirme avoir multiplié les démarches pour tenter d'évacuer Ahmed Alsalibi, notamment en interpellant l'ambassade de Belgique à Tel-Aviv. Celle-ci aurait répondu que "les Palestiniens de la bande de Gaza sans lien direct avec la Belgique, même s'ils bénéficient d'une bourse d'une université belge, ne sont pas éligibles à une évacuation vers le territoire belge".
"Le gouvernement n'a actuellement pas la possibilité d'élargir le champ d'application des évacuations"
Le cas d'Ahmed Alsalibi n'est pas isolé. Il incarne le drame silencieux vécu par des chercheurs étroitement liés à nos institutions et pourtant laissés pour compte", ont dénoncé les autorités académiques. "L'université n'a pas les moyens d'agir seule. Nous appelons les autorités à prendre la pleine mesure de cette urgence humanitaire."
L'ULB a adressé un courrier au ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), pour réclamer une révision urgente des critères d'éligibilité à une évacuation depuis la bande de Gaza.
Dans un courrier de réponse, le ministre a assuré partager entièrement l'indignation de l'université quant à la situation actuelle à Gaza et affirmé que l'une de ses priorités était d'évacuer le maximum de personnes. Mais le gouvernement n'a, actuellement, "pas la possibilité d'élargir le scope des évacuations, peinant déjà dans les conditions de guerre actuelles, à rendre opérationnelles les évacuations identifiées à ce jour pour les ressortissants belges et réfugiés reconnus", a fait savoir Maxime Prévôt (Les Engagés) aux autorités universitaires.
Une évacuation limitée aux ressortissants belges et aux réfugiés reconnus
En octobre 2023, le précédent gouvernement fédéral a en effet décidé de limiter les catégories de personnes éligibles à l'évacuation de Gaza aux ressortissants belges et aux réfugiés reconnus, accompagnés de leurs membres de famille nucléaire (conjoint ou partenaire légal, enfants mineurs ou enfants majeurs à charge) disposant d'un visa ou d'un titre de séjour valide pour la Belgique.
Le ministre des Affaires étrangères a justifié ces critères par l'obligation d'une "concentration des efforts" au vu de la situation sur le terrain. Ce dernier a ajouté que le gouvernement est "bien conscient" de la possibilité d'étendre ces catégories, notamment aux chercheurs menacés et aux étudiants boursiers, mais des choix ont été posés pour l'évacuation "sûre et efficace des personnes déjà identifiées", indique-t-il. Ainsi, malgré la réalité concrète de Gaza, presque 700 personnes ont pu être évacuées vers la Belgique, parfois au compte-goutte.
Ahmed Alsalibi, qui a de la famille en Belgique, vit toujours à Gaza, avec son épouse et leur fils. Son université (Israa) a été détruite par un bombardement. Il avait obtenu en septembre 2024 une bourse du Fonds de solidarité Khaled al-Asaad, une initiative de l'ULB visant à permettre à des chercheurs internationaux en danger de poursuivre leurs travaux en Belgique pendant deux ans maximum.
